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fête à pushkar
voici la jeune servante
le rouge et le noir
or des fils brodés
blancheur des perles sur le corps sombre
gris et jaune des pierres et du sable boueux
toutes les couleurs de la vie sur une statue souriante
jeux chromatiques violents de la jeunesse et de la joie
teintes passées de l’effort et des contraintes
ce jour-là lors de la pleine lune de novembre
c’est la fête à pushkar
la ville aux 500 temples
dont le seul au monde dédié à brahmâ le créateur
les hommes viennent se baigner dans le lac sacré
voici la plus grande foire aux animaux du monde
des milliers de chevaux et de chameaux
la prière et le commerce
on bivouaque sur place
les jeunes filles en habits d’apparat
préparent les feux en riant
la foule communie
les rites se perpétuent
la vie continue -
amavero
nous vieillirons à tour de rôle
toi et moi épaule contre épaule
avec nos murmures nos regards
ce qu’on devine derrière les fards
nous deux chien et chat yin et yang
arbres enracinés héritiers du big bang
portés l’un par l’autre toi vague et moi vent
toi l’oiseau léger moi l’ours fatigué mal aimant
nous vieillirons ensemble marchant les ombres mêlées
nous contemplerons longtemps les étoiles dans nos mains ridées
nous bercerons les enfants des enfants de nos enfants je le sais
leurs petits cœurs tic tac diront toc toc je peux entrer
nous vieillirons ensemble je veux que tu le saches
avec nos cœurs flamboyants avec nos taches
je suis ta main ton cœur pur je suis ta peau
tu es mon âme tu es le trouble de mon eau
nous passerons d’âge en âge sans remords
et pour se surprendre se regarder encore
et pour rire rire toujours plus haut
l’éternité ne sera pas de tropHommage à François Cheng, auteur de « L’éternité n’est pas de trop » (Albin Michel)
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tu es une île
Tu es une île
Ton cœur un rivage escarpé troué de plages
Ta vie la mer qui vient le battre et le lécher
Tout est silence et mystère l’eau où tu nages
Ton âme forte est née des forêts embruméesTu es une île
Et je suis le voilier qui enfin fait escale
Dans la passe sur la barrière de corail
Il a jeté par tribord le fond de sa cale
Et mouillé son ancre dans un lagon sans faillesTu es une île
Ton sourire les larges palmiers qui frémissent
Ta peau le sable qui dort sous le soleil bleu
Ton regard est lumière ton corps oasis
Abrite la paix dans son anse havre heureuxTu es une île
Et moi j’explore les collines de ta peau
Je marche sur la mousse et je lis sur tes lèvres
Tel l’oiseau de mer le regard toujours plus haut
Je prends une à une les clés de l’universTu es une île
Un joyau enfoui dans l’archipel de l’eau verte
Tes yeux sont le phare de la rotondité
Tes mains balisent un chenal de découverte
Je me perds dans le méandre de tes sentiersTu es une île
Sur la route des cyclones voici l’abri
La niche où tout se tait quand il hurle dehors
Dans la hutte les feuilles créent un doux tapis
Tu es la vie l’amour à la fin de la mortTu es mon île
En fond de baie le voilier gémit sur son ancre
Le corsaire a jeté sac à terre harassé
Il a posé la plume nimbée de son encre
Quatre mains se sont nouées les corps embrassés
