Pierre de Ronsard : Mignonne, allons voir si la rose…

Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avait déclose
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu cette vêprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vôtre pareil.

Las ! voyez comme en peu d’espace,
Mignonne, elle a dessus la place,
Las ! las ! ses beautés laissées choir!
Ô vraiment marâtre Nature,
Puisqu’une telle fleur ne dure,
Que du matin jusques au soir !

Donc, si vous m’en croyez mignonne,
Tandis que votre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez votre jeunesse :
Comme à cette fleur la vieillesse
Fera ternir votre beauté.

Pierre de RONSARD (1524-1585) (Recueil : Les Odes). Mise en musique, chantée, récitée par des générations d’écoliers, cette ode à Cassandre est depuis 1550 la plus célèbre invitation à jouir de l’instant. Cassandre, fille d’un banquier italien, a transcendé le poète au point que celui-ci l’a idéalisé et élevé au rang des muses. Le système des odes purement métrique consiste en un retour en trois strophes, les deux premières étant de même structure.

Une œuvre en résonance


Cândido Portinari — Serenata (1959)

Cândido Portinari — Serenata (1959)