Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir, à découvrir… pour s’y promener librement.
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Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

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Citation Amavero du jour
On ne connaît jamais un être mais on cesse parfois de sentir qu’on l’ignore.
André  Malraux, La condition humaine, cité  sur Facebook par… Lire


  • oublier le temps

    tu sens le temps vibrer en toi 
    comme un moteur chaud
    à soubresauts incontrôlables
    ni horloge ni comptable
    et toujours à contre-temps

    c’est comme si
    au lieu de frémir
    l’eau courait tel un zèbre
    qui se tortille et se cabre
    au lieu d’aimer
    le cœur emballé froissait
    les souvenirs pêle-mêle
    dans un grand tintamarre
    au lieu de s’élever dans le ciel
    le nuage aplatissait sur l’horizon
    ses formes alanguies

    c’est comme si
    au lieu de pousser la vie
    le vent jouait avec les feuilles
    pour les énerver
    et ça monte et ça descend
    et ça part en vrille
    comme le fait ton âme 
    avec tes sentiments
    coincés dans la grille
    de tes préjugés

    le temps maître de l’univers
    implose sans bruit
    noircit comme un orage fou
    fuit avec la pluie
    se lisse comme un enduit mou

    tu es pris au piège 
    de l’avant-après
    rien n’existe sans lui
    même pas la poésie
    ni la mémoire

    tu voudrais l’arrêter 
    profiter de l’instant magique
    il te glisse entre les doigts
    tu voudrais avancer
    franchir une étape
    il te bloque sans préambule
    à un carrefour cornélien
    où tu resteras interdit
    prisonnier de ton petit corps
    dans l’interminable indécis
    qui va de la vie à la mort

    n’écoute pas 
    les faux maîtres du temps
    gourous plus naïfs que toi
    vendeurs de vent
    la solution existe 
    intime et fluide
    fais silence 
    entre au fond de toi
    ne pense plus à rien 
    respire
    et quand tout sera 
    calme et serein
    tu auras oublié le temps

    Ethel Walker – Silence of the Ravine (1916)

    Texte de Luc Fayard illustré par Silence of the Ravine, d’Ethel Walker.
    NDLR : Une femme nue pour illustrer la contrainte du temps et la nécessité de s’en libérer… Il y a dans ce tableau un calme intemporel, une attitude de contemplation, de libération, de pause dans le temps, de beauté pure….


  • Forough Farrokhzâd : Le péché

    J’ai pêché, pêché dans le plaisir,
    dans des bras chauds et enflammés,
    j’ai pêché dans des bras de fer,
    brûlants et rancuniers.

    Dans ce lieu solitaire, sombre et muet,
    ses yeux remplis de mystère j’ai regardé,
    mon coeur dans ma poitrine, impatiemment a tremblé,
    des supplications de désirs de ses yeux.

    Dans ce lieu solitaire, sombre et muet,
    je me suis assise près de lui, agitée,
    sa lèvre, l’envie, sur mes lèvres a versée,
    de la tristesse de mon coeur fou, je me suis libérée.

    A l’oreille, l’histoire d’amour, je lui ai racontée,
    je te veux mon amant,
    je te veux, toi dont les bras sont vivifiants,
    je te veux, toi mon amoureux fou.

    Le désir alluma le feu dans son regard,
    le vin rouge dansa dans le verre,
    mon corps sur le lit doux,
    dans l’ivresse trembla sur sa poitrine.

    J’ai pêché dans le plaisir,
    près d’un corps tremblant et évanoui,
    Dieu! Je ne sais ce que j’ai fait,
    dans ce lieu solitaire, sombre et muet…

    Portrait en noir et blanc d'une jeune femme avec des cheveux foncés, portant une blouse à rayures et regardant directement l'objectif.
    Portrait of Forough Farrokhzad, from amordadnews.com, 2021

    Forough Farrokhzâd, poétesse iranienne,  1935 – 1967

    Autres textes de Forough Farrokzâd


  • Garcia Lorca (Federico ): Yo pronuncio tu nombre / Je prononce ton nom

    Yo pronuncio tu nombre
    En las noches oscuras
    Cuando vienen los astros
    A beber en la luna
    Y duermen los ramajes
    De las frondas ocultas.
    Y yo me siento hueco
    De pasión y de música.
    Loco reloj que canta
    Muertas horas antiguas.

    Yo pronuncio tu nombre,
    En esta noche oscura,
    Y tu nombre me suena
    Más lejano que nunca.
    Más lejano que todas las estrellas
    Y más doliente que la mansa lluvia.

    ¿Te querré como entonces
    Alguna vez? ¿Qué culpa
    Tiene mi corazón?
    Si la niebla se esfuma
    ¿Qué otra pasión me espera?
    ¿Será tranquila y pura?
    ¡¡Si mis dedos pudieran
    Deshojar a la luna!!

    (Granada, 10 de noviembre de 1919)

    Je prononce ton nom
    Pendant les nuits obscures,
    Lorsque les astres viennent
    S’abreuver à la lune
    Et que dorment les branches
    Des frondaisons cachées.
    Et je me sens miné
    D’amour et de musique.
    Folle montre qui chante
    De vieilles heures mortes  !

    Je prononce ton nom
    Dans cette nuit obscure
    Et ton nom me paraît
    Plus lointain que jamais.
    Plus lointain que toutes les étoiles
    Et plus dolent que la pluie docile.

    T’aimerai-je comme hier
    De nouveau ? Quelle faute
    Mon cœur a-t-il commise ?
    Si se lève la brume,
    Quel autre amour m’attend ?
    Sera-t-il calme et pur ?
    Que ne peuvent mes doigts
    Ah ! effeuiller la lune !

    (Grenade, 10 novembre 1919)

    Federico García Lorca : Je prononce ton nom / Yo pronuncio tu nombre
    Traduction ; Lionel-Édouard Martin


  • Sans P

    On quitte ici l’art visuel pour l’art oral.
    Écoutez et regardez l’étonnant speech de Yannick Nédélec, une performance à la fois orale et littéraire, encore mieux peut-être que Devos!
    Et qui plus en tout en alexandrins!  
    Tout est dans le titre.
    Un bijou!
    Une performance réalisée et enregistrée à la Coupe de la Ligue Slam de France 2021 (auteur de la vidéo dont j’ai pris cet extrait)
    Lire le texte en entier


  • quatre actes (en version poésique)

    Anne Defaucher – Quatre acryliques (2023)

    la branche et l’algue
    le ciel et la mer
    l’herbe et la mousse
    le ruisseau et la montagne

    on entend tous les chants
    le cri surpris des oiseaux
    le ruissellement soyeux de l’eau
    le frottement tiède du vent

    toutes les strates de la vie
    joie ou tristesse
    espoir ou peine
    se jouent en quatre actes

    Texte de Luc Fayard, illustré par :Quatre acryliques, d’Anne Defaucher (2023).


Dernières publications d’art et de poésie

  • Mauritz de Haas : Nocturne with Lighthouse (1880)

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  • Edward-Henry Potthast : At The Seaside (1905)

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  • Jean-Baptiste-Siméon Chardin : Le Gobelet d’argent (1768)

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  • Maulpoix (Jean) : Adieu

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  • Azzhara : J’écris à jeun

    J’écris à jeûn
    Soif et faim dans tout le corps
    Un lot de remords dans le cœur
    Je bois mes larmes
    Je mange mes pleurs
    J’avale le silence, il glisse dans la gorge sèche
    Du miel silencieux
    Derrière moi, je ressens la présence rassurante et généreuse
    Comme l’odeur du pain chaud qui me couvre
    Je le cherche
    Le froid gris de son absence me gifle
    J’ai mal
    J’ai soif
    J’ai faim
    J’écris à jeun
    Mes pensées troublées
    Ma main tremblante
    Mes ongles rongés
    Mes pieds attachés
    Je veux sentir le manque
    J’écris à jeun

    Azzhara. Nuit intranquille. 2021

    Azzhara : J’écris à jeun

  • Richter (Gerhard) : C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre (1962)

    C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre et vous pousse vers l’art en général. L’envie de fixer une vision, de maîtriser des manifestations extérieures (auxquelles il faut donner un nom et un sens). Sans elle, ce travail serait absurde, et, comme l’art pour l’art, il ne se justifierait pas.

    Penser que l’art copie la nature est un sinistre malentendu. Car l’art a toujours œuvré contre la nature et pour la raison.

    Chaque mot, chaque trait nous est insufflé par notre époque et par les circonstances. Les liens, les aspirations relèvent du passé et du présent. Il est donc impossible d’agir, de penser arbitrairement et indépendamment d’eux. D’une certaine manière, ceci est réconfortant puisque chaque individu est en quelque sorte entouré, lié par la contemporanéité. Il y aura toujours un possible même dans le pire des malheurs.

    Vouloir rendre visible l’invisible, la chose connue, inconnue ou plausible, et même l’impensable est une revendication, une prétention absurde. Certes, nous pouvons déduire l’invisible, donc présupposer son existence avec une quasi-certitude, mais nous ne sommes pas en mesure de représenter cet invisible par un symbole qui le remplace et qui soit lui aussi invisible.

    Il n’y a aucune raison d’accepter sans réserve ce que la tradition nous a transmis. Rien n’est bien ou mal en soi, sauf dans certaines circonstances et à condition que nous le voulions. Cet état de fait annihile les conventions, les garanties et les inconditionnels et nous oblige, chaque jour, à prendre nos responsabilités et à décider du bien et du mal.

    S’imaginer une chose, se la représenter, fait de nous des hommes L’art, c’est donner du sens, générer du sens au même titre que la quête de Dieu ou la religion. Même sachant que tout sens donné ou tout tableau peint est un simulacre, une illusion, nous ne pouvons y renoncer. Car la foi (penser, réfléchir le présent et l’avenir) est notre trait de caractère essentiel.

    Les moyens de l’art (la manière de représenter une chose, le style, la technique et la chose représentée en soi) sont les conditions néces­saires à l’art tout comme les qualités de l’artiste (mode de vie, capacités, entourage). L’art peut naître autant de l’harmonie que de la contradic­tion avec les conditions qui le génèrent. Il n’est en soi, ni visible ni définissable, seules les conditions qui l’ont généré sont visibles et repro­ductibles ; on a tendance à les confondre avec l’art en soi.

    Dès que l’activité artistique est devenue un « isme », elle cesse d’en être une. Car seul ce qui lutte quotidiennement pour prendre forme et exister, est vivant. (À titre de comparaison : le social est une forme et une méthode juste qui correspond aux conceptions actuelles ; mais si en revanche, il se prétend socialisme, ordre social ou dogme, il renonce à ce qui lui est propre et risque de courir à sa perte.)

    Je ne suis pas venu ici pour fuir le matérialisme. Il règne ici d’une manière plus radicale et plus perfide encore, mais j’ai dû fuir l’idéa­lisme criminel des socialistes.

    La peinture na rien à voir avec la pensée. Quand on peint, la pensée est peinture. La pensée est un langage, un registre qui doit fonctionner avant et après. Einstein ne pensait pas quand il faisait ses calculs, il calculait, chaque équation réagissait à la précédente, tout comme en peignant, une forme répond à une autre et ainsi de suite.

    L’art sert à la socialisation. Il nous relie aux autres et à ce qui nous entoure au sein d’une même conception et d’une même quête.

    Pour moi, l’enjeu n’est jamais l’art, mais uniquement la chose pour laquelle l’art peut être utile.

    Comme il n’existe ni certitude, ni vérité absolue, nous aspirons toujours à une vérité artificielle faisant autorité, donc humaine. Nous avons des jugements de valeur et fabriquons une vérité qui en exclut d’autres. Dans la production de vérité, l’art est la composante qui met en forme.

    Les sciences de la nature ont assurément influencé les arts. Pour l’Aztèque, le coucher du soleil était un événement inintelligible auquel il ne survivait que grâce aux représentations divines. Depuis, ces manifestations évidentes ont trouvé une explication. Mais, au vu de l’immensité de l’inconcevable, de ce qui ne peut être expliqué, l’inex­plicable semble tellement gigantesque, que nous sommes pris de vertige et que les images d’antan éclatent comme des bulles de savon. Songer à l’absolu ineffable (par exemple en regardant le firmament), savoir qu’il est impossible de donner un sens à cette immensité nous touche à tel point que nous ne pouvons survivre qu’en ignorant.

    Aussi curieux que ceci puisse paraître, « ne pas savoir où vont les choses », l’impression de se perdre et d’avoir perdu, est source de foi et d’un immense optimisme, elle n’engendre ni certitude ni sécurité collective. Il faut avoir perdu Dieu pour croire, et l’art pour peindre.

    Richter (Gerhard) : C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre (1962)

  • Uguay (Marie) : Tu m’apprends l’âge, mon amour

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  • Trois espaces

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  • Elle était là dans le silence pluvieux

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Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025