• les mots

    galets plats bondissant
    sur l’eau trouble
    d’un lac de pensées

    toile d’araignée
    de sentiments tissés
    par l’indicible

    jeu permanent

    de l’ambiguïté perverse
    entre son et sens
    esquisses imparables
    de beauté révélée
    en chemin
    notes seules fusant
    vers la cible lointaine
    ou gaiement résonantes
    signes obsolètes
    à peine dessinés
    dans le labyrinthe touffu
    de l’âme à la raison
    rochers de marbre
    en taille directe
    ou bijoux ciselés
    au poinçon d’artisan

    vagues séquentielles
    sur la mer houleuse
    des désirs enchaînés

    méandres menant au but
    par des détours obligés
    ou lignes imparables
    de traits volontaires

    truelles des espaces

    éternels de vérité
    nuages pépites 
    d’un ciel troué de lumière
    trésors accordés
    à qui veut ouvrir
    leurs serrures naturelles
    posez-les sur un cercle
    libres et solidaires
    les mots vous habiteront
    à jamais
    Texte: Luc Fayard. Voir dans Galerie Amavero une mise en scène illustrée par le tableau d’Odilon Redon: Le rêve du poète; voir une autre mise en scène, illustrée par une image IA dans Poésie de l’Art
  • grand chapiteau

    entrez mesdames et messieurs
    sous le grand chapiteau
    du cirque de la vie
    venez par ici
    vous qui avez vécu
    la vie de haut en bas
    ces choses-là
    que vous allez voir
    vous savez qu’elles existent
    indicibles et secrètes
    vous les avez connus
    ces petits riens 
    ces grands moments

    mais vous les avez perdus
    avec le temps

    alors entrez dans le village 
    des sentiments vrais
    vous n’oublierez pas 
    cette odyssée 

    ce retour 
    aux sources de l’homme pur
    on vous le jure
    un parcours impossible 
    mais pourtant réel
    les preuves les voici

    que battent les tambours
    que se lève le rideau rouge
    du grand chapiteau
    ici vous verrez vous toucherez
    vous sentirez vous entendrez

    l’amour qui se renforce 
    au fil des ans
    comme un rocher poli
    par la marée
    le sourire donné à l’autre
    sans demande en retour
    et qui éclairera sa vie
    la différence acceptée
    au milieu de tous
    comme si de rien n’était
    l’écoute attentive 
    à la parole sincère
    les gestes doux des mains
    plumes légères
    qui se frôlent délicatement
    les sourires en miroir
    se répondant en silence

    enfin et surtout vous verrez 
    le soir discret tomber
    comme un voile de mariée
    sur les maisons réchauffées
    la nuit qui s’égrène lentement
    sur un tempo différent
    et le matin qui dit bonjour
    en baillant

    cette route de la vraie vie 
    rien que pour vous 
    la voilà la voici 
    sous le grand chapiteau
    du cirque de la vie

    et qui sait 
    si vous avez gardé en vous
    une bribe d’âme sans âge
    peut-être pourrez-vous
    reprendre ce voyage 
    et qu’il dure toujours

    illustré dans Poésie de l’Art par un montage de trois images IA créées à la demande

  • autoportrait

    pelures d’oignons
    cercles concentriques
    lignes parallèles
    couches empilées
    sarments alignés
    traits pointillés

    de la pluie
    qui en morse seraient
    autant de SOS
    les yeux tournés là-bas
    ligne noire d’horizon
    séparatrice de mondes
    l’abysse et l’infini
    myriade d’étoiles
    trous noirs du passé
    mots secrets
    pleurs refoulés
    envie d’amour
    et de sourires
    jour après jour
    vivre sans demain
    impossible
    alors gratter
    avancer
    ne pas tourner en rond
    chercheur de beauté 
    et de simplicité 
    faire jaillir l’étincelle
    à défaut se contenter
    d’une allumette
    lumière lumière

    Texte : Luc Fayard
    inspiré de : Autoportrait, de Bernard Noël (1986)