Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir, à découvrir… pour s’y promener librement.
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Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

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Citation Amavero du jour
Le pain dur a très bon goût  quand on a faim.
Maurice de Vlaminck, peintre, cycliste, violoniste, boxeur


  • dehors dedans

    dehors
    bleu blanc vert
    couleurs prégnantes
    avions filant
    vers leur destin
    joyeux cris d’enfants
    montant de la vallée
    les oiseaux discutent
    revenus de loin
    sans me dérider

    dedans
    rien ne sourit
    mes sens reliés au monde
    ne m’y ont pas attaché
    je ne saurais jamais
    qui je suis
    spectateur de ma vie
    toujours en attente
    de quoi


  • d'abord le vent

    ici 

    on vit 

    on sent 
    différemment

    d’abord le vent incessant
    pénètre les pores
    cure de désintox
    massage brutal et caressant

    puis le soleil impérial
    se heurte aux nuages 
    les couleurs claires de la mer
    mordent les palmiers
    au pied des mornes rouges

    l’accent met en relief le sourire
    de gens calmes et lents
    le pélican brusque plongeur 
    repart lourd et décidé 
    l’iguane d’un autre temps 
    s’arque sur la pierre grise

    les taches de fleurs nonchalantes
    se penchent vers vous
    comme pour vous dire
    respirez calmement
    revivez 
    oubliez le temps
    laissez parler les sens 
    renaissance


  • éternelle universalité de la douleur

    quand leurs maris sont partis
    il y a des siècles semble-t-il
    les deux femmes bouddhistes
    sont entrées au temple de Gandan
    chaussées de leurs bottes mongoles
    elles y sont restées

    leurs doigts égrenant le temps
    sur de longs chapelets ridés

    les jours de marché
    assises là dans ce recoin
    toujours le même
    recroquevillées
    sur les marches du temple
    aussi usées qu’elles
    elles parlent à mi-voix
    des gens qui passent 

    avec le temps
    comme s’ils avaient de l’importance
    et ils doivent en avoir
    puisqu’elles sont encore là pour en parler

    chaque fois qu’elles se retrouvent
    la conversation reprend
    à l’endroit exact où elle s’était arrêtée
    elles commentent de minuscules épisodes
    le fil de la vie se déroule
    c’est le tout qui forme le monde
    tout se raconte
    plus rien ne les surprend
    mais tout les intéresse
    surtout les choses du dedans
    car leurs yeux plissés de compassion
    sont tournés vers les âmes qui souffrent
    les sans voix les solitaires les épleurées
    celles qui subissent en silence
    l’éternelle universalité de la douleur


  • cicatrice d'amour

    la cicatrice d’amour
    a le regard fulgurant
    d’un vif éclair de soleil
    zébrant le ciel bleu et lourd

    sur sa peau les souvenirs
    s’égrènent avec le cœur
    entêtés ils apparient
    les sourires et les pleurs

    alors tous les sens s’éveillent
    les odeurs mêlées aux sons
    les parfums le long du corps
    et les vibrations du temps

    là d’une branche invisible
    un oiseau s’orne de trilles
    secouant de toutes plumes
    la vitalité de l’air

    chaque fois qu’un être chante
    la mort cède note à note
    pas après pas sans raison
    comme une distraction

    alors l’âme se renforce
    de questions et de réponses
    la vie n’est plus qu’un puzzle
    passé recomposée

    avec des pièces triées
    pour leurs couleurs fortes
    leurs arêtes sectionnées
    aux places les plus accortes

    on remanie sa mémoire
    avec d’arrière-pensées
    pour créer sa vie dorée
    avec ses heures de gloire

    la seule vraie à toute heure
    la voie rêvée du bonheur
    celle de l’enfant vainqueur
    qui souffre rit et qui pleure


  • chevauchées et clôtures

    roulement lourd de la chevauchée
    plein soleil
    la plaine et la poussière
    la liberté et la contrainte
    la fatigue et la joie
    le bonheur peut-être
    à bien y regarder pourtant
    lourdes sont les selles
    dures et longues les jambes des cavaliers
    implacable le mors en bouche des chevaux
    pour les tenir au carré
    pas question de ruer
    comme à côté d’eux les copains libres
    là où le cavalier décide ils devront aller vivre
    les chevaux s’ébrouent lentement tête baissée
    ils savent tous que le soir advenu c’est sûr
    ils seront enfermés par les mêmes clôtures
    où les a mené ce brouhaha indompté



Art et Poésie : dernières publications

  • Lucien Simon : Le pont du Steir à Quimper (1920)

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  • Aristide Maillol : Femme assise à l’ombrelle (1892)

    Aristide Maillol : Femme assise à l’ombrelle (1892)

  • William Shakespeare : Blow, winds, and crack your cheeks ! Soufflez, vents, à crever vos joues (1608)

    LEAR
    Blow, winds, and crack your cheeks! rage! blow!
    You cataracts and hurricanoes, spout
    Till you have drench’d our steeples, drown’d the cocks!
    You sulphurous and thought-executing fires,
    Vaunt-couriers of oak-cleaving thunderbolts,
    Singe my white head! And thou, all-shaking thunder,
    Smite flat the thick rotundity o’ the world!
    Crack nature’s moulds, all germens spill at once
    That make ingrateful man!

    LEAR
    Soufflez vents, à crever vos joues ! Faites rage, soufflez,
    Vous trombes d’eau et déluges, jaillissez
    Jusqu’à inonder nos clochers, et noyez leurs girouettes !
    Vous, sulfureux éclairs prompts comme la pensée,
    Avant-coureurs de la foudre qui fend le chêne,
    Brûlez ma tête blanche ! Et toi, tonnerre qui tout ébranle,
    Aplatis l’épaisse rotondité du monde,
    Fracasse les moules de la Nature, disperse d’un seul coup tous les germes
    Qui font l’homme ingrat !

    Le Roi Lear (1608), acte III, scène 2. Traduction Jean-Michel Déprats

    William Shakespeare : Blow, winds, and crack your cheeks ! Soufflez, vents, à crever vos joues (1608)

  • Alphonse Osbert : Le Soir sur le lac (1895)

    Alphonse Osbert : Le Soir sur le lac (1895)

  • Christian Bobin : Il n’y a rien en nous (1991)

    Il n’y a rien en nous. Il n’y a personne. Il n’y a en nous qu’une attente sans couleur et sans forme. Elle n’est l’attente d’aucune chose. Elle est en nous comme de l’air mélangé à de l’air. Elle ne ressemble à rien, sinon peut-être à l’extrême pointe d’une lassitude. Cette attente n’a pas toujours été là. Nous n’avons pas toujours été rien, personne. Dans l’enfance nous étions tout et dieu n’était qu’une part infime de nos domaines – quelque chose comme un brin d’herbe dans un pré.

    C’est avec la fin de l’enfance que l’attente a commencé. C’est après notre mort que nous avons commencé à attendre.

    (1951-2022). Une petite robe de fête. folio/Gallimard, 1991.

    Christian Bobin : Il n’y a rien en nous (1991)

  • Francis Ponge : Le Chêne (1942)

    Francis Ponge : Le Chêne (1942)

  • Octavio Paz : Source

    Parle laisse tomber une parole
    Bonjour j’ai dormi tout l’hiver et maintenant je me réveille
    Parle
    Une pirogue glisse vers la lumière
    Une parole légère avance à pleines voiles
    Le jour a la forme d’un fleuve
    Sur ses rives brillent les plumes de tes chants
    Douceur de l’eau dans l’herbe endormie
    Eau claire voyelles à boire
    Voyelles parures du front des chevilles
    Parle
    Touche la cime d’un silence heureux
    Et puis ouvre les ailes parle sans cesse
    Un visage oublié passe
    Tu passes toi-même allure de vent dans un champ de maïs
    L’enfance avec ses flèches son idole son figuier
    Romps les amarres passe avec la tour et le jardin
    Passent futur et passé
    L’heure déjà morte et l’heure à tuer
    Passent des éclairs qui portent dans leur bec des morceaux de temps encore vivant
    Volées de comètes qui se perdent dans mon front
    Parle
    Mouille les lèvres dans la pierre fendue qui jaillit inépuisable
    Plonge tes bras blancs dans l’eau féconde en prophéties imminentes

    Le Tournesol in Condition de nuage (1939-1955) in Liberté sur Parole, nrf/Poésie/Gallimard, 2014.
    Mexicain (1914-1998). Prix Nobel de littérature en 1990.

    Octavio Paz : Source

  • Camillo Innocenti : Nuit (1913)

    Camillo Innocenti : Nuit (1913)

  • Thomas Hart Benton : Night Firing of Tobacco (1943)

    Thomas Hart Benton : Night Firing of Tobacco (1943)

  • Andrew Wyeth : Pennsylvania Landscape (1941) – tempera sur panneau

    Andrew Wyeth : Pennsylvania Landscape (1941) – tempera sur panneau

  • Pablo Neruda : Entrada à a la madera / Entrée dans le bois (1935)

    Con mi razón apenas, con mis dedos,
    con lentas aguas lentas inundadas,
    caigo al imperio de los nomeolvides,
    a una tenaz atmósfera de luto,
    a una olvidada sala decaída,
    a un racimo de tréboles amargos.

    Caigo en la sombra, en medio
    de destruidas cosas,
    y miro arañas, y apaciento bosques
    de secretas maderas inconclusas,
    y ando entre húmedas fibras arrancadas
    al vivo ser de substancia y silencio.

    Dulce materia, oh rosa de alas secas,
    en mi hundimiento tus pétalos subo
    con pies pesados de roja fatiga,
    y en tu catedral dura me arrodillo
    golpeándome los labios con un ángel.

    Es que soy yo ante tu color de mundo,
    ante tus pálidas espadas muertas,
    ante tus corazones reunidos,
    ante tu silenciosa multitud.

    Soy yo ante tu ola de olores muriendo,
    envueltos en otoño y resistencia:
    soy yo emprendiendo un viaje funerario
    entre tus cicatrices amarillas:
    soy yo con mis lamentos sin origen,
    sin alimentos, desvelado, solo,
    entrando oscurecidos corredores,
    llegando a tu materia misteriosa.

    Veo moverse tus corrientes secas,
    veo crecer manos interrumpidas,
    oigo tus vegetales oceánicos
    crujir de noche y furia sacudidos,
    y siento morir hojas hacia adentro,
    incorporando materiales verdes
    a tu inmovilidad desamparada.

    Poros, vetas, círculos de dulzura,
    peso, temperatura silenciosa,
    flechas pegadas a tu alma caída,
    seres dormidos en tu boca espesa,
    polvo de dulce pulpa consumida,
    ceniza llena de apagadas almas,
    venid a mi, a mi sueño sin medida,
    caed en mi alcoba en que la noche cae
    y cae sin cesar como agua rota,
    y a vuestra vida, a vuestra muerte asidme,
    a vuestros materiales sometidos,
    a vuestras muertas palomas neutrales,
    y hagamos fuego, y silencio, y sonido,
    y ardamos, y callemos, y campanas.

    Avec ma seule raison, avec mes doigts,
    avec de lentes eaux lentes inondées,
    je tombe au royaume des myosotis,
    à une tenace atmosphère de deuil,
    à une salle oubliée, déchue,
    à une grappe de trèfles amers.

    Je tombe dans l’ombre, au milieu
    de choses détruites,
    et je regarde des araignées, et je broute des forêts
    de bois secret, secret,
    et je marche parmi des fibres mouillées
    vécues par le cœur vivant de la sève et du silence.

    Matière douce, ô rose de branches sèches,
    dans mes larmes je m’enfonce dans ton sol
    avec des pieds lourds d’une rouge fatigue,
    et dans ta cathédrale dure je m’agenouille
    en me frappant les lèvres avec un ange.

    C’est que c’est moi devant ta couleur de monde,
    devant tes pâles épées mortes,
    devant tes cœurs réunis,
    devant ta silencieuse multitude.

    C’est moi entreprenant un voyage funéraire
    parmi tes cicatrices jaunes :
    c’est moi avec mes lamentos sans origine,
    sans aliments, éveillé, seul,
    entrant dans des couloirs obscurcis,
    arrivant à ta matière mystérieuse.

    Je vois se mouvoir tes courants secs,
    je vois grandir des mains interrompues,
    j’entends tes végétaux océaniques
    crisser de nuit et de fureur secoués,
    et je sens mourir des feuilles vers l’intérieur,
    incorporant des matières vertes
    à ton immobilité désemparée.

    Pores, veines, cercles de douceur,
    poids, température silencieuse,
    flèches collées à ton âme déchue,
    êtres endormis dans ta bouche épaisse,
    poussière de douce moelle consumée,
    cendre pleine d’âmes éteintes,
    venez à moi, à mon rêve démesuré,
    tombez dans mon alcôve où la nuit tombe
    et tombe sans cesse comme une eau brisée,
    et à votre vie, à votre mort agrippez-moi,
    à vos matériaux soumis, à vos inutiles colombes mortes,
    et faisons feu, et silence, et son,
    et flambons, et silence, et carillon.

    (1904-1973). Residencia en la Tierra. Ediciones del Árbo, 1935
    Traduction de Guy Suarès (sauf pour le mot « crujir » remplacé par Luc Fayard par le mot « crisser »)

    Pablo Neruda : Entrada à a la madera / Entrée dans le bois (1935)

  • Mary Oliver : When I Am Among the Trees – Quand je suis parmi les arbres (2006)

    Mary Oliver : When I Am Among the Trees – Quand je suis parmi les arbres (2006)

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Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025