• drôle de rencontre

    on aimerait y avoir participé
    à ce pique-nique
    aussi célèbre qu’étrange
    où négligemment
    les femmes se mettent nues
    comme si de rien n’était
    tandis que nonchalants
    les hommes en costume
    discutent littérature
    ou politique
    il ne fait pas froid
    bien entendu
    au premier plan
    perplexe
    la femme s’interroge
    mais qu’attendent-ils donc
    ces idiots
    je ne suis pas venue
    pour le bavardage

    Texte de Luc Fayard, inspiré par Le Déjeuner sur l’herbe, d’Édouard Manet.
    Voir la version illustrée.

  • premier amour

    tu te souviens d’elle
    en détail
    il y a si longtemps
    sa voix ses yeux son odeur
    sa façon de pencher la tête
    quand elle te regardait

    mais elle n’est qu’un rêve
    un voile un fantôme
    et pourtant
    plus elle est transparente
    plus elle est réelle
    tu pourrais la toucher la sentir

    elle reste dans le cercle
    en ellipse
    autour de toi
    parfois si proche
    que l’ombre de ses cheveux
    pourrait te caresser le visage
    parfois si loin
    qu’elle semblerait te dire adieu

    tu ne vois qu’elle
    rien d’autre
    aucun souvenir précis
    de ces moments
    où vous fûtes si près
    l’un de l’autre
    la peau le cœur
    respirant au même rythme
    les mêmes effluves de la vie

    pas de signes
    pas de mots
    ni de musique
    mais ce n’est pas le silence
    ni le vide
    rien qu’un sourire étrange
    d’Ophélie
    une ombre d’être
    en diagonale sur un mur

    il n’y a vraiment qu’elle
    pour tourbillonner ainsi
    t’emportant dans sa ronde
    tu tends la main
    comme un fou
    un noyé
    sans rien sentir
    rien ne vient
    pas de caresse

    elle est partie
    comme elle venue
    un souffle
    une apparition
    jamais ton cœur
    n’aura autant battu
    comme un tambour silencieux

    Texte de Luc Fayard. Voir la version illustrée par 6 artistes contemporains

  • magie

    mais d’où vient le soleil
    invisible et pourtant
    partout présent
    dans chaque point
    d’ombre et d’herbe
    dans le ciel
    les nuages
    sur les murs
    les cheminées
    dans les feuilles
    des jeunes arbres
    il éclaire même
    la jupe et le corsage
    de la femme
    qui marche vers nous
    ce tour de magie
    de l’artiste
    pour le soleil
    saurait-il le réaliser
    pour l’amour ?

    Texte de Luc Fayard inspiré par Femme dans un clos, de Camille Pissarro
    Voir la version illustrée.