• ligne noire d’horizon

    survolant la mêlée sur un nuage blanc
    je rejoindrai la ligne noire d’horizon
    visitant ma vie en spectateur indolent
    comme d’un ballon poussé par les vents contraires
    de la destinée et du hasard je verrai
    tous les gens que j’aimais se déchirer sur terre

    alors du haut d’un ciel sombre
    pressé par le temps raccourci
    j’enverrai ma déclaration
    en quelques éclats de mots
    comme une pluie d’étoiles
    une tombée de pétales

    nous sommes des morceaux d’âme
    galets mal taillés roulés par le torrent
    des rencontres serpentines
    molécules entrechoquées de sentiments
    poussières de sable en syphon
    sans raison ni colonne vertébrale

    souffrant de l’insignifiance
    de notre incomplétude
    où le corps n’est rien
    et les mots peu de choses
    il nous reste une certitude
    c’est la veine de l’amour
    qui donne à nos ombres
    la chaleur qui nous répare
    et nous fortifie
    comme le sillon d’or
    d’une faïence kintsugi

    puis le tonnerre grondera
    et le vent furtif dissoudra
    dans la blancheur de l’éternité
    la nue de mes mots effilochés

    Texte de Luc Fayard inspiré par Kintsugi Sea, de Faz Fazou. Voir la version illustrée

  • silence et nuit

    silence et nuit
    soudés entrelacés
    nulle place pour les mots
    comme si tout était dit
    pensées paroles
    balayées d’un vent tiède
    qui serpente et passe
    sans laisser de traces
    ni de souvenirs

    la brume aurait pu s’inviter
    dans les sentiers sombres
    une pluie éparse
    aurait pu zébrer l’air
    mais cela n’aurait rien changé

    come rain or come shine
    il faut avancer dans le noir
    écouter les craquements
    des frondaisons branlantes
    le long du chemin

    les pas crissant
    sur les feuilles sèches
    feront sursauter
    les animaux de la forêt
    jusqu’au point de l’aurore
    qui gommera les rêves
    éblouis de lumière


    Texte de Luc Fayard illustré par 10 artistes contemporains choisis dans Nicole’s Museum. Voir la version illustrée

  • j’ai perdu la voix

    j’ai perdu la voix
    mais je sais où je vais
    aux confins des mondes
    entre nuages et océans
    les mots dans mon cœur
    reposent sans éclats
    dessinant un étroit chemin
    de silence et d’obscurité
    une filandre de mots
    enchaînés tristes et beaux
    plus rien ne sera comme avant
    dans cette litanie muette
    qui me donne enfin
    le cœur plus ouvert
    malgré les lèvres closes

    Texte de Luc, inspiré par Paula, Sweet Charity, de Nina Mae Fowler. Voir la version illustrée (deuxième version).