Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir, à découvrir… pour s’y promener librement.
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Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

1 556 artistes • 822 auteurs
publiés dans Amavero
Citation Amavero du jour
La vie est une maladie sexuellement transmissible.(Desproges, Coluche, Woody Allen ?…)
Anonyme


  • cri

    je voudrais crier
    aucun son ne sort
    comme dans le tableau
    mille fois repeint
    je voudrais pleurer
    mille larmes de mon corps
    mais où sont-elles
    la source est tarie
    je voudrais qu’une femme
    me prenne dans ses bras
    longtemps
    sans rien dire
    en me chantant une berceuse africaine
    je voudrais qu’une brise fraiche
    frissonne le long de mon corps
    de la tête aux pieds
    et qu’à travers moi arc tendu
    elle tombe du ciel
    et retourne à la terre
    je voudrais sourires et bienveillance
    je ne parle même pas d’amour
    ni d’amitié
    juste un regard calme
    posé l’un sur l’autre
    se contempler dans son entier
    sans tout savoir
    pour ne rien craindre
    je voudrais être
    la source des élans
    faire sentir la chaleur
    que je peux insufler
    prends ma main
    sens ma peau
    mon cœur
    je voudrais tout donner de moi
    tout partager
    prends moi
    ne me laisse pas
    sois nourrie
    de mon souffle
    je ne sais pas parler
    tu le vois bien
    pardonne moi
    j’espère le jour où
    tout sera clair
    évident
    le jour où
    j’arrêterai de crier


  • amour (et mer)

    la mer est musclée
    le vent impétueux
    le voilier ne lutte pas
    il se faufile entre deux ondes
    il ne peut vivre ni jouir sans elles
    il peut mourir à cause d’elles

    pour garder le cap final
    il faut corriger la barre à tout moment
    en anticipant les mouvements du bateau
    régler la voilure au plus fin
    un cran de trop et l’on ira moins vite
    parfois tirer des bords
    le chemin le plus direct n’est pas le plus rapide
    et surtout il existe uniquement sur la carte
    dans l’utopie
    rarement dans la vie

    regarder le ciel changeant
    ses nuages insolites
    tapoter le baromètre
    en déduire l’avenir météo
    qui seul décidera de la prochaine escale

    réparer sans cesse ce qui s’abîme et se casse
    remplacer à chaque fois
    par plus fort et plus durable

    la vie à bord est vigilance et bienveillance
    on compte l’un sur l’autre
    un marin seul est un homme mort
    il faut souffrir en silence en espérant le jour qui vient
    le soleil qui se lèvera seul
    dominant la mer
    et qui balaiera tous les doutes
    et les brumes du passé
    la mer et l’amour c’est pareil


  • réalité

    je vois mon bureau l’écran la vieille fenêtre et sa vitre sale 
    le trait de zinc impuissant à protéger la terre trempée 
    je vois le buis rigide et fort les plates-bandes décharnées 
    qui renaîtront pourtant une femme intrépide le sait 
    je vois l’herbe vert et marron rase et bosselée 
    la mare immuable désertée par les canards 
    plus loin le saut du loup les champs et les forêts 
    je ne vois personne dans tout ce paysage 
    tapis les oiseaux pleurent les corneilles sont lasses 
    les lapins s’emmitouflent le cul blanc apeuré 
    et les sphères de la terre brassée par les taupes 
    dessinent les toits aériens d’un labyrinthe caché 
    puis je vois le ciel gris et noir qui prend toute la place 
    le jeu des ombres sur la terre embrumée 
    la lumière blanche transperce les nuages 
    c’est bien moi le seul homme de cette vie animée 
    je crée cet univers vibrant de mille souffles mêlés 
    qui entrent en moi pour nourrir ma passion 
    plan après plan tout n’est qu’extension 
    je deviens herbe champ oiseau arbre forêt

  • lili la lune là

    Lili regarde
    la lune danse
    pour toi et moi
    la lune est là
    couchée en niche
    la lune vit
    dedans sa mue
    la lune a bu
    fâchée en nage
    la lune à l’houx
    mouille son dos
    la lune à l’eau
    se fout du loup
    la lune lit
    puis se rendort
    la lune luit
    et rit là-haut
    lune qui ment
    jamais faucille
    tu es marteau
    qui frappe les
    douze longs coups
    à la minuit
    fais donc comme elle
    et vit la nuit
    quand il fait noir
    dessous la lune
    les chats sont gris
    et les regrets
    aussi Lili


  • voile transparent

    J’ai vécu ce moment incroyable
    La dernière fois où sa poitrine s’est soulevée
    Je n’aurai jamais imaginé cela
    Et malgré tous nos débats nos conflits
    Malgré surtout l’attente vaine et le non dit
    Un voile gris s’est abattu sur ma vie
    Les gens les objets les paysages ont perdu du relief
    Vivre est devenu un film en sépia
    Où les couleurs ont fondu
    Comme dans un tableau de Turner
    Comment supporter le poids de l’invisible
    Marcher dans un monde sans liesse
    Où le rire se fend
    Où le soleil se rend
    Vous rêvez au ralenti dans des rues inconnues
    Sans savoir où aller
    Parfois vous reconnaissez quelqu’un
    Sans pouvoir lui parler
    Que dire
    La douleur givre et vous pétrifie
    Longtemps la situation sera figée
    Dans cette vie atrophiée
    Puis la renaissance viendra par les sons
    Chaque jour ils seront plus nets et les contours aussi
    Vous marcherez plus vite dans des rues connues
    Aux visages amis vous direz bonjour
    Gaiement sans retenue
    Le voile sera chaque jour plus transparent
    Et enfin un beau matin le soleil est là
    L’invisible n’est pas remplacé
    Il s’est installé dans votre cœur
    Et vous vivez avec lui en lui souriant
    Avec lui se sont éteints
    Les regrets les reproches les jugements
    Il ne reste que l’amour
    Il ne reste en vous
    Que du beau du chaud
    Du doux du lisse et du fluide
    Le temps est une merveilleuse machine
    A magnifier le passé
    Et c’est tant mieux



Art et Poésie : dernières publications

  • Christian Bobin : Il n’y a rien en nous (1991)

    Il n’y a rien en nous. Il n’y a personne. Il n’y a en nous qu’une attente sans couleur et sans forme. Elle n’est l’attente d’aucune chose. Elle est en nous comme de l’air mélangé à de l’air. Elle ne ressemble à rien, sinon peut-être à l’extrême pointe d’une lassitude. Cette attente n’a pas toujours été là. Nous n’avons pas toujours été rien, personne. Dans l’enfance nous étions tout et dieu n’était qu’une part infime de nos domaines – quelque chose comme un brin d’herbe dans un pré.

    C’est avec la fin de l’enfance que l’attente a commencé. C’est après notre mort que nous avons commencé à attendre.

    (1951-2022). Une petite robe de fête. folio/Gallimard, 1991.

    Christian Bobin : Il n’y a rien en nous (1991)

  • Francis Ponge : Le Chêne (1942)

    Francis Ponge : Le Chêne (1942)

  • Octavio Paz : Source

    Parle laisse tomber une parole
    Bonjour j’ai dormi tout l’hiver et maintenant je me réveille
    Parle
    Une pirogue glisse vers la lumière
    Une parole légère avance à pleines voiles
    Le jour a la forme d’un fleuve
    Sur ses rives brillent les plumes de tes chants
    Douceur de l’eau dans l’herbe endormie
    Eau claire voyelles à boire
    Voyelles parures du front des chevilles
    Parle
    Touche la cime d’un silence heureux
    Et puis ouvre les ailes parle sans cesse
    Un visage oublié passe
    Tu passes toi-même allure de vent dans un champ de maïs
    L’enfance avec ses flèches son idole son figuier
    Romps les amarres passe avec la tour et le jardin
    Passent futur et passé
    L’heure déjà morte et l’heure à tuer
    Passent des éclairs qui portent dans leur bec des morceaux de temps encore vivant
    Volées de comètes qui se perdent dans mon front
    Parle
    Mouille les lèvres dans la pierre fendue qui jaillit inépuisable
    Plonge tes bras blancs dans l’eau féconde en prophéties imminentes

    Le Tournesol in Condition de nuage (1939-1955) in Liberté sur Parole, nrf/Poésie/Gallimard, 2014.
    Mexicain (1914-1998). Prix Nobel de littérature en 1990.

    Octavio Paz : Source

  • Camillo Innocenti : Nuit (1913)

    Camillo Innocenti : Nuit (1913)

  • Thomas Hart Benton : Night Firing of Tobacco (1943)

    Thomas Hart Benton : Night Firing of Tobacco (1943)

  • Andrew Wyeth : Pennsylvania Landscape (1941) – tempera sur panneau

    Andrew Wyeth : Pennsylvania Landscape (1941) – tempera sur panneau

  • Pablo Neruda : Entrada à a la madera / Entrée dans le bois (1935)

    Con mi razón apenas, con mis dedos,
    con lentas aguas lentas inundadas,
    caigo al imperio de los nomeolvides,
    a una tenaz atmósfera de luto,
    a una olvidada sala decaída,
    a un racimo de tréboles amargos.

    Caigo en la sombra, en medio
    de destruidas cosas,
    y miro arañas, y apaciento bosques
    de secretas maderas inconclusas,
    y ando entre húmedas fibras arrancadas
    al vivo ser de substancia y silencio.

    Dulce materia, oh rosa de alas secas,
    en mi hundimiento tus pétalos subo
    con pies pesados de roja fatiga,
    y en tu catedral dura me arrodillo
    golpeándome los labios con un ángel.

    Es que soy yo ante tu color de mundo,
    ante tus pálidas espadas muertas,
    ante tus corazones reunidos,
    ante tu silenciosa multitud.

    Soy yo ante tu ola de olores muriendo,
    envueltos en otoño y resistencia:
    soy yo emprendiendo un viaje funerario
    entre tus cicatrices amarillas:
    soy yo con mis lamentos sin origen,
    sin alimentos, desvelado, solo,
    entrando oscurecidos corredores,
    llegando a tu materia misteriosa.

    Veo moverse tus corrientes secas,
    veo crecer manos interrumpidas,
    oigo tus vegetales oceánicos
    crujir de noche y furia sacudidos,
    y siento morir hojas hacia adentro,
    incorporando materiales verdes
    a tu inmovilidad desamparada.

    Poros, vetas, círculos de dulzura,
    peso, temperatura silenciosa,
    flechas pegadas a tu alma caída,
    seres dormidos en tu boca espesa,
    polvo de dulce pulpa consumida,
    ceniza llena de apagadas almas,
    venid a mi, a mi sueño sin medida,
    caed en mi alcoba en que la noche cae
    y cae sin cesar como agua rota,
    y a vuestra vida, a vuestra muerte asidme,
    a vuestros materiales sometidos,
    a vuestras muertas palomas neutrales,
    y hagamos fuego, y silencio, y sonido,
    y ardamos, y callemos, y campanas.

    Avec ma seule raison, avec mes doigts,
    avec de lentes eaux lentes inondées,
    je tombe au royaume des myosotis,
    à une tenace atmosphère de deuil,
    à une salle oubliée, déchue,
    à une grappe de trèfles amers.

    Je tombe dans l’ombre, au milieu
    de choses détruites,
    et je regarde des araignées, et je broute des forêts
    de bois secret, secret,
    et je marche parmi des fibres mouillées
    vécues par le cœur vivant de la sève et du silence.

    Matière douce, ô rose de branches sèches,
    dans mes larmes je m’enfonce dans ton sol
    avec des pieds lourds d’une rouge fatigue,
    et dans ta cathédrale dure je m’agenouille
    en me frappant les lèvres avec un ange.

    C’est que c’est moi devant ta couleur de monde,
    devant tes pâles épées mortes,
    devant tes cœurs réunis,
    devant ta silencieuse multitude.

    C’est moi entreprenant un voyage funéraire
    parmi tes cicatrices jaunes :
    c’est moi avec mes lamentos sans origine,
    sans aliments, éveillé, seul,
    entrant dans des couloirs obscurcis,
    arrivant à ta matière mystérieuse.

    Je vois se mouvoir tes courants secs,
    je vois grandir des mains interrompues,
    j’entends tes végétaux océaniques
    crisser de nuit et de fureur secoués,
    et je sens mourir des feuilles vers l’intérieur,
    incorporant des matières vertes
    à ton immobilité désemparée.

    Pores, veines, cercles de douceur,
    poids, température silencieuse,
    flèches collées à ton âme déchue,
    êtres endormis dans ta bouche épaisse,
    poussière de douce moelle consumée,
    cendre pleine d’âmes éteintes,
    venez à moi, à mon rêve démesuré,
    tombez dans mon alcôve où la nuit tombe
    et tombe sans cesse comme une eau brisée,
    et à votre vie, à votre mort agrippez-moi,
    à vos matériaux soumis, à vos inutiles colombes mortes,
    et faisons feu, et silence, et son,
    et flambons, et silence, et carillon.

    (1904-1973). Residencia en la Tierra. Ediciones del Árbo, 1935
    Traduction de Guy Suarès (sauf pour le mot « crujir » remplacé par Luc Fayard par le mot « crisser »)

    Pablo Neruda : Entrada à a la madera / Entrée dans le bois (1935)

  • Mary Oliver : When I Am Among the Trees – Quand je suis parmi les arbres (2006)

    Mary Oliver : When I Am Among the Trees – Quand je suis parmi les arbres (2006)

  • Philippe Jaccottet : L’Ignorant (1957)

    Plus je vieillis et plus je croîs en ignorance,
    plus j’ai vécu, moins je possède et moins je règne.
    Tout ce que j’ai, c’est un espace tour à tour
    enneigé ou brillant, mais jamais habité.
    Où est le donateur, le guide, le gardien?
    Je me tiens dans ma chambre et d’abord je me tais
    (le silence entre en serviteur mettre un peu d’ordre),
    et j’attends qu’un à un les mensonges s’écartent :
    que reste-t-il? que reste-t-il à ce mourant
    qui l’empêche si bien de mourir?
    Quelle force
    le fait encor parler entre ses quatre murs?
    Pourrais-je le savoir, moi l’ignare et l’inquiet?
    Mais je l’entends vraiment qui parle, et sa parole
    pénètre avec le jour, encore que bien vague :
    « Comme le feu, l’amour n’établit sa clarté
    que sur la faute et la beauté des bois en cendres… ».

    (1925-2021). L’Ignorant. Gallimard, 1957

    Philippe Jaccottet : L’Ignorant (1957)

  • Gaston Balande : Lac de Côme (1930)

    Gaston Balande : Lac de Côme (1930)

  • Man Ray : Chevelure (1937)

    Man Ray : Chevelure (1937)

  • Mouloud Mammeri : La Fiancée du Soleil (1996)

    Le soir, avant de dormir, le roi et la reine s’attachaient par le pied au même anneau d’argent, ils roulaient une seule ceinture de brocart autour de leurs deux tailles, passaient le même foulard de soie autour de leurs deux cous, afin que, si quelqu’un venait lui enlever son épouse pendant son sommeil, le roi aussitôt s’éveillât.
    La nuit de leur arrivée, alors que le prince fatigué dormait dans la maison qu’ils avaient louée, Ali Demmo sortit doucement pour ne pas l’éveiller. Il parcourut la ville, arriva devant le palais, se fit indiquer la pièce où le roi et la reine avaient coutume de passer la nuit.
    Il fit la même chose le jour suivant mais, ayant pris soin de se munir d’une échelle de soie, il monta jusqu’à la chambre haute qu’on lui avait indiquée et, par la croisée, regarda: il vit les deux pieds du roi et de la reine engagés dans le même anneau, leurs tailles passées dans la même ceinture, leurs cous enroulés dans le même foulard.
    La troisième nuit, Ali Demmo prit avec lui l’échelle de soie, un poignard et monta jusqu’à la chambre à coucher, où il s’introduisit doucement. Il défit l’agrafe de l’anneau d’argent, coupa la ceinture de brocart; il allait enlever aussi le foulard de soie quand… le roi s’éveilla. Ali Demmo lui plongea aussitôt son poignard dans la poitrine et acheva de détacher le foulard. La reine, effrayée, allait crier. Ali Demmo lui appliqua la main sur la bouche.
    – Ne criez pas, lui dit-il, et ne craignez rien. Je suis venu vous sauver. Dites-moi seulement comment nous pourrons sortir, vous et moi, de ce palais.
    Fiancée du Soleil regarda Ali Demmo. Il n’avait pas l’air de lui en vouloir, malgré son poignard, et de toute façon c’était une chance à courir, car la tyrannie du roi lui pesait de plus en plus.
    – Tiens, dit-elle, voici les habits du roi mets-les et sauvons-nous. Quand nous arriverons aux portes, c’est moi qui parlerai aux gardes. Reste dans l’ombre, ils te prendront pour mon mari.

    ….

    Contes berbères de Kabylie. Myhologie. PKJ, 1996
    NDLR: poésie en prose brutale, la reine est ravie qu’on ait tué son mari…

    Mouloud Mammeri : La Fiancée du Soleil (1996)

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Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025