La mémoire ne suffit pas, je ne me souviens pas. Ce que je suis est vivant en moi à cause de toi. Je ne te réinvente pas dans les lieux tristement refroidis que tu as laissés derrière toi. Même ton absence est remplie de ta chaleur et elle est plus réelle que ton non-être. Le désir s’égare souvent dans le vague. Pourquoi devrais-je me jeter loin de moi-même quand quelque chose en toi peut être en train de me toucher, très légèrement, comme le clair de lune sur un rebord de fenêtre
(Duino, fin de l’automne 1911)
Rainer-Maria Rilke. Lettres à Lou-Andreas Salomé
