• il faudrait

    il faudrait que le vent
    poussant les montagnes
    et les icebergs
    bâtisse le couloir
    d’un passage abrité

    il faudrait que la main
    saluant comme une feuille
    emporte avec elle
    la pensée vers le ciel
    dans le grand tournoiement

    il faudrait qu’un sourire
    pose du bleu sur le gris
    venant calmer à point
    les ardeurs opiniâtres
    des accents trop aigus

    il faudrait étreindre les arbres
    pour que leur frémissement
    nous parcoure le corps
    nos pieds prenant racine
    dans l’histoire du monde

    il faudrait brûler les regrets
    dans un feu de joie
    pour que chaque crépitement
    signe un nouveau succès
    sur la fatalité

    il faudrait que nos prières
    se joignent pour créer
    l’invincible lumière
    empêchant la nuit à jamais
    d’actionner sa  crécelle

    Texte: Luc Fayard

    Voir des versions mises en scène dans Galerie Amavero
  • cadavre

    il a peut-être rêvé 
    d’un monde meilleur 
    grâce à lui
    il a peut-être aimé
    la gloire et le renom
    s’abattant sur lui

    puis sont venus 
    les glissements
    les à-peu-près
    face aux difficultés
    rien ne finissait
    comme il voulait
    sentant le vent
    se rafraîchir
    il a commencé
    à biaiser
    roseau trop souple
    à la bourrasque
    mille excuses 
    furent bonnes
    pour ne pas faire
    ce qu’il fallait
    souvent
    il tournait le regard
    pour ne pas voir
    les évidences
    maintenant il a peur
    de ce qu’il est devenu
    mécréant lâche et mou
    pantin de mots
    et d’opérette
    l’âme vide et lasse
    il marche poussiéreux
    ombre informe et sale
    cadavre puant le regret
    et ses pas traînants
    l’emportent malgré lui
    vers le tunnel noir

  • les portes de la nuit

    les portes de la nuit
    sont prêtes à lever
    devant moi sans un bruit
    leurs voiles du secret

    le chemin qui m’emmène
    sans joie et sans allié
    enterrera mes peines
    tout sera oublié

    les vallées et les tourbes
    les secrets les non-dits
    la magicienne courbe
    graveuse d’interdit

    l’antique virtuose
    glissera sur la pente
    de la beauté des choses
    rendue évanescente

    sans gloire ni rameau
    dans mon lointain regard
    le silence des mots
    te dira qu’il est tard

    quand au son de mon deuil
    cerbère de l’oubli
    je franchirai le seuil
    des portes de la nuit

    je n’aurai qu’un regret
    n’avoir pas su te dire
    dans un dernier sourire
    à quel point je t’aimais

    Sélectionné pour L’Anthologie de la Poésie – Prix international Arthur Rimbaud 2024
    Voir mise en scène illustrée par 40 œuvres d’art contemporain dans Galerie Amavero!