• anniversaire

    il souffla si fort ses bougies
    que le temps s’accéléra
    l’espace se déforma
    les couleurs se séparèrent
    en demi-cercle
    dans un crépitement joyeux
    de rires et d’exclamations
    on pouffa de tant de flou
    il se dit serein
    que c’était bon signe
    pour vivre le reste de sa vie
    moins normée

    Texte de Luc Fayard inspirée par une photo ratée de ALBS
  • cocon

    grelottant dans le dortoir
    elles s’étaient endormies
    après frôlements
    et cachotteries
    serrées sous les couvertures
    emmitouflées
    elles s’étaient raconté
    pouffant et frissonnant
    des histoires gaies
    de vampires et d’ogres
    puis s’étaient tues
    rêvant à leur maman
    c’est dans ce cocon
    recroquevillées
    que le manteau du sommeil
    les avait recouvertes
    jusqu’à l’aube et sa lumière
    s’il avait gelé dans la nuit nue
    elles seraient statues

    inspiré par Sculpture n°545, de Georges Saulterre (avec son aimable autorisation)

  • la raison du poète

    je crée mes souvenirs
    comme un artiste repeint sa toile
    l’avenir est un élixir
    diluant le présent dans le passé

    je ne suis que chimie
    de pensées programmées
    les mots mentent
    ils existaient avant moi
    quand tout était différent

    mon cœur s’emballe sans raison
    vers tous les cardinaux
    j’ai perdu le goût de tout
    je souris sans passion
    ne contemplant rien d’autre
    que l’intérieur de moi

    et pourtant je respire j’existe
    mais pour quoi
    quel destin pour un grain de sable
    volant au moindre frisson marin
    les poussières ne se donnent pas  la main

    croyant vivre la même aventure
    les hommes s’agglutinent
    pour flotter dans les courants tièdes

    la réalité n’a pas de géométrie universelle
    la vérité est un leurre de l’histoire
    l’amour un rêve fatal à l’indépendance
    aveugle j’avance en automate

    monté sur quel ressort
    ni justice ni compassion
    ni revanche ni haine

    peut-être simplement
    l’impérieux  désir de beauté
    drapeau blanc surnageant du naufrage
    triangle vert coiffant la soucoupe des nuages
    seul chemin vers une transcendance
    qui se passerait de l’histoire et des signes

    sans nul besoin de raison folle
    un chemin sans étoiles
    qui est tout
    sauf une ligne droite

    Diplôme d’Honneur – Prix de poésie Europoésie-Unicef 2023

    Texte : Luc Fayard
    voir la version illustrée par
    Le Voyageur contemplant une mer de nuages, de Caspar David Friedrich