Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir, à découvrir… pour s’y promener librement.
© Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations, aux auteurs pour les textes.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

1 556 artistes • 821 auteurs
publiés dans Amavero
Citation Amavero du jour
Nous vivons dans l’oubli de nos métamorphoses


  • inutiles mains

    Sculpture représentant deux énormes mains émergeant de l'eau, situées près d'un bâtiment à Venise, symbolisant un appel à l'aide ou une lutte contre la montée des eaux.
    Lorenzo Quinn – Support (2017) – sculpture à Venise

    quatre milliards d’années
    à construire la vie
    quelques décennies
    pour la détruire
    il est trop tard
    les mains ont beau
    surgir de l’eau
    magnifiques
    pour crier au secours
    et tenter de soutenir
    les murs branlants
    de notre aveuglement
    il est trop tard
    rentrez sous l’eau
    membres de l’espoir inutile
    cachez-vous
    laissez crouler le monde
    devenu fou
    Venise aussi mourra
    campagnes et villes
    se noieront
    ne faisant plus dans l’eau
    que de petits ronds
    s’amenuisant
    et nos enfants pleureront

    Texte de Luc Fayard inspiré par la sculpture « Support » de Lorenzo Quinn, à Venise (2017)


  • Delphine Desane : The night was made for rest and sleep it was not made for grief and tears (2020)

    Delphine Desane – The night was made for rest and sleep it was not made for grief and tears (2020)

  • Giorgio de Chirico : Malinconia Torinese (1965)

    Giorgio di Chirico – Malinconia Torinese (1965)

  • la lune pleure (illustré par 32 œuvres d'art contemporain)



    la lune pleure

    je n’irai pas décrocher la lune
    je la laisse où elle est
    pour que perdurent mes rêves
    les soirs de grise mine
    quand je lève la tête
    et m’imagine
    un monde moins dur
    aux vallons embrumés

    bleutée au loin
    dans mes nuits d’insomnie
    elle m’envoie de son coin
    des mots d’amour attendris

    depuis des siècles
    ni astre ni matière
    la lune n’est que prières
    supplications espoirs
    larmes et joies
    sphère aspirant
    les émotions du monde
    qui montent vers elle

    surtout
    ne pas la prendre
    dans ses bras
    qu’elle reste là-haut
    au chaud
    à nous regarder
    la tête penchée

    quel plaisir alors
    de suivre sa courbe
    dans le ciel rose
    pour que la nuit durant
    respirant autre chose
    que le fardeau de l’âge
    mon âme légère
    s’élève jusqu’à elle
    comme une feuille d’or
    libérée de la gravité

    vous ne le saviez pas
    la lune parfois
    verse une larme
    mais ça ne se voit pas
    ces nuits-là elle se cache
    au fond des nuages

    aujourd’hui la lune est triste
    elle chante lasse
    pour que les cœurs tendres
    entendent son sélène soupir

    il dit
    pauvres humains
    je vous aimais bien
    mais vous avez cassé votre jouet
    plus rien ne sera comme avant
    aujourd’hui je ne peux retenir
    ni les vents de l’enfer ni les raz de marée
    vous mourrez par l’eau et par le feu
    que vous n’avez pas su contenir

    la lune c’est affreux
    une nuit bientôt
    va nous dire adieu
    couchée pour de bon
    loin du regard des hommes
    implosant de mille cratères
    aplatie comme une serpillère

    alors sur la terre ronde
    la mer en furie
    pourra lâcher
    ses vagues titanesques
    et les vents tourbillonner
    en arabesques
    siphons libérant les tsunamis
    de la fin du monde

    regardez bien
    la lune pleure
    en son recoin
    sur le malheur

    Domenico Amato

    Texte de Luc Fayard illustré par 32 œuvres d’art contemporain

    Cette fois-ci je me suis contenté de chercher dans la base d’œuvres d’art contemporain Nicole’s Museum celles qui avaient une lune : aussi bête que cela ! Où l’on voit que la lune libère les imaginations !…

    Auteurs des oeuvres (de haut en bas, de gauche à droite, autour du texte, puis en dessous) :
    Gani Kistauov, Whelan, Paul Lancaster, Federico Garcia-Lorca, Yuri Laptev, Phyllis Jackson, André Masson, Adrian Borda, Annie Stegg-Gerard, Hector Acevedo, Arseniy Lapin, Juan-F. Beja, Kashinath Chawan
    , Mils Bertho, Josep Guinovart, Domenico Amato, Richard Chalmers, Rithika Merchant, Dominika Morariu, Barbara Allaert, Alice Assouline, Peter Doig, Carson Ellis, Olivier de Rivaz, Joanne Delomba, Bronu Novelli, Yui Sakamoto, John-Henry Toney, Katsushika Hokusai, Michel Naze, Peter Harskamp, Linda Vachon

    Lire également le le poème en version texte seul.


  • lumière du soir

    Claire Gruson – Lumière du soir

    on entend craquer
    la vieille charpente
    et les poutres lasses
    la lumière appose
    son filtre d’or tamisé
    sur la pièce alanguie
    le canapé attend
    son visiteur du soir
    venu d’un pas lent
    il franchira la porte
    se penchera pour saisir
    l’ouvrage hier délaissé
    et s’assiéra encore
    pour lire lentement
    le bras sur l’accoudoir
    quelque part
    dans la maison
    une horloge fatiguée
    décompte le temps

    Texte de Luc Fayard inspiré par Lumière du soir, de Claire Gruson



Art et Poésie : dernières publications

  • Luis de León  : Oda a la vida retirada (Ode à la vie retirée) (1550)

    Luis de León : Oda a la vida retirada (Ode à la vie retirée) (1550)

  • Jorge-Luis Borges : Tankas (1986)

    1
    En haut sur la cime
    Le jardin entier est lune,
    Lune d’or.
    Plus précieux le frôlement
    De ta bouche dans l’ombre.

    2
    La voix de l’oiseau
    Que la pénombre recouvre
    On ne l’entend plus.
    Tu marches dans ton jardin
    Quelque chose, oui, te manque.

    3
    La coupe d’un autre,
    L’épée qui fut une épée
    Dans une autre main,
    La lune de cette rue,
    Dis-moi, n’est-ce pas assez?

    4
    Il est sous la lune
    Le tigre fait d’or et d’ombre
    Il fixe ses griffes
    Il ne sait pas qu’au matin
    Elles ont tué un homme.

    5
    Triste cette pluie
    Qui sur le marbre s’égoutte,
    Triste d’être terre.
    Triste, n’être pas les jours
    De l’homme, le rêve, l’aube.

    6
    N’être pas tombé
    Comme d’autres de ma race,
    Au champ de bataille.
    Être dans la vaine nuit
    Seul à compter les syllabes.

    Les Conjurés,1986 in La Proximité de la Mer, nrf/Gallimard, 2010

    NDLR : le tanka ou chant court est un poème japonais traditionnel né avant le haïku (vers 600 ap. J.-C.) , basé sur le rythme 5-7-5-7-7 qui en japonais ne sont pas des syllabes mais des sons, plus précisément des « mores » qui sont des unités de temps. Un tanka en japonais est lu sur un rythme de 8 mesures par vers: 5 mores puis un silence de 3 temps, 7 mores puis 1 silence de 1 temps etc. La traduction française du texte espagnol (Argentine) de Jacques Ancet essaie de s’approcher le plus possible de cette rythmique, sans y parvenir totalement.

    Jorge-Luis Borges : Tankas (1986)

  • Octavio Paz : Un jour se perd (1939)

    Un jour se perd
    Dans le ciel fait en hâte
    La lumière ne laisse pas de trace dans la neige
    Un jour se perd
    Ouvrir et fermer des portes
    La graine du soleil s’ouvre sans bruit
    Un jour commence
    La brume gravit la colline
    Un homme descend la rivière
    Ils se rencontrent dans tes yeux
    Tu te perds dans le jour
    Chantant dans le feuillage de la lumière
    Des cloches sonnent au loin
    Chaque appel est une vague
    Chaque vague ensevelit à jamais
    Un geste une parole la lumière contre le nuage
    Tu ris et te peignes distraite
    Un jour commence à tes pieds
    Chevelure main blancheur ne sont pas les noms
    De ces cheveux de cette main et de cette blancheur
    Ce qui est visible et palpable dehors
    Ce qui est intérieur et sans nom
    A tâtons se cherchent en nous
    Suivent la marche du langage
    Passent le pont que leur tend cette image
    Comme la lumière entre les doigts ils glissent
    Comme toi-même entre mes mains
    Comme ta main avec mes mains ils s’entrelacent
    Un jour commence en mes paroles
    Lumière qui mûrit jusqu’à devenir chair
    Ombre de ton corps lumière de ton ombre
    Maille de chaleur peau de ta lumière
    Un jour commence dans ta bouche.

    Le Tournesol in Condition de nuage (1939-1955) in Liberté sur Parole, nrf/Poésie/Gallimard, 2014.
    Mexicain (1914-1998). Prix Nobel de littérature en 1990.

    Octavio Paz : Un jour se perd (1939)

  • Antonio Corradini : Dama velata (1722)

    Antonio Corradini : Dama velata (1722)

  • Roberto Juarroz

    Et comme nous savons déjà qu’il n’existe pas de paradis perdus, il ne nous reste dès lors qu’à être le paradis.

    Poésies verticales. 11-21. nrf/Poésie/Gallimard, 2021. Date de publication originale: 1988

    Roberto Juarroz

  • Paul Signac : Arbres en fleurs (1896)

    Paul Signac : Arbres en fleurs (1896)

  • Ajouts d’œuvres d’art contemporain (Galerie 8)

    Ajouts d’œuvres d’art contemporain (Galerie 8)

  • John Wood et Paul Harrison : Headstand (1995) – vidéo performance

    John Wood et Paul Harrison : Headstand (1995) – vidéo performance

  • Ajouts d’œuvres d’art moderne (Galerie 6)

    Ajouts d’œuvres d’art moderne (Galerie 6)

  • Roberto Juarroz : Entre tu nombre y el mío (Entre ton nom et le mien) (1958)

    Entre tu nombre y el mío
    hay un labio que ha dejado la costumbre de nombrar.

    Entre la soledad y la compañía
    hay un gesto que no empieza
    en nadie y termina en todos.

    Entre la vida y la muerte hay unas plantas pisadas
    por donde nadie ha caminado nunca.

    Entre la voz que pasó y la que vendrá
    hay una forma callada de la voz
    en donde todo está de pie.

    Entre la mesa y el vacío
    hay une línea que es la mesa y el vacío
    por donde apenas puede caminar el poema.

    Entre el pensamiento y la sangre
    hay un breve relámpago
    en donde sobre un punto se sostiene el amor.

    Sobre esos bordes
    nadie puede ser mucho tiempo,
    pero tampoco dios, que es otro borde,
    puede ser dios mucho tiempo.

    Entre ton nom et le mien
    il y a une lèvre qui a perdu l’habitude de nommer.

    Entre la solitude et le monde
    il y a un geste qui ne commence en personne et se termine en tous.

    Entre la vie et la mort
    il y a des plantes foulées
    sur lesquelles personne n’a jamais marché.

    Entre la voix révolue et celle qui viendra
    il y a une forme silencieuse de la voix
    où tout est debout.

    Entre la table et le vide
    il y a une ligne qui est la table et le vide
    où peut à peine cheminer le poème.

    Entre la pensée et le sang
    il y a un éclair
    où sur un point l’amour s’appuie.

    Sur ces bords
    nul ne peut survivre longtemps,
    et dieu lui-même, qui est un autre bord,
    ne peut être dieu longtemps.

    Poésies verticalesI-4. 1958. Traduction de l’espagnol (Argentine) par Ferdinand Verhesen

    Roberto Juarroz : Entre tu nombre y el mío (Entre ton nom et le mien) (1958)

  • Anonyme (Texte de la tradition hassidique) : Dieu a créé l’homme parce qu’il aime les histoires

    Quand le grand rabbin Israël Baal Shem-Tov pensait qu’une menace se profilait contre le peuple juif, il avait coutume d’aller concentrer son esprit en un certain lieu du bois; là, il allumait un feu, récitait certaine prière et le miracle s’accomplissait : le danger était écarté.
    Plus tard, quand son disciple, le célèbre Maguid de Nezeritsch, devait implorer le ciel pour les mêmes raisons, il accourait au même endroit et disait : « Maître de l’Univers, écoute-moi. Je ne sais comment allumer le feu, mais je suis encore capable de réciter la prière. » Et le miracle s’accomplissait. Plus tard, le rabbin Mosh-Leib de Sassov allait également au bois pour sauver son peuple, et il disait : « Je ne sais comment allumer le feu, je ne connais pas la prière, mais je peux me placer à l’endroit propice et cela devrait suffire. » Et cela suffisait, et le miracle s’accomplissait. Ensuite, c’est au rabbin Israël de Rizsin qu’il revint d’éloigner la menace. Assis dans son fauteuil, la tête entre les mains, il parlait à Dieu en ces termes : « Je suis incapable d’allumer le feu, je ne connais pas la prière, je ne puis même pas trouver le lieu du bois. Tout ce que je sais faire c’est raconter cette histoire. Cela devrait suffire. » Et cela suffisait. Dieu a créé l’homme parce qu’il aime les histoires.

    Cité par Roberto Juarroz. Poésie et réalité. 1987

    Anonyme (Texte de la tradition hassidique) : Dieu a créé l’homme parce qu’il aime les histoires

  • Max Jacob : Je garde dans la solitude (1945)

    Je garde dans la solitude
    comme un pressentiment de toi.
    Tu viens ! et le ciel se déploie,
    la forêt, l’océan reculent.

    Tous deux le soleil nous désigne
    par-dessus la ville et les toits
    les fenêtres renvoient ses lignes
    les fleurs éclatent comme des voix.

    Lorsque ton jardin nous reçoit,
    ta maison prend un air étrange :
    comme un reflet, la véranda nous accueille,
    sourit et change.

    Les arbres ont de grands coups d’ailes
    derrière et devant les buissons.
    La vague, au loin, parallèle,
    se met à briller par frissons.

    Derniers Poèmes. publiés à titre posthume chez Gallimard en 1945

    Max Jacob : Je garde dans la solitude (1945)

Abonnez-vous à
La Gazette d’Amavero
Entrez votre email
et vous recevrez notre newsletter
un lundi sur deux :
100% bénévole, gratuit,
sans pub, ni spam, ni traqueurs

← Retour

Votre adresse email a été envoyée

Merci pour votre abonnement au site Amavero et à ses poèmes !

Une couverture de la Gazette d'Amavero avec des portraits de Nikolaus, un enfant, et de Barbara, une femme âgée, accompagnés de descriptions artistiques.
Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025