• épicentre

    à l’épicentre de la vie
    l’émotion
    elle est rencontre absorption fusion
    sensation née du mouvement
    caressant des contraires
    le jour se transforme en nuit
    la pluie en brume
    l’amour en soupir
    le ciel rejoint la mer
    un bleu devient un vert
    le souvenir une ombre
    la main tendue une inflexion

    le temps n’est que somme
    de microscopies
    tout est vivant qui se transforme
    la femme est dans l’homme
    l’enfant dans l’adulte
    la fleur dans le soleil

    pour se comprendre un peu mieux
    il faut lire entre les mots
    on ne se voit bien
    qu’en clignant les yeux
    courbant la ligne de l’âme
    pour qu’elle accepte l’autre
    et ses vibrations

    suivre son horloge
    avant qu’elle ne sonne
    la fin du vivant
    l’arrêt de tous les changements
    quand la nuit restera nuit
    et le silence silence
    Texte de Luc Fayard illustré par 20 œuvres d’art contemporain; voir la mise en scène dans Galerie Amavero 
  • prière

    hommes et femmes 
    en vérité je vous le dis
    que la lumière descende sur vous
    vos visages vos mains
    comme un phare veillant 

    sur la route des marins 
    que la joie déborde de vos cœurs 
    comme l’écume 
    quand le vent presse et secoue la vague
    que la parole nouveau sillon de vie 
    transperce en flèche vos murs de folie
    que le chant parcoure vos plaines
    comme une révolution souveraine

    que les mots sèment les graines d’amour 
    dans vos rangs de peuple triste
    que vos mains jointes comme l’espoir
    deviennent les totems remplaçant les crucifix
    que vos pas ouvrent un chemin de halage
    à travers les brumes du passé
    que vos lèvres conjuguent l’avenir au présent
    dans toutes les langues de babel 

    pour qu’enfin le monde 
    de vérité et de beauté
    se dévoile tout à vous
    les yeux ouverts 
    les âmes libres

    et qu’à jamais 
    de la surface de la terre
    soient bannis
    la haine le mensonge
    et la jalousie

    amen

  • torrent

    la parole est un torrent 
    qui déborde sans prévenir
    les mots se cognent 
    les uns aux autres
    comme des galets
    en ricochet

    le flux violent se bute 
    aux obstacles du réel
    on rêve d’une cascade 
    et c’est un flot sinueux 
    qui serpente en saccades

    mais rien ne l’arrêtera 
    l’écluse est levée
    on vocifère on éructe
    au lieu de dire je t’aime
    voici des cris
    au lieu de murmures
    voilà des flèches
    au lieu de sourires

    la vie est un torrent
    de bagatelles
    notre âme court
    comme l’eau
    elle sourd
    entre les mots
    elle file
    entre les lignes
    mais où ira-t-elle

    voir aussi Galerie Amavero