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ivoire et lumière
elle est l’ivoire et la lumière
et l’ombre aussi quand ses yeux noirs
me pourchassent comme des phares
statue de souffle et de matière
qui jette ses cheveux au cield’interminables jambes la relient à la terre
elle est libellule frôlant l’eau
cigogne secouant les épaules
pour se dégager du lourd fardeau
que dépose le regard des autres
sur son étrange et langoureuse beautéses sourires sont des éclairs aveuglants
et sa voix oh sa voix inoubliable
m’enveloppe d’un nuage éphémèrepartout où elle les pose
ses longs doigts créent des formes
rondes et douces chaudes
qui construisent l’espace autour d’elle
princesse guerrière
je voudrais lui prendre la main
chaque fois qu’elle la bouge
pour figer le paysage qu’elle dessineelle est la source de vie et la force aussi
qui forge le destin des autres
que je le veuille ou non
qu’elle me dise oui ou non
je suis pris dans sa toile de fée
envoûté -
l’herbe est un nuage (herbe nuage)
L’herbe est un nuage un bain de mousse et de bulles
Les arbres noeuds des sorcières préhistoriques
La terre une maison de rats trouée de taupes
Et quand la lune menteuse luit dans le gris
C’est que le jour et la nuit se sont mis d’accordJe ne verrai jamais les choses comme elles sont
D’ailleurs les choses ne sont pas ce qu’elles sont
Elles seront ce que j’en dis ce que j’en distingue
Le champ est un prélude à la forêt la mareUne invitation aux faucheux aux mangoustes
L’amour un sourire qui dure malgré tout
Les choses les gens deviennent ce qui les cerneLa filandre vole dans l’air jusqu’à la branche
Comme un cœur qui cherche son nid chaud tout là-haut
La nature n’est pas un temple elle est caverne
Peuplée de lumières floues et de bruissements
Qui la construisent la déchirent dans le ventL’homme transpercé par les rayons et les larmes
Devient la cible unique de toutes ces vies
Et du vaste chaudron bouillonnant de son âme
Voici la vapeur des mots qui s’envole et fuitSeul résistant à la noria des attaquants
J’esquive je fuis je crie ma haine mon bruit
Je serai le phénix de la fureur du verbe -
appel du vent
quand le vent des arbres et des champs
glissant par la fenêtre ouverte
se frotte à toi sans préambule
quand les mésanges piaillent
sous la bourrasque ébouriffante
quand le ciel te salue solennel
dans un nuage de feuilles alanguies
mourant en jouant
alors fou d’amour et d’orgueil
tu rêves d’union aux forces vivantes
tu embrasses l’air bourru
dans les hauteurs paresseuses
tu voudrais que l’esprit
expire un souffle vert
tu serais cet oiseau décidé
qui rit sans savoir où il vamais la caresse a fui
virgule distraite
la nature immobile se tait
tout n’est plus que décor
en soupirant tu fermes la fenêtre
une fois de plus lourd indécis
tu ne t’es pas envoléil aurait pourtant suffi d’une inflexion
suivre le sillon d’une larme
guetter l’effluve à paraître
sur la nervure cambrée d’un tourbillon vivant
tendre les bras vers le ciel aspirantmais qui sait un jour peut-être
tu ne resteras pas insensible à l’appel du vent
