Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

1 404 artistes • 746 auteurs
publiés dans Amavero

  • Mosaïque-3 avec 10 artistes contemporains


  • présence de l’absence (illustré par 20 artistes contemporains)

    Brooke Shaden



    présence de l’absence

    n’ayant rien à dire de la mort
    je te parlerai de la vie
    ses occasions ratées
    ses envers de décor

    on dit que les choses sont
    par ce qu’elles ne sont pas
    c’est faux
    elles pèsent surtout
    par ce qu’elles pourraient être
    c’est l’imagination
    qui crée le réel
    le rêve n’existerait pas
    sans la vie tordue à son gré
    la réalité n’est qu’un préjugé
    le désir la transforme
    on veut toujours
    ce qu’on n’a pas

    les humains suivent
    cet étrange destin
    de la dichotomie
    si tu parles j’écoute
    dis-tu ce que j’attends
    je ne sais m’interroge
    si tu te tais j’espère
    dans une attente
    torturante
    si tu es là je t’aime
    si tu n’es pas là
    je t’aime encore plus
    le poids de mon amour
    est si lourd
    qu’il te fait exister
    plus fort plus contrasté
    que si tu étais là

    un jour j’ai perdu ma voix
    et elle m’a manqué
    au sens propre
    comme au sens figuré
    quand je l’avais
    à ma disposition
    je l’usais bêtement
    parlant aux autres fort
    à travers et à tort
    au lieu d’en profiter
    pour dispenser à ma guise
    dans un discours haletant

    les pleins et les vides
    les courbes et les reliefs
    aujourd’hui je susurre
    ne pouvant rien faire d’autre
    regrettant sans fin
    de n’avoir pas murmuré
    du temps de ma vigueur

    quant aux mots
    n’en parlons pas
    créés par la poussière et le vent
    ils tourbillonnent
    comme des feuilles mortes
    emprisonnées par un syphon
    avec eux tout est relatif
    ils ne peuvent rien porter de vrai
    tu auras beau parler
    ils ne te diront pas
    le fond de ton âme
    que jamais tu ne connaîtras

    enfin il reste les gestes

    soumis aux mêmes faux-pas
    de l’esquisse suspendue
    que les choses et les gens
    les gestes qu’on ne fait pas
    sont les plus attendus
    caresse diluée
    main enfuie
    baiser perdu
    regard esquivé
    tous nos rapports à l’autre
    noyés dans le faux-semblant
    des frôlements avortés
    et c’est ainsi
    que ta vie se passera
    d’abord à imaginer
    les gestes inachevés
    puis à les oublier

    et quand pour toi
    sonnera le glas
    de tous les sens
    le regret sera là
    dans son immortelle prégnance
    portant à lui seul
    la présence de l’absence


    William Wray
    Roman Shustrov

    Texte de Luc Fayard illustré par 20 artistes contemporains
    Artistes cité(e)s (de haut en bas, de gauche à droite):
    Agnès Pilat, Felicity Hellaby, Agnieszka Pilat, Leslie Amine, Juanito Laguna, Jana Brike, Hanson, Anka Zhuravleva, Dubánci, Brooke Shaden, William Wray, Roman Shustrov, Fede Mangione, Henri Sarla, Harvey Dinnerstein, Julien Malland, Michele Petrelli, Nicole Pfund, Akiko Toriumi, Paul Fenniak

    Note de l’auteur : Voir ci-dessous une planche de ces 20 œuvres d’art contemporain que j’ai sélectionnées pour illustrer mon poème : quand on les voit ainsi côte à côte, je trouve qu’elles évoquent incroyablement, ensemble et séparément, ce thème de la présence de l’absence.

    20 œuvres d’artistes contemporains pour illustrer le thème « présence de l’absenceé

    Vous pouvez lire ICI comment je sélectionne les œuvres, en utilisant notamment la formidable galerie Nicole’s Museum.


  • Robert Motherwell : The Blue Door (1973)

    Robert Motherwell : The Blue Door (1973) – acrylique et charbon sur toile

  • Mil Schumacher : The Stove (1950)

    Mil Schumacher – The Dove (1950)

  • Ash McKean : The Pilgrimage) (2021)

    Ash McKean – The Pilgimage (2021)

Dernières publications d’art et de poésie

  • Maulpoix (Jean) : Adieu

    Maulpoix (Jean) : Adieu

  • Azzhara : J’écris à jeun

    J’écris à jeûn
    Soif et faim dans tout le corps
    Un lot de remords dans le cœur
    Je bois mes larmes
    Je mange mes pleurs
    J’avale le silence, il glisse dans la gorge sèche
    Du miel silencieux
    Derrière moi, je ressens la présence rassurante et généreuse
    Comme l’odeur du pain chaud qui me couvre
    Je le cherche
    Le froid gris de son absence me gifle
    J’ai mal
    J’ai soif
    J’ai faim
    J’écris à jeun
    Mes pensées troublées
    Ma main tremblante
    Mes ongles rongés
    Mes pieds attachés
    Je veux sentir le manque
    J’écris à jeun

    Azzhara. Nuit intranquille. 2021

    Azzhara : J’écris à jeun

  • Richter (Gerhard) : C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre (1962)

    C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre et vous pousse vers l’art en général. L’envie de fixer une vision, de maîtriser des manifestations extérieures (auxquelles il faut donner un nom et un sens). Sans elle, ce travail serait absurde, et, comme l’art pour l’art, il ne se justifierait pas.

    Penser que l’art copie la nature est un sinistre malentendu. Car l’art a toujours œuvré contre la nature et pour la raison.

    Chaque mot, chaque trait nous est insufflé par notre époque et par les circonstances. Les liens, les aspirations relèvent du passé et du présent. Il est donc impossible d’agir, de penser arbitrairement et indépendamment d’eux. D’une certaine manière, ceci est réconfortant puisque chaque individu est en quelque sorte entouré, lié par la contemporanéité. Il y aura toujours un possible même dans le pire des malheurs.

    Vouloir rendre visible l’invisible, la chose connue, inconnue ou plausible, et même l’impensable est une revendication, une prétention absurde. Certes, nous pouvons déduire l’invisible, donc présupposer son existence avec une quasi-certitude, mais nous ne sommes pas en mesure de représenter cet invisible par un symbole qui le remplace et qui soit lui aussi invisible.

    Il n’y a aucune raison d’accepter sans réserve ce que la tradition nous a transmis. Rien n’est bien ou mal en soi, sauf dans certaines circonstances et à condition que nous le voulions. Cet état de fait annihile les conventions, les garanties et les inconditionnels et nous oblige, chaque jour, à prendre nos responsabilités et à décider du bien et du mal.

    S’imaginer une chose, se la représenter, fait de nous des hommes L’art, c’est donner du sens, générer du sens au même titre que la quête de Dieu ou la religion. Même sachant que tout sens donné ou tout tableau peint est un simulacre, une illusion, nous ne pouvons y renoncer. Car la foi (penser, réfléchir le présent et l’avenir) est notre trait de caractère essentiel.

    Les moyens de l’art (la manière de représenter une chose, le style, la technique et la chose représentée en soi) sont les conditions néces­saires à l’art tout comme les qualités de l’artiste (mode de vie, capacités, entourage). L’art peut naître autant de l’harmonie que de la contradic­tion avec les conditions qui le génèrent. Il n’est en soi, ni visible ni définissable, seules les conditions qui l’ont généré sont visibles et repro­ductibles ; on a tendance à les confondre avec l’art en soi.

    Dès que l’activité artistique est devenue un « isme », elle cesse d’en être une. Car seul ce qui lutte quotidiennement pour prendre forme et exister, est vivant. (À titre de comparaison : le social est une forme et une méthode juste qui correspond aux conceptions actuelles ; mais si en revanche, il se prétend socialisme, ordre social ou dogme, il renonce à ce qui lui est propre et risque de courir à sa perte.)

    Je ne suis pas venu ici pour fuir le matérialisme. Il règne ici d’une manière plus radicale et plus perfide encore, mais j’ai dû fuir l’idéa­lisme criminel des socialistes.

    La peinture na rien à voir avec la pensée. Quand on peint, la pensée est peinture. La pensée est un langage, un registre qui doit fonctionner avant et après. Einstein ne pensait pas quand il faisait ses calculs, il calculait, chaque équation réagissait à la précédente, tout comme en peignant, une forme répond à une autre et ainsi de suite.

    L’art sert à la socialisation. Il nous relie aux autres et à ce qui nous entoure au sein d’une même conception et d’une même quête.

    Pour moi, l’enjeu n’est jamais l’art, mais uniquement la chose pour laquelle l’art peut être utile.

    Comme il n’existe ni certitude, ni vérité absolue, nous aspirons toujours à une vérité artificielle faisant autorité, donc humaine. Nous avons des jugements de valeur et fabriquons une vérité qui en exclut d’autres. Dans la production de vérité, l’art est la composante qui met en forme.

    Les sciences de la nature ont assurément influencé les arts. Pour l’Aztèque, le coucher du soleil était un événement inintelligible auquel il ne survivait que grâce aux représentations divines. Depuis, ces manifestations évidentes ont trouvé une explication. Mais, au vu de l’immensité de l’inconcevable, de ce qui ne peut être expliqué, l’inex­plicable semble tellement gigantesque, que nous sommes pris de vertige et que les images d’antan éclatent comme des bulles de savon. Songer à l’absolu ineffable (par exemple en regardant le firmament), savoir qu’il est impossible de donner un sens à cette immensité nous touche à tel point que nous ne pouvons survivre qu’en ignorant.

    Aussi curieux que ceci puisse paraître, « ne pas savoir où vont les choses », l’impression de se perdre et d’avoir perdu, est source de foi et d’un immense optimisme, elle n’engendre ni certitude ni sécurité collective. Il faut avoir perdu Dieu pour croire, et l’art pour peindre.

    Richter (Gerhard) : C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre (1962)

  • Uguay (Marie) : Tu m’apprends l’âge, mon amour

    Uguay (Marie) : Tu m’apprends l’âge, mon amour

  • Trois espaces

    Trois espaces

  • Elle était là dans le silence pluvieux

    Elle était là dans le silence pluvieux

  • Tu cours dans un espace fini

    Tu cours dans un espace fini
    Blanc fulgurant
    dans un océan de noirceur
    le feu a tout détruit
    mais toi tu portes l’espoir
    Franchiras-tu les limites
    de ce monde sinistre ?
    Détache-toi
    Envole-toi
    Brise le carcan
    Terrasse l’ombre
    et jette le fantôme
    qui veut t’enfermer

    Texte et calligramme de Baronne, inspiré par John Caple(2000) ;

    Tu cours dans un espace fini

  • Comme je laissais derrière moi

    Comme je laissais derrière moi

  • Il est là monstrueux

    Il est là monstrueux démesuré
    debout par miracle
    Dans un maelström de particules
    Raide et impassible
    dans ce magma coloré
    Poursuivi par ce spectre grimaçant
    qui se cache à lui et veux l’engloutir
    Inconscient, il marche
    et va vers son destin
    Dans un tourbillon d’électrons dorés
    dont la beauté adoucira la fin

    Texte de Véronique Demant, inspiré par Silence d’or, de Sophie Rocco ; écrit en Atelier de poésie

    Il est là monstrueux

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Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025