Autres Textes et Poèmes choisis

  • Pierre de Ronsard : Marie, vous avez la joue …

    Marie, vous avez la joue aussi vermeille

    Qu’une rose de mai, vous avez les cheveux
    De couleur de châtaigne, entrefrisés de noeuds,
    Gentement tortillés tout autour de l’oreille.
    Quand vous étiez petite, une mignarde abeille
    Dans vos lèvres forma son doux miel savoureux.
    Amour laissa ses traits dans vos yeux rigoureux,
    Pithon vous fit la voix à nulle autre pareille.
    Vous avez les tétins comme deux monts de lait,
    Qui pommellent ainsi qu’au printemps nouvelet
    Pommellent deux boutons que leur châsse environne.
    De Junon sont vos bras, des Grâces votre sein,
    Vous avez de l’Aurore et le front, et la main,
    Mais vous avez le cœur d’une fière lionne.
    Les Amours (1552 — 1560); Pithon = Déesse de la persuasion
  • Arthur Rimbaud : L’étoile a pleuré rose

    L’étoile a pleuré rose au cœur de tes oreilles
    L’infini a roulé blanc de ta nuque à tes reins,
    La mer a perlé rousse à tes mammes vermeilles,
    Et l’Homme saigné noir à ton flanc souverain.

    (1854-1891) Poésies

  • Pierre de Ronsard : Quand au temple nous serons

    Quand au temple nous serons
    Agenouillés, nous ferons
    Les dévots selon la guise
    De ceux qui pour louer Dieu
    Humbles se courbent au lieu
    Le plus secret de l’église.

    Mais quand au lit nous serons
    Entrelacés, nous ferons
    Les lascifs selon les guises
    Des amants qui librement
    Pratiquent folâtrement
    Dans les draps cent mignardises.

    Pourquoi donque, quand je veux
    Ou mordre tes beaux cheveux,
    Ou baiser ta bouche aimée,
    Ou toucher à ton beau sein,
    Contrefais-tu la nonnain
    Dedans un cloître enfermée ?

    Pour qui gardes-tu tes yeux
    Et ton sein délicieux,
    Ta joue et ta bouche belle ?
    En veux-tu baiser Pluton
    Là-bas, après que Charon
    T’aura mise en sa nacelle ?

    
Après ton dernier trépas,
    Grêle, tu n’auras là-bas
    Qu’une bouchette blêmie ;
    Et quand mort, je te verrais
    Aux Ombres je n’avouerais
    Que jadis tu fus m’amie.

    Ton test n’aura plus de peau,
    Ni ton visage si beau
    N’aura veines ni artères :
    Tu n’auras plus que les dents
    Telles qu’on les voit dedans
    Les têtes des cimeteres.

    Donque, tandis que tu vis,
    Change, maîtresse, d’avis,
    Et ne m’épargne ta bouche :
    Incontinent tu mourras,
    Lors tu te repentiras
    De m’avoir été farouche.

    Ah, je meurs ! Ah, baise-moi !
    Ah, maîtresse, approche-toi !
    Tu fuis comme faon qui tremble.
    Au moins souffre que ma main
    S’ébatte un peu dans ton sein,
    Ou plus bas, si bon te semble.

    (1524-1585)

  • Bible : Cantique des Cantiques, Chapitre 2

    1 Je suis le narcisse de Saron, le lis des vallées.
    2 Comme le lis entre les épines, telle est mon amie entre les filles.
    3 Comme le pommier entre les arbres de la forêt, tel est mon bien-aimé entre les fils ; j’ai pris plaisir à son ombre, et je m’y suis assise ; et son fruit est doux à mon palais.
    4 Il m’a fait entrer dans la maison du vin ; et sa bannière sur moi, c’est l’amour.
    5 Soutenez-moi avec des gâteaux de raisins, ranimez-moi avec des pommes ; car je suis malade d’amour.
    6 Sa main gauche est sous ma tête, et sa droite m’embrasse.
    7 Je vous adjure, filles de Jérusalem, par les gazelles ou par les biches des champs, n’éveillez pas, ne réveillez pas l’amour, jusqu’à ce qu’il le veuille.
    8 La voix de mon bien-aimé ! le voici qui vient, sautant sur les montagnes, bondissant sur les collines.
    9 Mon bien-aimé est semblable à la gazelle, ou au faon des biches. Le voici, il se tient derrière notre mur, il regarde par les fenêtres, il regarde à travers les treillis.
    10 Mon bien-aimé m’a parlé, et m’a dit : Lève-toi, mon amie, ma belle, et viens !
    11 Car voici, l’hiver est passé, la pluie a cessé, elle s’en est allée ;
    12 les fleurs paraissent sur la terre, la saison des chants est arrivée, et la voix de la tourterelle s’entend dans notre pays ;
    13 le figuier embaume ses figues d’hiver, et les vignes en fleur exhalent leur parfum. Lève-toi, mon amie, ma belle, et viens !
    14 Ma colombe, qui te tiens dans les fentes du rocher, dans les cachettes des lieux escarpés, montre-moi ton visage, fais-moi entendre ta voix ; car ta voix est douce, et ton visage est agréable.
    15 – Prenez-nous les renards, les petits renards qui ravagent les vignes, car nos vignes sont en fleur. –
    16 Mon bien-aimé est à moi, et je suis à lui, qui paît parmi les lis,
    17 jusqu’à ce que l’aube se lève et que les ombres fuient. – Tourne-toi; sois semblable, mon bien-aimé, à la gazelle ou au faon des biches sur les montagnes de Béther.

  • Bible : Cantique des Cantiques, Chapitre 3

    1 Sur mon lit, durant les nuits, j’ai cherché celui qu’aime mon âme ; je l’ai cherché, mais je ne l’ai pas trouvé.
    2 – Je me lèverai maintenant, et je ferai le tour de la ville dans les rues et dans les places ; je chercherai celui qu’aime mon âme. – Je l’ai cherché, mais je ne l’ai pas trouvé.
    3 Les gardes qui font la ronde par la ville m’ont trouvée. Avez-vous vu celui que mon âme aime ?
    4 À peine avais-je passé plus loin, que j’ai trouvé celui qu’aime mon âme ; je l’ai saisi, et je ne l’ai pas lâché que je ne l’aie amené dans la maison de ma mère, et dans la chambre de celle qui m’a conçue.
    5 Je vous adjure, filles de Jérusalem, par les gazelles ou par les biches des champs, n’éveillez pas, ne réveillez pas l’amour, jusqu’à ce qu’il le veuille.
    6 Qui est celle-ci qui monte du désert, comme des colonnes de fumée, parfumée de myrrhe et d’encens, [et] de toutes sortes de poudres des marchands ?
    7 – Voici son lit, celui de Salomon ; soixante hommes forts l’entourent, d’entre les hommes forts d’Israël ;
    8 tous tiennent l’épée [et] sont exercés à la guerre, ayant chacun son épée sur sa cuisse à cause des frayeurs de la nuit.
    9 Le roi Salomon s’est fait un palanquin de bois du Liban.
    10 Il a fait ses colonnes d’argent, son dossier d’or, son siège de pourpre, son intérieur pavé d’amour par les filles de Jérusalem.
    11 Sortez, filles de Sion, et voyez le roi Salomon, avec la couronne dont sa mère l’a couronné au jour de ses fiançailles, et au jour de la joie de son coeur.