Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

1 410 artistes • 748 auteurs
publiés dans Amavero

  • noires visions

    Faz Fazou – Ballade nocturne

    hirondelles sur trois fils oppressées
    notes de musique en croches serrées
    lignes d’écriture ancienne inconnue
    collier sans fin de cailloux sculptés nus
    mystérieux message cryptographié
    feuilles mortes tout en noir épinglées
    enfantins dessins de maisons bancales
    purs fantômes alignés gris et sales
    traits denses brisés en haut et en bas
    l’incessant ballet ne finira pas


    Texte de Luc Fayard inspiré de Ballade nocturne, de Faz Fazou.


  • Traverser et être traversé

    Pour dire ce que m’inspirent les œuvres de Chantal Fontvieille réunies sous le titre « À travers », j’emprunterai un détour : celui du mot traverser lui-même. Chantal connaît ma passion pour les mots. À vrai dire, plonger dans leur épaisseur sensible, me laisser traverser par eux, écouter ce qu’ils ont à m’apprendre, c’est bien plus pour moi qu’un détour, c’est ma voie d’approche vers le monde.

    Chantal Fontvieille – À travers 111 (verso) – Cible de tir à l’arc, rouille, encre de Chine
    (suite…)

  • chantier

    Sandrine Hartmann – Obstacle

    pas d’obstacle à la création
    tout est chantier
    mortier
    cœur idée
    l’âme expose ses visions
    blocs et lignes s’épaulent
    traits et couleurs s’enrichissent
    d’un même élan
    tout s’élève
    tout s’en va
    ailleurs
    et s’imprègne


    Texte de Luc Fayard inspiré du tableau Obstacle, de Sandrine Hartmann


  • l’eau de la nuit

    (de gauche à droite) Eugene Jansson : L’aube sur le Riddarfjärd – image Dall.e – John Everett Millais : Ophélie – Claude Monet : La vague verte

    une histoire de ouf
    je suis tombé de haut
    tout au fond de l’eau
    plouf
    splash
    chutant comme une masse 
    sans un cri
    et là tout en bas
    surprise
    une femme sans âge
    douce et nue
    m’attend 
    et me sourit

    moi aussi 
    je suis nu
    c’est embêtant 
    au fond de l’eau 
    on bouge au ralenti
    comme dans un film
    et surtout
    impossible de respirer
    elle touche ma main
    rassure-toi
    me dit-elle
    tu ne respires plus

    amicalement
    je la prends dans mes bras
    et lui dis en pleurant
    je n’ai jamais connu 
    quelqu’un comme toi
    de quoi nous parlâmes
    dans le flot des larmes

    je ne sais
    mais quel effet

    puis gentiment
    elle me pousse
    vers la sortie
    on t’attend à l’accueil 
    de la citadelle
    dit-elle
    c’est le temps 
    de l’exil

    me voici habillé
    d’une blouse d’hôpital
    la fesse à l’air
    errant solitaire
    dans les couloirs pas nets
    d’abord déserts et sombres
    puis peuplés de silhouettes
    floutées comme des ombres

    derrière un guichet
    j’entends une voix
    qui me dit 
    l’accueil c’est ici
    je me penche et plus bas
    dans une vaste baignoire
    une baignoire au fond de l’eau
    me dis-je quelle idée
    une autre femme 
    est allongée 
    nue et vieille
    qui me voyant
    se lève en gémissant

    lourde de fatigue aride
    des gouttes d’eau
    perlant de ses rides
    comme la vie
    qui fuit

    en-dessous d’elle
    au fond de la baignoire
    qui se vide
    comment est-ce possible
    l’eau qui s’en va
    dans l’eau
    deux vieux 
    squelettiques et nus
    la peau foncée
    sur qui manifestement
    elle reposait
    sortent et marmottent
    et gigotent
    encore un peu

    raide comme un piquet
    spectrale
    couverte de blancs cheveux 
    elle me fixe
    tranquillement
    froidement
    de ses yeux aveugles
    et terrifié
    je comprends alors
    que je suis
    à jamais

    dans l’eau de la nuit


    Texte de Luc Fayard illustré par un montage de quatre œuvres: (de gauche à droite, de haut en bas) Eugene Jansson : L’aube sur le Riddarfjärd ; image Dall.e (avec des gens habillés parce que Dall.e n’a pas le droit de dessiner des gens nus); John Everett Millais : Ophélie ; Claude Monet : La vague verte.


  • partition de poésique – ronde des si

    la ronde des si © 2024 by Luc Fayard, Chantal Hannes, Éditions Amavero
    is licensed under CC BY-NC-SA

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  • Vasyl Stus : Palimpsestes, Poésie et lettres du Goulag (1986)

    Monde bleu pâle comme jusquiame,
    Monde bleu pâle dans le soir entré.
    Avec toi rien que celui et celle,
    Et rien que ceux qui sont fidèles.
    Crois ou ne crois pas en eux – 
    Ils vivent comme ils boivent,
    Vivent et attendent tout seuls,
    Eux-mêmes forgent eux-mêmes.
    Et puis – qui es-tu, tu es quoi ? – 
    Et puis – qui vas-tu devenir ? –
    C’est bien égal : philosophe
    Ou le berger d’un troupeau.
    C’est égal. Sans importance.
    Tu vis – eh bien vis ! ça suffit.
    Car il y a les étoiles en haut,
    Il y a le ciel entré dans le soir
    Il y a le seuil, bas comme le péché,
    Et toi, fidèle à toi seulement.

    Vasyl Stus – Palimpsestes. Poésie et lettres du Goulag (première édition en Allemagne en 1986, première édition française en 2026, 40 ans après, bravo les éditeurs français!)

    Vasyl Stus : Palimpsestes, Poésie et lettres du Goulag (1986)

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Une couverture de la Gazette d'Amavero avec des portraits de Nikolaus, un enfant, et de Barbara, une femme âgée, accompagnés de descriptions artistiques.
Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025