Roberto Juarroz : Entre tu nombre y el mío (Entre ton nom et le mien) (1958)

Entre tu nombre y el mío
hay un labio que ha dejado la costumbre de nombrar.

Entre la soledad y la compañía
hay un gesto que no empieza
en nadie y termina en todos.

Entre la vida y la muerte hay unas plantas pisadas
por donde nadie ha caminado nunca.

Entre la voz que pasó y la que vendrá
hay una forma callada de la voz
en donde todo está de pie.

Entre la mesa y el vacío
hay une línea que es la mesa y el vacío
por donde apenas puede caminar el poema.

Entre el pensamiento y la sangre
hay un breve relámpago
en donde sobre un punto se sostiene el amor.

Sobre esos bordes
nadie puede ser mucho tiempo,
pero tampoco dios, que es otro borde,
puede ser dios mucho tiempo.

Entre ton nom et le mien
il y a une lèvre qui a perdu l’habitude de nommer.

Entre la solitude et le monde
il y a un geste qui ne commence en personne et se termine en tous.

Entre la vie et la mort
il y a des plantes foulées
sur lesquelles personne n’a jamais marché.

Entre la voix révolue et celle qui viendra
il y a une forme silencieuse de la voix
où tout est debout.

Entre la table et le vide
il y a une ligne qui est la table et le vide
où peut à peine cheminer le poème.

Entre la pensée et le sang
il y a un éclair
où sur un point l’amour s’appuie.

Sur ces bords
nul ne peut survivre longtemps,
et dieu lui-même, qui est un autre bord,
ne peut être dieu longtemps.

Poésies verticalesI-4. 1958. Traduction de l’espagnol (Argentine) par Ferdinand Verhesen

Une œuvre en résonance


Georg Baselitz - Supper in Dresden (1983) - l'artiste expose ses tableaux à l'envers

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