Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir, à découvrir… pour s’y promener librement.
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Citation Amavero du jour
Ô spectacle dégoûtant : voir la langue d’un animal dans le cul d’un autre…(parodie de discours apocalyptique pour parler en fait des… Lire


  • Pudeur de l’impudeur

    Francis Ponge n’aimait pas les poètes qu’il jugeait impudiques. Au lieu de vanter l’amour ou le sexe, il décortiquait le savon et l’éponge, objets d’un rituel quotidien redécouverts sous de nouveaux angles grâce à lui.
    Mais il a tort sur le fond : rien n’est plus pudique que l’impudeur.
    Si je dévoile mes émois, je le fais d’une manière si particulière que personne ne peut savoir ce qu’ils ont réellement provoqué en moi ni d’où ils viennent. Pas même moi. M’abritant derrière ce que je dis, je drappe d’une d’ambiguïté personnelle l’exposé d’une soi-disant clarté.
    Les mots ne sont que l’écume de l’âme : plus ils prétendent dire le vrai, plus ils le cachent. Le poète est le roi de la figure de style. Il ne décrit aucune réalité dans son texte, qui est juste une autre forme d’expression.
    Comprendre la monde ne se fera pas par les algorithmes. Connaître les équations de la création de l’univers ne conduit pas au bonheur. Le monde n’est pas une construction mathématique, il n’est pas un problème à résoudre, il est une noria de vibrations entre la nature et l’homme.
    A la manière du zen, au-delà des mots et des choses, c’est en vibrant à l’unisson, comme aurait pu dire Merleau-Ponty, que l’on approche d’une certaine forme non pas de connaissance, mais de conscience.
    Il faut être impudique pour participer à cette prise de conscience transrationnelle.
    Le poème ne dit pas ce que le poète pensait, il crée une nouvelle vision que ni l’auteur ni le lecteur n’avaient prévue.
    Comprendre, c’est créer.

    Mise à jour: Je lis ce texte de Kees Van Dongen sur l’impudeur (à propos d’un de ses nus rouges) :
    «Pour tous ceux qui regardent avec leurs oreilles, voici une femme toute nue. Vous êtes pudiques, mais je vous dis que les sexes sont des organes aussi amusants que les cerveaux et si le sexe se trouvait dans la figure, à la place du nez (ce qui aurait bien pu être), où serait la pudeur? L’impudeur est vraiment une vertu comme l’absence de respect pour beaucoup de choses respectables…»
    Kees van Dongen, préface du catalogue de son exposition à la galerie Bernheim-Jeune à Paris, en 1911. » Merci Ludivine (sur facebook)


    Hilma af Klint – Group IX SUW, The Swan n°1 (1915)

    Texte de Luc Fayard


  • matin de l’ange

    le matin
    quand je me lave les dents
    devant la fenêtre ouverte
    le chêne me salue
    de sa voix grave
    mais je ne peux lui répondre
    j’ai la bouche pleine
    les marches de la terrasse me narguent
    viens danser avec nous
    mais je ne peux sortir
    je suis en pyjama
    là-bas
    la ligne des frondaisons me dit
    regarde comme nous sommes belles
    mais je ne vois rien
    je n’ai pas mes lunettes
    l’avion tire un trait dans le ciel
    pour m’inviter à monter a bord
    mais je ne peux voler encore
    je n’ai pas mis mes ailes

    Luc Fayard – Vue de la fenêtre le matin (2026) – photo


    Texte de Luc Fayard, la bouche pleine de dentifrice, devant sa fenêtre le matin


  • Anonyme (-535) : Cylindre de Cyrus (-535) – Mésopotamie)

    Anonyme (-530 Mésopotamie) – Cylndre de Cyrus (-530) – cylindre d’argile avec écriture en akkadien cunéiforme, Mésopotamie

    Mise à jour : Le Cylindre est cité par l’Iran comme preuve de l’ancienneté de sa civilisation, en réponse aux trumpinades le menaçant de « retour à l’âge de pierre » (avril 2026)

    NdlR : « texte de propagande royale, qui s’inscrit dans la tradition des inscriptions royales babyloniennes en reprenant leur vocabulaire et leur idéologie, souvent présenté de nos jours comme la première déclaration des droits de l’Homme, contre l’avis des historiens spécialistes des empires babylonien et perse » (Wikipédia)


  • quartz blanc

    je parle encore
    personne n’entend
    parole sans liesse
    comme le vent
    murmure indistinct
    magma lointain
    sur la foule qui se presse
    et m’ignore

    quand les remous
    le secouent corps et âme
    personne pour partager
    la fièvre du marin qui rame
    dans une barque ébranlée
    par les vagues houleuses
    de la solitude

    faudra-t-il que je hurle
    ma douleur d’être
    pour que ma voix parvienne
    sans filtre
    au cœur sensible et doux
    le pénètre
    et que l’élu se penche vers moi
    ému de mon émoi

    si jamais j’entendais
    une voix comme la mienne
    quel baume elle poserait
    sur les plaies du silence

    il y aurait tant à dire
    pour toucher de près
    les êtres qui doutent
    les chercheurs de pureté
    si l’on m’écoutait
    je parlerais sans fin
    de la beauté des choses
    dans la lumière du soir
    et de l’ombre qui les agrandit
    je raconterais les méfaits
    du serpent du souvenir
    et le bienfait d’un sourire inattendu
    je dirais tous les espoirs
    reliés les uns aux autres
    comme une ligne d’horizon
    entre vert et bleu

    et avant de me taire
    je dirais l’amour nu
    cristallin de quartz blanc
    recelé par le sable
    qui sera découvert
    le jour du grand reflux

    Texte de Luc Fayard


  • Anonyme (Bible) : La Genèse, extrait (traduction de Marc-Alain Ouaknin)

    (Voir les tableaux proposés par Amavero pour illustrer ce texte)

    (suite…)


Art et Poésie : dernières publications

  • Charles Fourier : Hiérarchie du cocuage (1808)

    Charles Fourier : Hiérarchie du cocuage (1808)

  • Miguel Ángel Asturias : Autochiromancie (1958)

    Je lis dans ma main, ô Patrie,
    si douce ta géographie.
    Ma ligne de vie qui s’élève
    suit le tracé de tes volcans,
    puis redescend, ligne de cœur,
    jusqu’à la base de mes doigts.

    Mes mains sont ta superficie,
    l’image vive de ta peau.
    Carte de monts. Monts que je veux
    appeler: Coutchoumatanès¹,
    cimes qui montrent leur turquoise
    au saphir de la Mer du Sud.

    Que le Tacana², doigt géant,
    garde l’entrée de la surprise
    quand le maïs enfin se change
    en grain comestible pour l’homme,
    de ta chair céréale humaine.

    Le mont diaphane de la Lune
    est, dans ta main, un lac ancien
    avec sur ses bords douze temples.
    De là partit ton peuple enfant
    — potier, sculpteur ou tisserand —
    à la conquête de l’aurore.

    Poussière de clarté dans l’ombre,
    harmonie au creux de ma main,
    ma ligne solaire est la conque
    profonde où j’entends retentir
    des fleuves sourds, tels des atlantes,
    d’autres rapides, suicidés.

    J’écoute, l’oreille collée
    au sol de ta carte vivante
    que je porte ici dans mes mains,
    carillonner toutes tes cloches,
    clignoter toutes tes étoiles,

    Pour mon mariage avec ma terre,
    mes amis, je veux comme anneau
    une luciole solitaire.
    Que, l’immense nuit de ma mort,
    ma tempe dorme sur ma main
    à la luciole solitaire.

    1. Coutchoumatanès (Cuchumatanes): hautes montagnes du Guatemala. Elles servaient de point de repère aux marins dans la mer du Sud. (N. d. T.)
    2. Le Tacana (El Tacaná): volcan du Guatemala. (N. d. T.)

    Messages indiens (1958) in Poèmes indiens, nrf/Poésie/Gallimard, 2024.. Traduction de Claude Couffon et René L.-F. Durand. 1899-1974, Guatemaltèque, Prix Nobel de littérature en 1967

    Merci à la jeune agrégée de lettres Sibylle Fouilland pour sa lecture documentée du poète.

    Miguel Ángel Asturias : Autochiromancie (1958)

  • Madame Deshoulières : Réflexions diverses (1695)

    Madame Deshoulières : Réflexions diverses (1695)

  • Antonio Porchia : Voces (Voix) (1943) – extraits

    Parfois, la nuit, j’allume une lumière, pour ne pas voir.
    A veces, de noche, enciendo una luz, para no ver.
    129

    Si je pouvais laisser tout comme c’est, sans bouger ni une étoile ni un nuage. Ah, si je pouvais!
    Si pudiera dejar todo como está, sin mover ni una estrella, ni una nube. ¡Ah, si pudiera!
    149

    Je suis un habitant, mais d’où ?
    Soy un habitante, pero ¿de dónde?
    190

    La vie paraît être deux points, sans points intermédiaires.
    La vida parece ser dos puntos, sin puntos intermedios.
    399

    Pour s’élever il faut s’élever, mais il faut aussi qu’il y ait de la hauteur.
    Para elevarse es necesario ele-varse, pero es necesario también
    que haya altura.
    542

    Quand les étoiles s’abaissent, qu’il est triste de baisser les yeux pour
    les voir !
    Cuando las estrellas bajan, ¡qué triste es bajar los ojos para verlas!
    594

    Mes mains se sont tellement raccourcies, de tellement se tendre en vain, qu’elles n’arrivent même plus jusqu’aux étoiles.
    Mis manos se han acortado tanto, de tanto alargarse en vano, que ya no alcanzan ni hasta las estrellas.
    1098

    Il regarda tout vers le bas, il regarda tout vers le haut et se dit: « tout est amour perdu ».
    Miró hacia abajo todo, miró hacia arriba todo y se dijo: « todo es amor perdido que es manos yo
    nodria ser justo con lados y con
    1103

    Être, c’est s’obliger à être. Et s’obliger à être, c’est s’obliger à
    être. Ce n’est pas être.
    Ser es obligarse a ser. Y obligarse a ser es obligarse a ser. No es ser.
    1110

    Être en compagnie, ce n’est pas être avec quelqu’un, mais être en quelqu’un.
    Estar en compañía no es estar con alguien, sino estar en alguien.
    1122

    Connaître, au début c’est connaître et souffrir; à la fin, seulement
    souffrir.
    El conocer comienza siendo conocer y padecer, y termina siendo solamente padecer.
    1145

    Voces (1943) in Voix réunies, po&psy in extenso, Éditions Érès (2010). Numérotées de 1 à 1182
    Ces petites phrases , entre poésie et aphorismes, ont été écrites au jour le jour par Antonio Porchia, italien émigré en Argentine, ouvrier typographe. La première édition de 1943 est imprimée à compte d’auteur et les exemplaires donnés à la Société argentine des écrivains qui les distribue dans les bibliothèques du pays. Les gens commencent à les lire et les recopier. Roger Caillois les découvre en 1947 puis Jorge-Luis Borges et ils les font connaître au monde
    .


    Antonio Porchia : Voces (Voix) (1943) – extraits

  • Luis de León  : Oda a la vida retirada (Ode à la vie retirée) (1550)

    Luis de León : Oda a la vida retirada (Ode à la vie retirée) (1550)

  • Jorge-Luis Borges : Tankas (1986)

    1
    En haut sur la cime
    Le jardin entier est lune,
    Lune d’or.
    Plus précieux le frôlement
    De ta bouche dans l’ombre.

    2
    La voix de l’oiseau
    Que la pénombre recouvre
    On ne l’entend plus.
    Tu marches dans ton jardin
    Quelque chose, oui, te manque.

    3
    La coupe d’un autre,
    L’épée qui fut une épée
    Dans une autre main,
    La lune de cette rue,
    Dis-moi, n’est-ce pas assez?

    4
    Il est sous la lune
    Le tigre fait d’or et d’ombre
    Il fixe ses griffes
    Il ne sait pas qu’au matin
    Elles ont tué un homme.

    5
    Triste cette pluie
    Qui sur le marbre s’égoutte,
    Triste d’être terre.
    Triste, n’être pas les jours
    De l’homme, le rêve, l’aube.

    6
    N’être pas tombé
    Comme d’autres de ma race,
    Au champ de bataille.
    Être dans la vaine nuit
    Seul à compter les syllabes.

    Les Conjurés,1986 in La Proximité de la Mer, nrf/Gallimard, 2010

    NDLR : le tanka ou chant court est un poème japonais traditionnel né avant le haïku (vers 600 ap. J.-C.) , basé sur le rythme 5-7-5-7-7 qui en japonais ne sont pas des syllabes mais des sons, plus précisément des « mores » qui sont des unités de temps. Un tanka en japonais est lu sur un rythme de 8 mesures par vers: 5 mores puis un silence de 3 temps, 7 mores puis 1 silence de 1 temps etc. La traduction française du texte espagnol (Argentine) de Jacques Ancet essaie de s’approcher le plus possible de cette rythmique, sans y parvenir totalement.

    Jorge-Luis Borges : Tankas (1986)

  • Octavio Paz : Un jour se perd (1939)

    Un jour se perd
    Dans le ciel fait en hâte
    La lumière ne laisse pas de trace dans la neige
    Un jour se perd
    Ouvrir et fermer des portes
    La graine du soleil s’ouvre sans bruit
    Un jour commence
    La brume gravit la colline
    Un homme descend la rivière
    Ils se rencontrent dans tes yeux
    Tu te perds dans le jour
    Chantant dans le feuillage de la lumière
    Des cloches sonnent au loin
    Chaque appel est une vague
    Chaque vague ensevelit à jamais
    Un geste une parole la lumière contre le nuage
    Tu ris et te peignes distraite
    Un jour commence à tes pieds
    Chevelure main blancheur ne sont pas les noms
    De ces cheveux de cette main et de cette blancheur
    Ce qui est visible et palpable dehors
    Ce qui est intérieur et sans nom
    A tâtons se cherchent en nous
    Suivent la marche du langage
    Passent le pont que leur tend cette image
    Comme la lumière entre les doigts ils glissent
    Comme toi-même entre mes mains
    Comme ta main avec mes mains ils s’entrelacent
    Un jour commence en mes paroles
    Lumière qui mûrit jusqu’à devenir chair
    Ombre de ton corps lumière de ton ombre
    Maille de chaleur peau de ta lumière
    Un jour commence dans ta bouche.

    Le Tournesol in Condition de nuage (1939-1955) in Liberté sur Parole, nrf/Poésie/Gallimard, 2014.
    Mexicain (1914-1998). Prix Nobel de littérature en 1990.

    Octavio Paz : Un jour se perd (1939)

  • Antonio Corradini : Dama velata (1722)

    Antonio Corradini : Dama velata (1722)

  • Roberto Juarroz

    Et comme nous savons déjà qu’il n’existe pas de paradis perdus, il ne nous reste dès lors qu’à être le paradis.

    Poésies verticales. 11-21. nrf/Poésie/Gallimard, 2021. Date de publication originale: 1988

    Roberto Juarroz

  • Paul Signac : Arbres en fleurs (1896)

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  • Ajouts d’œuvres d’art contemporain (Galerie 8)

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  • John Wood et Paul Harrison : Headstand (1995) – vidéo performance

    John Wood et Paul Harrison : Headstand (1995) – vidéo performance

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Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025