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cercle infini de l'enfant
je suis
la fleur rougissante du soir
le vent sentimental et dense
le chevreuil campé dans le noir
la forêt plantureuse en transeje suis
la pluie marbrée bue goulûment
le nuage arrondi en pleurs
le rêve du monde écumant
la voie de l’ange du bonheurje suis
la vie sauteuse de barrières
le chuchotement indistinct
le mot où la pensée se terre
le silence brutal divinje suis
la friction de dissentiment
la pierre sur quoi trébucher
le poisson limpide et gluant
le lac abyssal encercléje suis
le buisson de varech errant
la fourmi peureuse aux aguets
le papillon virevoltant
l’herbe consumée par l’étéje suis plus que chaque élément
je suis la chaîne reliantla fleur butinée par le vent
le chevreuil dansant en forêt
la pluie des nuages pleurants
le rêve d’anges métissés
la vie qu’on voudrait chuchotée
le mot pensé plein de silence
le heurt de la pierre butée
le poisson du lac d’abondance
le varech cachant les fourmis
le papillon herbe de viecomme un grand ensemble une roue
je suis l’enfant qui perçoit tout -
trop tard
aucun mystère n’embaume ta vie close
tout est annoncé
sans bruit sans effet
forcé tu avances sur la route morose
où ne subsiste même pas
l’ombre opaque de tes pasdans un dernier souffle qui passe
baudruche automate tu marches
sur la voie imposée sans arches
qui te conduit vers une impassecomment croire à la valeur de ton âme
quand tout clame
que tu es de passage
tu crois sentir une émotion de partage
tu n’es que chimie mal programmée
illusion incontrôlée
tu crois renaître d’un passé glorieux
tu n’es qu’un fragment du souffle des cieuxsachant la fin écrite dès le commencement
quand viendra le moment immanquable
où poussière nue mot sans vocable
tu accompliras le dernier saut insignifiantce non-événement des milliards de fois répété
l’extinction sans éclat éternel
d’une infime étincelle
ne sera plus un mystère pour ton âme hébétéeni pour tes avatars
mais il sera trop tard -
nuage au paradis
je suis un nuage
nu je nage
dans l’azur pur
qui susurre
sans fin j’erre
en troposphèrehaut sur terre
je délibère
des miasmes du temps
je souris gentiment
caressé par le vent
tant aimé
expirant sobrement
dans mes fils emmêlés
lissant
mes beaux cheveux
filandreux
gris cire et bleusparfois je me fâche
et lâche
trois gouttes dures
sur la terre en murmures
de ma peau de pèche
j’empêche
le soleil
de couver mon ventre fécond
je me love en veille
chatte en ronddans mes bras d’ouate propriétaires
j’abrite de multiples hôtes
un aréopage d’oiseaux migrateurs
en pause transocéanique
fatigués et pinailleurs
un éclair débutant qui ne sait pas tonner
des bruits prisonniers dont je garde la clé
un arc en ciel à libérer selon mon désir
et tous les souvenirs
en sépia des pays survolés
rien n’est plus peuplé qu’un nuage tentaculaire
rien n’est plus fugaceje vois tout de haut
le laid et le beau
je me détends
je suis gai
mouvant
je ris des hommes empêtrés
dans leur courte vie enflée
si vous saviezici tout est lent et long
pas de route pas de doute
tout est frais et surtout
teinté d’opacitéje vois tout de ma hutte
en fait chut
on ne vous l’a jamais dit
vous auriez trop d’émoi
osez lever la tête
et regardez moi
je suis le paradis
