Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

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  • Pudeur de l’impudeur

    Francis Ponge n’aimait pas les poètes qu’il jugeait impudiques. Au lieu de vanter l’amour ou le sexe, il décortiquait le savon et l’éponge, objets du rituel quotidien découverts sous de nouveaux angles grâce à lui.
    Mais il a tort sur le fond : rien n’est plus pudique que l’impudeur.
    Si je dévoile mes émois, je le fais d’une manière si particulière que personne ne peut savoir ce qu’ils ont réellement provoqué en moi ni d’où ils viennent. Pas même moi. M’abritant derrière ce que je dis, je drappe d’une d’ambiguïté personnelle l’exposé d’une soi-disant clarté.
    Les mots ne sont que l’écume de l’âme : plus ils prétendent dire le vrai, plus ils le cachent. Le poète est le roi de la figure de style. Il ne décrit aucune réalité dans son texte, qui est juste une autre forme d’expression.
    Comprendre la monde ne se fera pas par les algorithmes. Connaître les équations de la création de l’univers ne conduit pas au bonheur. Le monde n’est pas une construction mathématique, il n’est pas un problème à résoudre, il est une noria de vibrations entre la nature et l’homme.
    A la manière du zen, au-delà des mots et des choses, c’est en vibrant à l’unisson, comme aurait pu dire Merleau-Ponty, que l’on approche d’une certaine forme non pas de connaissance, mais de conscience.
    Il faut être impudique pour participer à cette prise de conscience transrationnelle.
    Le poème ne dit pas ce que le poète pensait, il crée une nouvelle vision que ni l’auteur ni le lecteur n’avaient prévue.
    Comprendre, c’est créer.

    Hilma af Klint – Group IX SUW, The Swan n°1 (1915)

    Texte de Luc Fayard


  • matin de l’ange

    le matin
    quand je me lave les dents
    devant la fenêtre ouverte
    le chêne me salue
    de sa voix grave
    mais je ne peux lui répondre
    j’ai la bouche pleine
    les marches de la terrasse me narguent
    viens danser avec nous
    mais je ne peux sortir
    je suis en pyjama
    là-bas
    la ligne des frondaisons me dit
    regarde comme nous sommes belles
    mais je ne vois rien
    je n’ai pas mes lunettes
    l’avion qui tire un trait dans le ciel
    m’invite à monter a bord
    mais je ne peux pas m’envoler
    je n’ai pas encore mis mes ailes

    Luc Fayard – Vue de la fenêtre le matin (2026) – photo


    Texte de Luc Fayard, la bouche pleine de dentifrice, devant sa fenêtre le matin


  • Anonyme (-535) : Cylindre de Cyrus (-535) – Mésopotamie)

    Anonyme (-530 Mésopotamie) – Cylndre de Cyrus (-530) – cylindre d’argile avec écriture en akkadien cunéiforme, Mésopotamie

    Mise à jour : Le Cylindre est cité par l’Iran comme preuve de l’ancienneté de sa civilisation, en réponse aux trumpinades le menaçant de « retour à l’âge de pierre » (avril 2026)

    NdlR : « texte de propagande royale, qui s’inscrit dans la tradition des inscriptions royales babyloniennes en reprenant leur vocabulaire et leur idéologie, souvent présenté de nos jours comme la première déclaration des droits de l’Homme, contre l’avis des historiens spécialistes des empires babylonien et perse » (Wikipédia)


  • quartz blanc

    je parle encore
    personne n’entend
    parole sans liesse
    comme le vent
    murmure indistinct
    magma lointain
    sur la foule qui se presse
    et m’ignore

    quand les remous
    le secouent corps et âme
    personne pour partager
    la fièvre du marin qui rame
    dans une barque ébranlée
    par les vagues houleuses
    de la solitude

    faudra-t-il que je hurle
    ma douleur d’être
    pour que ma voix parvienne
    sans filtre
    au cœur sensible et doux
    le pénètre
    et que l’élu se penche vers moi
    ému de mon émoi

    si jamais j’entendais
    une voix comme la mienne
    quel baume elle poserait
    sur les plaies du silence

    il y aurait tant à dire
    pour toucher de près
    les êtres qui doutent
    les chercheurs de pureté
    si l’on m’écoutait
    je parlerais sans fin
    de la beauté des choses
    dans la lumière du soir
    et de l’ombre qui les agrandit
    je raconterais les méfaits
    du serpent du souvenir
    et le bienfait d’un sourire inattendu
    je dirais tous les espoirs
    reliés les uns aux autres
    comme une ligne d’horizon
    entre vert et bleu

    et avant de me taire
    je dirais l’amour nu
    cristallin de quartz blanc
    recelé par le sable
    qui sera découvert
    le jour du grand reflux

    Texte de Luc Fayard


  • La Genèse : extrait (traduction de Marc-Alain Ouaknin)

    (Voir les tableaux proposés par Amavero pour illustrer ce texte)

    (suite…)

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  • Azzhara : J’écris à jeun

    J’écris à jeûn
    Soif et faim dans tout le corps
    Un lot de remords dans le cœur
    Je bois mes larmes
    Je mange mes pleurs
    J’avale le silence, il glisse dans la gorge sèche
    Du miel silencieux
    Derrière moi, je ressens la présence rassurante et généreuse
    Comme l’odeur du pain chaud qui me couvre
    Je le cherche
    Le froid gris de son absence me gifle
    J’ai mal
    J’ai soif
    J’ai faim
    J’écris à jeun
    Mes pensées troublées
    Ma main tremblante
    Mes ongles rongés
    Mes pieds attachés
    Je veux sentir le manque
    J’écris à jeun

    Azzhara. Nuit intranquille. 2021

    Azzhara : J’écris à jeun

  • Richter (Gerhard) : C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre (1962)

    C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre et vous pousse vers l’art en général. L’envie de fixer une vision, de maîtriser des manifestations extérieures (auxquelles il faut donner un nom et un sens). Sans elle, ce travail serait absurde, et, comme l’art pour l’art, il ne se justifierait pas.

    Penser que l’art copie la nature est un sinistre malentendu. Car l’art a toujours œuvré contre la nature et pour la raison.

    Chaque mot, chaque trait nous est insufflé par notre époque et par les circonstances. Les liens, les aspirations relèvent du passé et du présent. Il est donc impossible d’agir, de penser arbitrairement et indépendamment d’eux. D’une certaine manière, ceci est réconfortant puisque chaque individu est en quelque sorte entouré, lié par la contemporanéité. Il y aura toujours un possible même dans le pire des malheurs.

    Vouloir rendre visible l’invisible, la chose connue, inconnue ou plausible, et même l’impensable est une revendication, une prétention absurde. Certes, nous pouvons déduire l’invisible, donc présupposer son existence avec une quasi-certitude, mais nous ne sommes pas en mesure de représenter cet invisible par un symbole qui le remplace et qui soit lui aussi invisible.

    Il n’y a aucune raison d’accepter sans réserve ce que la tradition nous a transmis. Rien n’est bien ou mal en soi, sauf dans certaines circonstances et à condition que nous le voulions. Cet état de fait annihile les conventions, les garanties et les inconditionnels et nous oblige, chaque jour, à prendre nos responsabilités et à décider du bien et du mal.

    S’imaginer une chose, se la représenter, fait de nous des hommes L’art, c’est donner du sens, générer du sens au même titre que la quête de Dieu ou la religion. Même sachant que tout sens donné ou tout tableau peint est un simulacre, une illusion, nous ne pouvons y renoncer. Car la foi (penser, réfléchir le présent et l’avenir) est notre trait de caractère essentiel.

    Les moyens de l’art (la manière de représenter une chose, le style, la technique et la chose représentée en soi) sont les conditions néces­saires à l’art tout comme les qualités de l’artiste (mode de vie, capacités, entourage). L’art peut naître autant de l’harmonie que de la contradic­tion avec les conditions qui le génèrent. Il n’est en soi, ni visible ni définissable, seules les conditions qui l’ont généré sont visibles et repro­ductibles ; on a tendance à les confondre avec l’art en soi.

    Dès que l’activité artistique est devenue un « isme », elle cesse d’en être une. Car seul ce qui lutte quotidiennement pour prendre forme et exister, est vivant. (À titre de comparaison : le social est une forme et une méthode juste qui correspond aux conceptions actuelles ; mais si en revanche, il se prétend socialisme, ordre social ou dogme, il renonce à ce qui lui est propre et risque de courir à sa perte.)

    Je ne suis pas venu ici pour fuir le matérialisme. Il règne ici d’une manière plus radicale et plus perfide encore, mais j’ai dû fuir l’idéa­lisme criminel des socialistes.

    La peinture na rien à voir avec la pensée. Quand on peint, la pensée est peinture. La pensée est un langage, un registre qui doit fonctionner avant et après. Einstein ne pensait pas quand il faisait ses calculs, il calculait, chaque équation réagissait à la précédente, tout comme en peignant, une forme répond à une autre et ainsi de suite.

    L’art sert à la socialisation. Il nous relie aux autres et à ce qui nous entoure au sein d’une même conception et d’une même quête.

    Pour moi, l’enjeu n’est jamais l’art, mais uniquement la chose pour laquelle l’art peut être utile.

    Comme il n’existe ni certitude, ni vérité absolue, nous aspirons toujours à une vérité artificielle faisant autorité, donc humaine. Nous avons des jugements de valeur et fabriquons une vérité qui en exclut d’autres. Dans la production de vérité, l’art est la composante qui met en forme.

    Les sciences de la nature ont assurément influencé les arts. Pour l’Aztèque, le coucher du soleil était un événement inintelligible auquel il ne survivait que grâce aux représentations divines. Depuis, ces manifestations évidentes ont trouvé une explication. Mais, au vu de l’immensité de l’inconcevable, de ce qui ne peut être expliqué, l’inex­plicable semble tellement gigantesque, que nous sommes pris de vertige et que les images d’antan éclatent comme des bulles de savon. Songer à l’absolu ineffable (par exemple en regardant le firmament), savoir qu’il est impossible de donner un sens à cette immensité nous touche à tel point que nous ne pouvons survivre qu’en ignorant.

    Aussi curieux que ceci puisse paraître, « ne pas savoir où vont les choses », l’impression de se perdre et d’avoir perdu, est source de foi et d’un immense optimisme, elle n’engendre ni certitude ni sécurité collective. Il faut avoir perdu Dieu pour croire, et l’art pour peindre.

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Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025