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Pierre de Ronsard : Mignonne, allons voir si la rose…
Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avait déclose
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu cette vêprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vôtre pareil.Las ! voyez comme en peu d’espace,
Mignonne, elle a dessus la place,
Las ! las ! ses beautés laissées choir!
Ô vraiment marâtre Nature,
Puisqu’une telle fleur ne dure,
Que du matin jusques au soir !Donc, si vous m’en croyez mignonne,
Tandis que votre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez votre jeunesse :
Comme à cette fleur la vieillesse
Fera ternir votre beauté.Pierre de RONSARD (1524-1585) (Recueil : Les Odes). Mise en musique, chantée, récitée par des générations d’écoliers, cette ode à Cassandre est depuis 1550 la plus célèbre invitation à jouir de l’instant. Cassandre, fille d’un banquier italien, a transcendé le poète au point que celui-ci l’a idéalisé et élevé au rang des muses. Le système des odes purement métrique consiste en un retour en trois strophes, les deux premières étant de même structure.
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Stéphane Mallarmé : Brise marine
La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres.
Fuir ! là-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres
D’être parmi l’écume inconnue et les cieux !
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux
Ne retiendra ce cœur qui dans la mer se trempe
Ô nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que la blancheur défend
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.
Je partirai ! Steamer balançant ta mâture
Lève l’ancre pour une exotique nature !Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,
Croit encore à l’adieu suprême des mouchoirs !
Et, peut-être, les mâts, invitant les orages
Sont-ils de ceux qu’un vent penche sur les naufrages
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots…
Mais, ô mon cœur, entends le chant des matelots ! -
Hans Leip : Lili Marlen
Bei der Kaserne
Vor dem großen Tor
Steht eine Laterne
Und steht sie noch davor
Da wollen wir uns wieder seh’n
Bei der Laterne wollen wir steh’n
Wie einst Lili Marlen
Wie einst Lili Marlen.Unsere beide Schatten
sah’n wie einer aus
Daß wir so lieb uns hatten
Das sah gleich man daraus
Und alle Leute soll’n es seh’n
Wenn wir bei der Laterne steh’n
Wie einst Lili Marlen
Wie einst Lili Marlen.Schon rief der Posten,
Sie blasen Zapfenstreich
Es kann drei Tage kosten
Kam’rad, ich komm so gleich
Da sagten wir auf Wiedersehen
Wie gerne wollt ich mit dir geh’n
Mit dir Lili Marlen’.
Mit dir Lili Marlen’.Deine Schritte kennt sie,
Deine schönen Gang
Alle abend brennt sie,
Doch mich vergaß sie lang
Und sollten mir ein Leids gescheh’n
Wer wird bei der Laterne stehen
Mit dir Lili Marlen
Mit dir Lili MarlenAus dem stillen Raume,
Aus der Erden Grund
küßt mich wie im Traume
Dein verliebter Mund
Wenn sich die späten Nebel drehn
werd’ ich bei der Laterne steh’n
Mit dir Lili Marlen
Mit dir Lili Marlen.1915. Musique : Norbert Schultze, 1937
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Khalil Gibran : Le Prophète
Et il dit : Vos enfants ne sont pas vos enfants. Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même. Ils viennent à travers vous mais non de vous. Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas. Vous pouvez leurs donnez votre amour mais non point vos pensées, Car ils ont leurs propres pensées. Vous pouvez accueillir leurs corps mais pas leurs âmes. Car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter, pas même dans vos rêves. Vous pouvez vous efforcer d’être comme eux, mais ne tentez pas de les faire comme vous. Car la vie ne va pas en arrière, ni ne s’attarde avec hier. Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches vivantes, sont projetés. L’Archer prend pour ligne de mire le chemin de l’infini et vous tend de toute Sa puissance pour que ses flèches s’élancent avec vélocité et à perte de vue. Et lorsque Sa main vous ploie, que ce soit alors pour la plus grande joie. Car de même qu’Il aime la flèche qui fend l’air, Il aime l’arc qui ne tremble pas.
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Albert Giraud : Chanson de la potence
La maigre amoureuse au long cou
Sera la dernière maîtresse
De ce traîne-jambe en détresse,
De ce songe-d’or sans le sou.Cette pensée est comme un clou
Qu’en sa tête enfonce l’ivresse :
La maigre amoureuse au long cou
Sera sa dernière maîtresse.Elle est svelte comme un bambou ;
Sur sa gorge danse une tresse,
Et d’une étranglante caresse,
Le fera jouir comme un fou,La maigre amoureuse au long cou.
(extrait) Pierrot lunaire, (1860-1929)
