Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

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  • mer et désert (désert apparent)

    la mer est un désert apparent
    qui ne tient pas aux hommes
    mais à l’histoire à l’éternité
    la vague est un mouvement
    une flamme
    sans début ni fin
    elle n’a qu’une vie de parcours
    sans état
    le vent n’existe pas
    et pourtant il emporte tout
    la mer est chinoise
    une fois yin une fois yang
    tout est changement

    alors contemple et remercie
    tu ne peux étreindre
    ni le vent des ouragans
    ni l’eau des océans
    tout passe par tes mains
    mais rien ne demeure
    seul resteront dans ton âme
    le goût de sel 
    la pureté du vent du large
    la brulure de l’aube

    tu es né de cette eau
    fluide et immatérielle
    tu es né de ce vent
    souffle et nomade

    souviens-t’en


  • pendule

    nuées nues qui oscillent au bout d’un pendule
    pendant que le tic-tac las du temps remplit l’air
    de douleurs de murmures et de corpuscules
    qui s’enfoncent avec précaution dans la terre

    petite fille qui roule au bord d’un abîme
    pendant que l’écume mousseuse se retire
    des rochers et que des arbres à haute cime
    se balancent au vent comme un immense rire

    souffle rauque des marées qui bat la mesure
    pendant que l’air purifié nettoie les nuages 
    désertés par les mouettes aux frêles allures
    qui se jouent en riant d’un ciel bas sans images


  • paradis perdu

    longtemps
    je me suis enivré des effluves magiques
    issues d’un pays irréel et magnifique
    mêlant les lignes vertes les arbres tendus 
    deux magnolias passagers un séquoia nu
    les allées sableuses bordées de fleurs vivaces
    les buis interminables et les herbes grasses
    l’eau glauque de la mare où se perdait la pluie
    le chant aigre et joyeux des oiseaux rouge et nuit

    paradis d’illusion où vivaient durement
    les jardiniers créant des beautés éphémères
    inusables maillons de chaînes séculaires
    chaque heure penchés sur la terre riche et âcre
    auteurs de courtes morts et de petits miracles
    répétant leurs gestes pour des temps incessants

    dans ce lieu pourtant bien réel olympien calme
    la lumière jetait une effraction bizarre
    créée par les couleurs et les ombres mêlées
    nappant d’une teinte étrange le paysage
    elle peignait les bois de zébrure filtrée
    impossible au peintre vivifiante pour l’âme

    longtemps 
    après cette vie rare
    évoquées d’une mémoire nébuleuse 
    les images défilèrent en se bousculant 
    dressant un long inventaire improbable
    de lieux de sentiments d’instants insondables

    vitres brisées de la serre miroir de vie
    ample saut du loup qui n’aura jamais sauté
    dernière porte au vert sombre infini
    barre noire de la forêt qui vous appelle
    balançoire qui porta ses gamins bercés
    potager rangé des gens heureux besogneux
    marronniers alignés dans une courbe douce
    cheveux au vent d’une jeune fille à cheval
    jaunes champs accueillants les blondes d’aquitaine
    immense if parapluie aux longs bras de sorcière
     
    et que dire encore de tous ces caractères
    l’insolite apparence des murs 
    les reflets ronds des fenêtres 
    les pentes aiguës des toits 
    la fierté des cheminées 
    les persiennes bleutées 
    les allées nichées sous les frondaisons ventées
    et partout ces verts et tous ces gris 

    dans ce lieu béni
    où se croisaient espoirs et tempêtes
    tout finit en harmonie en vibration
    accords soignés plaintes secrètes
    à travers le temps et les générations

    tout restera
    assidûment incrusté 
    écrit en ribambelle
    dans l’air vieilli par l’histoire 
    dans le vent de la plaine et des forêts 
    dans la terre et la poussière 
    dans le cœur des mères et des amants
    dans l’ombre choyée des enfants
    chantant en ritournelle

    ici tout se nouait
    entre âme et nature
    la clarté et les sourires 
    les ombres et les soupirs
    la pluie et les larmes
    le soleil et les drames
    la nuit et la noirceur
    les racines de la terre et du cœur
    les multiples origines de la fusion
    ayant enfanté ce monde à part suspendu
    où même le soleil et la lune 
    pouvaient nous murmurer des mots doux

    alors au dernier souffle de mon dernier soupir
    quand j’aurai vécu de nombreux destins
    pouvant retenir de mes nombreuses vies
    tant de sommets et quelques abimes
    un seul instant me viendra à l’esprit
    celui-là insensé terrible
    où je tournai le dos au paradis
    comme dans un flash-back au ralenti
    le moindre détail me reviendra

    la porte grinçante se refermant sur mon passé
    la descente de l’escalier marches de tombeau
    le bruit mécanique du dernier tour de clé 
    le silence soudain voilant la scène de son halo
    dehors dans la cour mes pas broyant le gravier
    la feuille morte chassée du pied
    la grille que je repoussai dans son cri 
    ma main tremblant sur le portail gris
    et mon dernier regard qui tout embrassa
    comme si ma vie allait s’arrêter
    pour écrire en lettres de sang
    le mot fin sur un écran de cinéma

    ce jour-la pourtant j’ignorais 
    que vivant dans un riche présent
    je porterai comme une offrande 
    ces images et ces souvenirs
    et que dans le cumul des années
    submergé par le flux des nouveautés
    je vivrai ma deuxième vie 
    sans remords ni regrets

    juste l’infini de la nostalgie


  • limbe

    le brouillard bruit de timbres sourds
    d’ici je vois le tertre lourd
    ses vies vivant un vain calvaire
    la pluie gifle l’hiver en verre

    l’if araignée ne cache plus
    ses ailes bravaches poilues
    le tilleul griffe un ciel en vrac
    le train train dingue fend l’ubac

    je vois le temps qui se délace
    jamais je ne suis à ma place
    je n’ai pas de présent qui m’aille
    passé futur fétus de paille

    c’est la minute où tout bringuebale et languit
    tout s’arrête de penser le silence crie
    je voudrais un océan d’âme vide et lent
    portant le limbe d’olympe en fier firmament

    les yeux fermés je voguerais sans un murmure
    sans vague ni repos le cœur mûr enfin pur
    personne ne sonnerait l’annonce demain
    la vie moelleuse serait désunie sans fin

    peut-être même se mettrait-on à pleurer
    au poids des souvenirs lancinants arrimés
    livrant sans fard leur vieux fantôme au dôme d’or
    magique et transparent sous lequel on s’endort


  • hôpital (nulle part)

    sourire apaisant des blouses blanches
    regards justes de compassion
    merci merci hospitaliers
    mais aussi l’attente l’attente l’attente
    un autre temps un autre monde
    trop de gens ici pas assez là
    brancards sardines de couloirs
    zombies sous perfusion
    la vieille qui gémit dans une langue du sud
    et ton corps qui t’échappe
    ton nom même
    patient porte ou patient fenêtre
    l’interne sombre serbo-croate
    à la tête de Nosferatu les oreilles le nez
    qui se met à rire tout à coup et tu ris aussi
    de ces mots qui te traversent comme des flèches
    pour sceller ton destin
    dehors rouge un énorme H pour l’hélicoptère
    les voitures robots
    les sirènes comme des cris
    mais aussi le vent frémissant invisible et présent
    dans les frondaisons miroitantes
    la lumière d’automne n’a jamais été aussi belle
    demain tu renaîtras c’est sûr


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Une couverture de la Gazette d'Amavero avec des portraits de Nikolaus, un enfant, et de Barbara, une femme âgée, accompagnés de descriptions artistiques.
Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025