Texte de Luc Fayard inspiré par Vague sur les Rochers, de Laurence Gancel
Blog « Fleureter »
Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir, à découvrir… pour s’y promener librement.
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Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.
Texte de Luc Fayard inspiré par Vague sur les Rochers, de Laurence Gancel
nuances vives des couleurs
lignes assouplies des tiges
envie de rosée et de soleil
la fleur ne sait pas
qu’elle est belle
s’étirant dans le matin frais
elle épanouit sa force
comme la jeunesse
insoucieuse du lendemain
d’abord vivre
et sourire
Texte de Luc Fayard inspiré par Pivoines, de Jehanne Roesch
jamais fleur
n’aura si bien porté son nom
on s’y perd on rêve
douceur et délicatesse
si c’était possible
on rêverait avec élégance
quel bonheur
pouvoir se poser
profiter pleinement
de cet instant magique
avant que le temps
ne reprenne son cours
Texte de Luc Fayard inspiré par Libres Pensées, de Brigitte Cazenave
ils sont devenus rares
les charpentiers de marine
trop de travail
et de savoir faire
quelques bouts de bois
on entend le bruit des rabots
le frottement du maillet à calfat
toc-toc dit l’herminette
gabarits quilles étraves étambots
de belles formes jaillissent
petites ou grandes
à rame à moteur à voile
peu importe l’usage
les couleurs éclatent
et vogue la galère
Texte de Luc Fayard inspiré par Sur un chantier, de Christine Bataille
il parle
de sa voix inimitable
si douce si forte
il joue des sourcils
comme il sait si bien faire
il nous offre son visage
paisible et tourmenté
c’est un monument
si proche si familier
incroyablement prégnant
inspiré habité
Texte de Luc Fayard inspiré par Buste de Michaël Lonsdale, de Brigitte de Lanouvelle




Rainer-Maria Rilke : Tu es l’avenir
Du bist die Zukunft, großes Morgenrot
über den Ebenen der Ewigkeit.
Du bist der Hahnschrei nach der Nacht der Zeit,
der Tau, die Morgenmette und die Maid,
der fremde Mann, die Mutter und der Tod.
Du bist die sich verwandelnde Gestalt,
die immer einsam aus dem Schicksal ragt,
die unbejubelt bleibt und unbeklagt
und unbeschrieben wie ein wilder Wald.
Du bist der Dinge tiefer Inbegriff,
der seines Wesens letztes Wort verschweigt
und sich den andern immer anders zeigt:
dem Schiff als Küste und dem Land als Schiff.
Tu es l’avenir, la grande aurore
sur les plaines de l’éternité.
Tu es le cri du coq après la nuit du temps,
la rosée, la prière du matin, la jeune fille.
l’étranger, la mère et la mort.
Tu es la forme qui sans cesse change,
qui, toujours solitaire, émerge du destin,
qui demeure sans gloire ni regret
et vierge comme une forêt sauvage.
Tu es l’essence même des choses
qui tait le dernier mot de son être
et qui se montre aux autres toujours autre :
au navire comme une côte, à la terre comme un navire
(1875-1926). Né à Prague donc autrichien, puis tchécoslovaque.
Das Stunden-Buch. Le Livre d’heures. Traduction française de Maurice Betz et Luc Fayard





LEAR
Blow, winds, and crack your cheeks! rage! blow!
You cataracts and hurricanoes, spout
Till you have drench’d our steeples, drown’d the cocks!
You sulphurous and thought-executing fires,
Vaunt-couriers of oak-cleaving thunderbolts,
Singe my white head! And thou, all-shaking thunder,
Smite flat the thick rotundity o’ the world!
Crack nature’s moulds, all germens spill at once
That make ingrateful man!
LEAR
Soufflez vents, à crever vos joues ! Faites rage, soufflez,
Vous trombes d’eau et déluges, jaillissez
Jusqu’à inonder nos clochers, et noyez leurs girouettes !
Vous, sulfureux éclairs prompts comme la pensée,
Avant-coureurs de la foudre qui fend le chêne,
Brûlez ma tête blanche ! Et toi, tonnerre qui tout ébranle,
Aplatis l’épaisse rotondité du monde,
Fracasse les moules de la Nature, disperse d’un seul coup tous les germes
Qui font l’homme ingrat !
Le Roi Lear (1608), acte III, scène 2. Traduction Jean-Michel Déprats

