Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir, à découvrir… pour s’y promener librement.
© Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations, aux auteurs pour les textes.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

1 556 artistes • 821 auteurs
publiés dans Amavero
Citation Amavero du jour
La seule chose que je sais, c’est que je ne sais rien.(470-399 av J.C.)
Socrate


  • cercle

    j’aimerais découvrir un lieu
    où écouter le temps qui passe
    telle une musique à trois notes
    assis sur le pas de la porte
    dans la lumière douce et basse
    un rayon ocre savoureux
    protègerait le cœur les yeux
    du vent irréel gracieux

    quelques arbres se tiendraient loin
    et sous un ciel indéfini
    le bruit d’homme serait éteint
    alors à cet instant précis
    où le cercle se fermerait
    peut-être avec un peu de chance
    de la colline verte et dense
    entendrais-je l’âme pleurer

    image dall-e


    Texte de Luc Fayard illustré par une image Dall.e créée pour ce texte

    autres duos poème-œuvre


  • trinité

    tout est difficile aimer chanter
    seul rêver est facile
    s’abstraire du réel fuir
    oublier le passé

    tout est difficile parler sourire
    seul partir est permis
    encore en utopie
    se voir là-bas plutôt qu’ici

    tout est difficile vivre factice
    seul écrire est vrai
    bâtir sa réalité
    ses murs sa forteresse

    tout est difficile corps chargé
    seule l’âme est légère
    quand elle se libère
    d’une transparence évasée

    tout est difficile dire oui
    seul dire non peut être acquis
    dire je ne sais pas j’attends
    je ne saurai rien du néant

    tout est difficile dans tes yeux
    seuls qui me scrutent
    spectateurs incultes
    de mon souffle nerveux

    tout est difficile pleurer souffrir
    seul reste un gémissement
    trace ineffable soupir
    de ce qui jamais ne ment

    tout est difficile aujourd’hui
    seul demain peut attirer
    d’autres cœurs épris
    qui tant ont pleuré
    tout est difficile même dire
    tout est difficile
    même crier je t’aime
    au fond de la nuit blême

    tout est difficile sauf croire en toi
    l’eau claire et le torrent
    la lumière et le chant
    tout devient possible pour moi

    tout devient possible grâce à toi
    quand le chemin
    prend ses trois sens
    direction
    sentiment
    connaissance
    tu es la trinité de ma vie de roi

    Image créée par Dall.e pour illustrer le poème « trinité » de Luc Fayard


    Texte de Luc Fayard illustré par une image IA créée pour ce texte


  • spleen du légionnaire

    le temps est aboli
    règne de l’espace inutile

    motif 325 bis ne pas se conformer au règlement

    il est interdit de ne pas interdire
    dans ce champ ici clos
    là-bas dans le monde libre
    le ciel n’est pas bleu blanc rouge
    peut-être y fait-il presque beau
    et la douceur mon dieu la douceur
    mot banni mot sacrilège
    on ne fait pas la guerre avec douceur
    il faut des aboiements sur la route
    le long de la colonne qui chemine
    dans le petit matin
    pour aller où
    douleur de l’oubli de la douceur

    motif 4.113 se coucher ailleurs qu’aux endroits prévus

    l’herbe chantante et vive de ton corps
    l’anse abritée du port de tes bras
    l’envol de ta chevelure d’aigle
    interdiction de stationner
    l’eau claire de tes yeux
    ta nudité en moi comme un clair de lune
    lac secret la fraîcheur de ton sourire
    interdiction de se baigner

    motif 6.19 tenue civile exagérément fantaisiste à l’intérieur d’une enceinte militaire ou à bord

    tout nu au milieu de la place d’armes
    saluer le colonel
    et pendant l’appel des couleurs
    faire pipi sur le gazon
    ou bien se coiffer d’un chapeau mexicain
    sur le dos un poncho multicolore
    fumer un long havane
    tandis que la foule en délire
    danse les clochettes au pied
    et dit mille fois Hare Krishna

    motif 2.31 briser ou détériorer volontairement du matériel ou des locaux militaires

    voler un crayon à papier à l’intendance
    et violemment le casser en deux
    en se moquant des représailles
    sur une feuille de papier blanche
    écrire de façon bien ordonnée
    merde merde merde

    motif 4.143 indiscrétion verbale ou par écrit

    les hommes fatigués partiront à nouveau se battre
    les villages nettoieront leurs monuments aux morts
    sur la place de l’église déserte
    personne pour graver les nouveaux noms
    tout le monde est mort
    l’indiscrétion c’est la vie
    il est tout à fait indiscret de vivre
    il faut seulement obéir
    mon amour l’indiscrétion c’est de dire mon amour
    voler au ras des nuages qui passent
    sur la grisaille verte de la caserne
    effacer des murs le bruit des chars
    tracer sur sa vie le portrait d’une femme
    elle a les yeux de niche dans la rosée
    une façon de ne rien dire qui me plait
    quant elle vient au creux de ma douleur
    je meurs dans ses bras dans sa douceur
    elle a la grandeur terrible du vent
    je me noie dans son océan
    elle a les gestes pharaoniques et fous
    des envies de tout
    des colères d’épis en étincelle
    je m’enivre de ses passions je suis fou d’elle

    motif 2.01 manquement grave aux devoirs et responsabilités du militaire au combat

    s’étendre face au ciel
    et lire des poèmes de Federico Garcia Lorca
    tracer dans l’herbe pour les avions qui passent
    des lettres de feu gigantesques
    qui épèleraient folles incongrues le mot 
    amour


  • prince

    je fais partie d’une cohorte fière
    autour d’un prince blond et grand
    qui nous honore de son amitié
    et avec lui ce mot s’écrit en majuscules

    massif comme une forteresse
    il sourit d’un air calme et nous sommes sereins
    il ne parle pas beaucoup tel un prince
    mais il est là et nous comprend

    il sait des choses incommensurables
    je me demande où et comment il les a apprises
    il ne s’en sert pas pour écraser les autres
    mais pour mieux comprendre la vie

    c’est un guerrier un croisé un berger un roi mage
    il va chercher ses amis partout où ils se sont perdus
    et dieu sait s’ils se sont noyés les bougres
    dans la vie les tourments la fureur

    alors il les prend par la main sans rien dire
    et ils le suivent envoûtés
    pour rire avec lui longtemps dans la nuit
    et avec lui la nuit rutile et jure

    il est prince de sang mais de cœur surtout
    peu importe le blason pourvu qu’on ait l’âme
    son amitié nous pousse à nous dépasser
    nous les membres de la cohorte
    on est perdus sans lui faibles et lâches
    petites boussoles déglinguées

    et puis un jour trop tôt il a grimpé 
    seul en haut de la montagne
    dans les nuages et le soleil
    il nous a regardé et souri
    il a tendu son arc vers le ciel
    et quand la flèche s’est affranchie 
    elle a vibré d’un son de scie
    la vibration s’est accordée à celle de notre vie
    comme un étendard de cérémonie
    alors nous membres de la cohorte nous avons compris
    avant de vivre notre destin sans lui
    le prince nous avait anobli

    à A.M. 


  • passant

    j’aime la ville la nuit
    après la pluie
    ses lumières
    brillent
    dans le noir
    pour éclairer
    la pénombre
    des destins
    je suis un passant
    marchant sans fin
    vers une rencontre

    inspiré par le tableau de Cécile Gonne Victoria La ville la nuit



Art et Poésie : dernières publications

  • Mária Geszler-Garzuly : Between the Trees (2025) – porcelaine

    Mária Geszler-Garzuly : Between the Trees (2025) – porcelaine

  • Lucien Simon : Le pont du Steir à Quimper (1920)

    Lucien Simon : Le pont du Steir à Quimper (1920)

  • Aristide Maillol : Femme assise à l’ombrelle (1892)

    Aristide Maillol : Femme assise à l’ombrelle (1892)

  • William Shakespeare : Blow, winds, and crack your cheeks ! Soufflez, vents, à crever vos joues (1608)

    LEAR
    Blow, winds, and crack your cheeks! rage! blow!
    You cataracts and hurricanoes, spout
    Till you have drench’d our steeples, drown’d the cocks!
    You sulphurous and thought-executing fires,
    Vaunt-couriers of oak-cleaving thunderbolts,
    Singe my white head! And thou, all-shaking thunder,
    Smite flat the thick rotundity o’ the world!
    Crack nature’s moulds, all germens spill at once
    That make ingrateful man!

    LEAR
    Soufflez vents, à crever vos joues ! Faites rage, soufflez,
    Vous trombes d’eau et déluges, jaillissez
    Jusqu’à inonder nos clochers, et noyez leurs girouettes !
    Vous, sulfureux éclairs prompts comme la pensée,
    Avant-coureurs de la foudre qui fend le chêne,
    Brûlez ma tête blanche ! Et toi, tonnerre qui tout ébranle,
    Aplatis l’épaisse rotondité du monde,
    Fracasse les moules de la Nature, disperse d’un seul coup tous les germes
    Qui font l’homme ingrat !

    Le Roi Lear (1608), acte III, scène 2. Traduction Jean-Michel Déprats

    William Shakespeare : Blow, winds, and crack your cheeks ! Soufflez, vents, à crever vos joues (1608)

  • Alphonse Osbert : Le Soir sur le lac (1895)

    Alphonse Osbert : Le Soir sur le lac (1895)

  • Christian Bobin : Il n’y a rien en nous (1991)

    Il n’y a rien en nous. Il n’y a personne. Il n’y a en nous qu’une attente sans couleur et sans forme. Elle n’est l’attente d’aucune chose. Elle est en nous comme de l’air mélangé à de l’air. Elle ne ressemble à rien, sinon peut-être à l’extrême pointe d’une lassitude. Cette attente n’a pas toujours été là. Nous n’avons pas toujours été rien, personne. Dans l’enfance nous étions tout et dieu n’était qu’une part infime de nos domaines – quelque chose comme un brin d’herbe dans un pré.

    C’est avec la fin de l’enfance que l’attente a commencé. C’est après notre mort que nous avons commencé à attendre.

    (1951-2022). Une petite robe de fête. folio/Gallimard, 1991.

    Christian Bobin : Il n’y a rien en nous (1991)

  • Francis Ponge : Le Chêne (1942)

    Francis Ponge : Le Chêne (1942)

  • Octavio Paz : Source

    Parle laisse tomber une parole
    Bonjour j’ai dormi tout l’hiver et maintenant je me réveille
    Parle
    Une pirogue glisse vers la lumière
    Une parole légère avance à pleines voiles
    Le jour a la forme d’un fleuve
    Sur ses rives brillent les plumes de tes chants
    Douceur de l’eau dans l’herbe endormie
    Eau claire voyelles à boire
    Voyelles parures du front des chevilles
    Parle
    Touche la cime d’un silence heureux
    Et puis ouvre les ailes parle sans cesse
    Un visage oublié passe
    Tu passes toi-même allure de vent dans un champ de maïs
    L’enfance avec ses flèches son idole son figuier
    Romps les amarres passe avec la tour et le jardin
    Passent futur et passé
    L’heure déjà morte et l’heure à tuer
    Passent des éclairs qui portent dans leur bec des morceaux de temps encore vivant
    Volées de comètes qui se perdent dans mon front
    Parle
    Mouille les lèvres dans la pierre fendue qui jaillit inépuisable
    Plonge tes bras blancs dans l’eau féconde en prophéties imminentes

    Le Tournesol in Condition de nuage (1939-1955) in Liberté sur Parole, nrf/Poésie/Gallimard, 2014.
    Mexicain (1914-1998). Prix Nobel de littérature en 1990.

    Octavio Paz : Source

  • Camillo Innocenti : Nuit (1913)

    Camillo Innocenti : Nuit (1913)

  • Thomas Hart Benton : Night Firing of Tobacco (1943)

    Thomas Hart Benton : Night Firing of Tobacco (1943)

  • Andrew Wyeth : Pennsylvania Landscape (1941) – tempera sur panneau

    Andrew Wyeth : Pennsylvania Landscape (1941) – tempera sur panneau

  • Pablo Neruda : Entrada à a la madera / Entrée dans le bois (1935)

    Con mi razón apenas, con mis dedos,
    con lentas aguas lentas inundadas,
    caigo al imperio de los nomeolvides,
    a una tenaz atmósfera de luto,
    a una olvidada sala decaída,
    a un racimo de tréboles amargos.

    Caigo en la sombra, en medio
    de destruidas cosas,
    y miro arañas, y apaciento bosques
    de secretas maderas inconclusas,
    y ando entre húmedas fibras arrancadas
    al vivo ser de substancia y silencio.

    Dulce materia, oh rosa de alas secas,
    en mi hundimiento tus pétalos subo
    con pies pesados de roja fatiga,
    y en tu catedral dura me arrodillo
    golpeándome los labios con un ángel.

    Es que soy yo ante tu color de mundo,
    ante tus pálidas espadas muertas,
    ante tus corazones reunidos,
    ante tu silenciosa multitud.

    Soy yo ante tu ola de olores muriendo,
    envueltos en otoño y resistencia:
    soy yo emprendiendo un viaje funerario
    entre tus cicatrices amarillas:
    soy yo con mis lamentos sin origen,
    sin alimentos, desvelado, solo,
    entrando oscurecidos corredores,
    llegando a tu materia misteriosa.

    Veo moverse tus corrientes secas,
    veo crecer manos interrumpidas,
    oigo tus vegetales oceánicos
    crujir de noche y furia sacudidos,
    y siento morir hojas hacia adentro,
    incorporando materiales verdes
    a tu inmovilidad desamparada.

    Poros, vetas, círculos de dulzura,
    peso, temperatura silenciosa,
    flechas pegadas a tu alma caída,
    seres dormidos en tu boca espesa,
    polvo de dulce pulpa consumida,
    ceniza llena de apagadas almas,
    venid a mi, a mi sueño sin medida,
    caed en mi alcoba en que la noche cae
    y cae sin cesar como agua rota,
    y a vuestra vida, a vuestra muerte asidme,
    a vuestros materiales sometidos,
    a vuestras muertas palomas neutrales,
    y hagamos fuego, y silencio, y sonido,
    y ardamos, y callemos, y campanas.

    Avec ma seule raison, avec mes doigts,
    avec de lentes eaux lentes inondées,
    je tombe au royaume des myosotis,
    à une tenace atmosphère de deuil,
    à une salle oubliée, déchue,
    à une grappe de trèfles amers.

    Je tombe dans l’ombre, au milieu
    de choses détruites,
    et je regarde des araignées, et je broute des forêts
    de bois secret, secret,
    et je marche parmi des fibres mouillées
    vécues par le cœur vivant de la sève et du silence.

    Matière douce, ô rose de branches sèches,
    dans mes larmes je m’enfonce dans ton sol
    avec des pieds lourds d’une rouge fatigue,
    et dans ta cathédrale dure je m’agenouille
    en me frappant les lèvres avec un ange.

    C’est que c’est moi devant ta couleur de monde,
    devant tes pâles épées mortes,
    devant tes cœurs réunis,
    devant ta silencieuse multitude.

    C’est moi entreprenant un voyage funéraire
    parmi tes cicatrices jaunes :
    c’est moi avec mes lamentos sans origine,
    sans aliments, éveillé, seul,
    entrant dans des couloirs obscurcis,
    arrivant à ta matière mystérieuse.

    Je vois se mouvoir tes courants secs,
    je vois grandir des mains interrompues,
    j’entends tes végétaux océaniques
    crisser de nuit et de fureur secoués,
    et je sens mourir des feuilles vers l’intérieur,
    incorporant des matières vertes
    à ton immobilité désemparée.

    Pores, veines, cercles de douceur,
    poids, température silencieuse,
    flèches collées à ton âme déchue,
    êtres endormis dans ta bouche épaisse,
    poussière de douce moelle consumée,
    cendre pleine d’âmes éteintes,
    venez à moi, à mon rêve démesuré,
    tombez dans mon alcôve où la nuit tombe
    et tombe sans cesse comme une eau brisée,
    et à votre vie, à votre mort agrippez-moi,
    à vos matériaux soumis, à vos inutiles colombes mortes,
    et faisons feu, et silence, et son,
    et flambons, et silence, et carillon.

    (1904-1973). Residencia en la Tierra. Ediciones del Árbo, 1935
    Traduction de Guy Suarès (sauf pour le mot « crujir » remplacé par Luc Fayard par le mot « crisser »)

    Pablo Neruda : Entrada à a la madera / Entrée dans le bois (1935)

Abonnez-vous à
La Gazette d’Amavero
Entrez votre email
et vous recevrez notre newsletter
un lundi sur deux :
100% bénévole, gratuit,
sans pub, ni spam, ni traqueurs

← Retour

Votre adresse email a été envoyée

Merci pour votre abonnement au site Amavero et à ses poèmes !

Une couverture de la Gazette d'Amavero avec des portraits de Nikolaus, un enfant, et de Barbara, une femme âgée, accompagnés de descriptions artistiques.
Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025