• quartz blanc

    je parle encore
    personne n’entend
    parole sans liesse
    comme le vent
    murmure indistinct
    magma lointain
    sur la foule qui se presse
    et m’ignore

    quand les remous
    le secouent corps et âme
    personne pour partager
    la fièvre du marin qui rame
    dans une barque ébranlée
    par les vagues houleuses
    de la solitude

    faudra-t-il que je hurle
    ma douleur d’être
    pour que ma voix parvienne
    sans filtre
    au cœur sensible et doux
    le pénètre
    et que l’élu se penche vers moi
    ému de mon émoi

    si jamais j’entendais
    une voix comme la mienne
    quel baume elle poserait
    sur les plaies du silence

    il y aurait tant à dire
    pour toucher de près
    les êtres qui doutent
    les chercheurs de pureté
    si l’on m’écoutait
    je parlerais sans fin
    de la beauté des choses
    dans la lumière du soir
    et de l’ombre qui les agrandit
    je raconterais les méfaits
    du serpent du souvenir
    et le bienfait d’un sourire inattendu
    je dirais tous les espoirs
    reliés les uns aux autres
    comme une ligne d’horizon
    entre vert et bleu

    et avant de me taire
    je dirais l’amour nu
    cristallin de quartz blanc
    recelé par le sable
    qui sera découvert
    le jour du grand reflux

    Texte de Luc Fayard

  • tu es

    tu es la tortue
    qui porte sur le dos
    une caverne noire
    d’angoisses et de préjugés

    le panneau rond
    au carrefour des chemins
    qui dit stop
    au lieu de dire go

    l’herbe molle
    courbée par la bise
    sans la moindre idée
    qu’elle va mourir

    la limace collée
    à la poussière
    par la glue de l’inaction
    qui voudrait s’envoler

    la statue de bronze
    immortelle
    et admirée
    qui voudrait se gratter le nez

    le poisson bleu
    nageur béat
    au milieu des requins
    sans connaître le ciel

    le vent invisible
    et prégnant
    qui se perçoit
    quand il fait mal

    tu es l’imparfait
    de l’impuissance
    l’inanité
    du désir inassouvi

    tu es l’humanité

    Texte de Luc Fayard