Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

1 405 artistes • 748 auteurs
publiés dans Amavero

  • objets sur un bureau

    Pavel Mentz – Still Life with Candle and Wine (2024)
    Rosario de Velasco – Objets (1933)

    la vie est là
    en résumé
    et en désordre
    quelques objets
    sur un bureau
    et tout est dit

    sur le mien vieux et beau
    hérité de ma mère
    avec son plateau
    de bois et de cuir vert

    il y aurait

    pas de crâne mais
    la boussole de mon père
    qui savait toujours où il était
    elle ne me sert à rien
    son compas de marin
    à pointes sèches
    pour tracer sa route
    la mienne zigzague
    dans les doutes
    quelques livres bien sûr
    témoins d’une autre vie
    je lisais tellement
    vorace jamais rassasié 
    un bic on ne sait jamais
    mais c’est jamais
    il rouille
    des câbles en tas de nouilles 
    pour me relier au monde
    par peur d’en être coupé
    des écrans plein d’écrans
    pour la même raison
    écrire pour exister
    ou pour oublier qu’on existe

    une tasse de café sale
    qui traîne persistante
    ma seule drogue
    les autres m’ont fait mal

    et puis mes souvenirs
    prégnants ou futiles
    surtout les regards les odeurs
    les strates empilées
    de mon enfance rêveuse
    sans bouger sans actes

    et maintenant comme avant
    mes heures passées seul
    les yeux dans les vagues
    d’un décor apposé
    hier un mur grillagé
    aujourd’hui la vallée verte

    l’âme en constant débord
    pressé par le temps
    les mains sur le clavier
    et sur les écrans gris
    les mots toujours les mots
    qui racontent impassibles
    la litanie de ma vie


    Texte de Luc Fayard inspiré par la photo « Still Life with candle » de Pavel Mentz (voir son site mentzart.com ) que j’ai voulu comparer au tableau Things de Rosario de Velasco (1933) .

    NDLR : A partir de ces deux natures mortes très inspirantes à 90 ans d’écart, je pars à la recherche d’autres natures mortes avec livres et évidemment j’en trouve plein… depuis l’Antiquité (bon d’accord, en trichant un peu !…)
    J’ai rassemblé ma sélection dans une petite galerie pour le plaisir que vous pouvez consulter à votre guise et enrichir bien entendu: voir la page

    AUTRES GALERIES


  • Apollinaire (Guillaume) : L’Adieu

    J’ai cueilli ce brin de bruyère
    L’automne est morte souviens-t’en
    Nous ne nous verrons plus sur terre
    Odeur du temps brin de bruyère
    Et souviens-toi que je t’attends

    Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913


  • chaise rouge

    Luc Fayard – La Chaise dos à la mer (2024) – photographie

    dos à la mer
    où rien ne bouge
    juste une ride
    la chaise rouge
    blanche et altière
    reste impavide

    au loin les monts
    vaporisés
    de brume moite
    se retransmettent
    en un frisson
    leur silhouette
    au trait chinois

    quel est le fou
    pour ignorer
    qu’ainsi s’asseoir
    la mer au dos
    quand vient le soir
    c’est négliger
    la beauté fière
    d’un court instant
    d’éternité
    et de repos

    Texte inspiré par une photo de Luc Fayard, prise à Lefokastros, Pelion, Grèce


  • grille

    Une œuvre d'art technique mixte représentant des nuances de bleu, avec des silhouettes humaines se tenant sous un parapluie sur un fond abstrait de couleurs et textures, évoquant une ambiance de pluie et de réflexion.
    Cécile Gonne-Victoria – Reflets éphémères instants de beauté (2020)

    la lumière traverse
    la grille de la pluie
    trait d’espoir
    tout se reflète
    se complète
    passé présent futur
    le son rebondit
    en goutte à goutte
    sur la flaque
    le cœur s’arrime
    à la transparence
    les portes de la vie
    se sont ouvertes

    Texte de Luc Fayard inspiré par Reflets éphémères instants de beauté, de Cécile Gonne Victoria;
    Toile technique mixte 80×80 cm : collage de photos originales de Cécile peinture, pigments, encres, medium et résine.


  • blonde cavalière mongole

    Anne-Laure Baron-Siou – Blonde cavalière mongole

    je suis la blonde cavalière mongole
    et je vais gagner la course du Nadaam
    la fête aux deux mille chevaux
    je m’envolerai sur mon petit étalon
    qui ne craint ni les loups gris
    ni le creux des vallées sombres
    ni le hurlement des fouets
    ni le sifflement des serpents

    personne ne pourra nous rattraper
    sur les trente kilomètres de course
    car je suis l’air et la vitesse
    je suis l’arc et la flèche
    je suis le vent de la steppe
    et je me fondrai dans son souffle

    restée au village ma mère prie les esprits
    pour qu’ils libèrent ma route et guident mes pas
    ne faites pas confiance à mon sourire timide
    je suis celle qui ne pardonne rien
    depuis que j’ai deux ans
    père et grand-père m’entraînent tous les jours
    qu’il vente ou qu’il neige
    avec mes frères et mes sœurs
    garçons et filles mélangés qu’importe
    que le meilleur gagne
    il portera nos couleurs
    et ce fut moi l’enfant sauvage

    je connais tout du cheval et de la course
    que les autres s’approchent
    avec leurs espoirs vains leurs muscles inutiles
    leurs cravaches et leurs rictus
    ils ne peuvent rien contre nous deux
    toi ton dos fort court et droit
    moi mes reins souples et mes jambes d’acier
    et ma main que tu connais par coeur
    cheval mon frère nous ne ferons qu’un
    notre corps à corps comme une musique
    battra le rythme millénaire de la terre

    et quand j’aurai remporté le trophée « tumny ekh »
    moi l’imparable déesse pubère
    la Mongolie entière clamera mon nom
    et celui de ma tribu
    pour la nuit des temps

    j’ai dit

    Texte de Luc Fayard inspiré d’une photo de Anne-Laure Baron Siou et , également, mis en musique et interprété par Clémentine Ebert et son groupe de rock La Forêt -The Band (publication a venir). Poème publié dans le recueil elle joue la nuit , Éditions Amavero, 2023


Dernières publications d’art et de poésie

  • Edward-Henry Potthast : At The Seaside (1905)

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  • Jean-Baptiste-Siméon Chardin : Le Gobelet d’argent (1768)

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  • Maulpoix (Jean) : Adieu

    Maulpoix (Jean) : Adieu

  • Azzhara : J’écris à jeun

    J’écris à jeûn
    Soif et faim dans tout le corps
    Un lot de remords dans le cœur
    Je bois mes larmes
    Je mange mes pleurs
    J’avale le silence, il glisse dans la gorge sèche
    Du miel silencieux
    Derrière moi, je ressens la présence rassurante et généreuse
    Comme l’odeur du pain chaud qui me couvre
    Je le cherche
    Le froid gris de son absence me gifle
    J’ai mal
    J’ai soif
    J’ai faim
    J’écris à jeun
    Mes pensées troublées
    Ma main tremblante
    Mes ongles rongés
    Mes pieds attachés
    Je veux sentir le manque
    J’écris à jeun

    Azzhara. Nuit intranquille. 2021

    Azzhara : J’écris à jeun

  • Richter (Gerhard) : C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre (1962)

    C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre et vous pousse vers l’art en général. L’envie de fixer une vision, de maîtriser des manifestations extérieures (auxquelles il faut donner un nom et un sens). Sans elle, ce travail serait absurde, et, comme l’art pour l’art, il ne se justifierait pas.

    Penser que l’art copie la nature est un sinistre malentendu. Car l’art a toujours œuvré contre la nature et pour la raison.

    Chaque mot, chaque trait nous est insufflé par notre époque et par les circonstances. Les liens, les aspirations relèvent du passé et du présent. Il est donc impossible d’agir, de penser arbitrairement et indépendamment d’eux. D’une certaine manière, ceci est réconfortant puisque chaque individu est en quelque sorte entouré, lié par la contemporanéité. Il y aura toujours un possible même dans le pire des malheurs.

    Vouloir rendre visible l’invisible, la chose connue, inconnue ou plausible, et même l’impensable est une revendication, une prétention absurde. Certes, nous pouvons déduire l’invisible, donc présupposer son existence avec une quasi-certitude, mais nous ne sommes pas en mesure de représenter cet invisible par un symbole qui le remplace et qui soit lui aussi invisible.

    Il n’y a aucune raison d’accepter sans réserve ce que la tradition nous a transmis. Rien n’est bien ou mal en soi, sauf dans certaines circonstances et à condition que nous le voulions. Cet état de fait annihile les conventions, les garanties et les inconditionnels et nous oblige, chaque jour, à prendre nos responsabilités et à décider du bien et du mal.

    S’imaginer une chose, se la représenter, fait de nous des hommes L’art, c’est donner du sens, générer du sens au même titre que la quête de Dieu ou la religion. Même sachant que tout sens donné ou tout tableau peint est un simulacre, une illusion, nous ne pouvons y renoncer. Car la foi (penser, réfléchir le présent et l’avenir) est notre trait de caractère essentiel.

    Les moyens de l’art (la manière de représenter une chose, le style, la technique et la chose représentée en soi) sont les conditions néces­saires à l’art tout comme les qualités de l’artiste (mode de vie, capacités, entourage). L’art peut naître autant de l’harmonie que de la contradic­tion avec les conditions qui le génèrent. Il n’est en soi, ni visible ni définissable, seules les conditions qui l’ont généré sont visibles et repro­ductibles ; on a tendance à les confondre avec l’art en soi.

    Dès que l’activité artistique est devenue un « isme », elle cesse d’en être une. Car seul ce qui lutte quotidiennement pour prendre forme et exister, est vivant. (À titre de comparaison : le social est une forme et une méthode juste qui correspond aux conceptions actuelles ; mais si en revanche, il se prétend socialisme, ordre social ou dogme, il renonce à ce qui lui est propre et risque de courir à sa perte.)

    Je ne suis pas venu ici pour fuir le matérialisme. Il règne ici d’une manière plus radicale et plus perfide encore, mais j’ai dû fuir l’idéa­lisme criminel des socialistes.

    La peinture na rien à voir avec la pensée. Quand on peint, la pensée est peinture. La pensée est un langage, un registre qui doit fonctionner avant et après. Einstein ne pensait pas quand il faisait ses calculs, il calculait, chaque équation réagissait à la précédente, tout comme en peignant, une forme répond à une autre et ainsi de suite.

    L’art sert à la socialisation. Il nous relie aux autres et à ce qui nous entoure au sein d’une même conception et d’une même quête.

    Pour moi, l’enjeu n’est jamais l’art, mais uniquement la chose pour laquelle l’art peut être utile.

    Comme il n’existe ni certitude, ni vérité absolue, nous aspirons toujours à une vérité artificielle faisant autorité, donc humaine. Nous avons des jugements de valeur et fabriquons une vérité qui en exclut d’autres. Dans la production de vérité, l’art est la composante qui met en forme.

    Les sciences de la nature ont assurément influencé les arts. Pour l’Aztèque, le coucher du soleil était un événement inintelligible auquel il ne survivait que grâce aux représentations divines. Depuis, ces manifestations évidentes ont trouvé une explication. Mais, au vu de l’immensité de l’inconcevable, de ce qui ne peut être expliqué, l’inex­plicable semble tellement gigantesque, que nous sommes pris de vertige et que les images d’antan éclatent comme des bulles de savon. Songer à l’absolu ineffable (par exemple en regardant le firmament), savoir qu’il est impossible de donner un sens à cette immensité nous touche à tel point que nous ne pouvons survivre qu’en ignorant.

    Aussi curieux que ceci puisse paraître, « ne pas savoir où vont les choses », l’impression de se perdre et d’avoir perdu, est source de foi et d’un immense optimisme, elle n’engendre ni certitude ni sécurité collective. Il faut avoir perdu Dieu pour croire, et l’art pour peindre.

    Richter (Gerhard) : C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre (1962)

  • Uguay (Marie) : Tu m’apprends l’âge, mon amour

    Uguay (Marie) : Tu m’apprends l’âge, mon amour

  • Trois espaces

    Trois espaces

  • Elle était là dans le silence pluvieux

    Elle était là dans le silence pluvieux

  • Tu cours dans un espace fini

    Tu cours dans un espace fini
    Blanc fulgurant
    dans un océan de noirceur
    le feu a tout détruit
    mais toi tu portes l’espoir
    Franchiras-tu les limites
    de ce monde sinistre ?
    Détache-toi
    Envole-toi
    Brise le carcan
    Terrasse l’ombre
    et jette le fantôme
    qui veut t’enfermer

    Texte et calligramme de Baronne, inspiré par John Caple(2000) ;

    Tu cours dans un espace fini

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Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025