Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.
Frottage au fusain & lavis d’encre de Chine. Effacement, grattage – 2024.
Tirage pigmentaire signé et numéroté.
Née au contact direct de la pierre, cette œuvre explore la trace et l’empreinte.
Le fusain capte les reliefs du sol, comme une mémoire spontanée.
Le lavis d’encre de Chine habite ces formes, jusqu’à faire émerger une cartographie mentale, où l’accident dialogue avec l’aléatoire.
je me souviens j’étais un crabe triste glissant d’une algue à l’autre et le soir aux piaillements crissants des grands oiseaux blancs j’allais me terrer dans mon antre
je me souviens j’étais une araignée maigre pendue à sa filandre aux arbres de branche en branche et dans le matin cru éblouissant je me recroquevillais en pleurant
je me souviens la vie prenait mille teintes sans frontière entre noir et blanc c’était avant l’arrivée de la couleur mais personne n’en avait besoin les enfants le savent bien
je me souviens des épaules basses des visages longs ce n’est pas grave disait-on il faut juste un peu de poussière et d’encre pour pleurer
je me souviens quand tout a changé l’horizon frondeur a voulu se teindre en bleu ce fut la bataille de la terre et du feu et le ciel a fini par gagner
je me souviens quand la tristesse s’en est allée faisant place au sourire dans les chemins moins escarpés aux pierres moins glissantes les grains de sable se sont mis à jouer
je me souviens de ton premier rire
Texte de Luc Fayard inspiré par Cartographie mentale, de Célia Ebert
Dans les archives d’InfoTekArt, quelques pépites indémodables, comme celle-ci qui parle du blues des années 30 et des formidables cartoons de Robert Crumb, qui vit en France maintenant
Robert Crumb a croqué tous les musiciens blues, jazz et country qu’il aimait : je l’ai retrouvé dans ce bouquin extraordinaire:
qui comprend un CD avec des enregistrements des années 1930. C’est le type qui a créé Fritz The Cat ,et la fameuse image reproduite sur des millions de tee-shirts « Keep on Trucking », ou encore la pochette de l’album Cheap Thrills de Big Brother & The Holding Co. (avec Janis Joplin).
Lire cet excellent dossier de Singulart sur Robert Crumb
Cliquez sur l’image ci-dessous pour voir en grand une belle planche des dessins de R.Crumb (tirée de son livre) 👇
En cadeau, je vous offre
« I Got Mine » de Frank Stokes
dont le jeu de guitare préfigure Bob Dylan. C’est sa photo de pochette de disque qui a inspiré la couverture de la BD (en haut).
Écoutez ce blues de 1928 !
(sur mon serveur Infomaniak, sans pub, ce n’est pas Youtube!) source
Quant à Robert Crumb, il vit en France maintenant depuis 1991. J’aimerais bien boire un verre avec lui. Au fait, l’éditeur de ce type de blues, allez le visiter: www.yazoorecords.com.
Critique d’art, Félix Fénéon se promenait dans les expositions et disait tout le bien qu’il pensait des nouveaux impressionnistes, dans un style inimitable. Extraits.
Edgar Degas – Le Tub (1886) – pastel sur cartonEdgar Degas – Femme à la bassine (1886)Edgar Degas – La Toilette (1884-1886)
De M. Degas.
Des femmes emplissent de leur accroupissement cucurbitant la coque des tubs : l’une, le menton à la poitrine, se râpe la nuque; l’autre, en une torsion qui la fait virante, le bras collé au dos, d’une éponge qui mousse se travaille les régions coccygiennes.
Une anguleuse échine se tend; des avant-bras, dégageant des seins en virgouleuses(1), plongent verticalement entre des jambes pour mouiller une débarbouilloire dans l’eau d’un tub où des pieds trempent.
S’abattent une chevelure sur des épaules, un buste sur des hanches, un ventre sur des cuisses, des membres sur leurs jointures, et cette maritorne (2), vue du plafond; debout sur son lit, mains plaquées aux fesses, semble une série de cylindres, renflés un peu, qui s’emboîtent.
De front, agenouillée, les cuisses disjointes, la tête inclinée sur la flaccidité (3) du torse, une fille s’essuie.
Et c’est dans d’obscures chambres d’hôtel meublé, dans d’étroits réduits que ces corps aux riches patines, ces corps talés (4) par les noces, les couches et les maladies, se décortiquent ou s’étirent.
Mais voici du plein air. Une baigneuse de rivière, dans des verdures, remet sa chemise qui plane, ballonnante sur des bras s’arquant haut. Trois villageoises, bestiales et bien découplées, entrent dans une rivière et, le dos courbé, bombant l’énormité de croupes où le soleil s’écrase, ramant l’air de leurs bras simiesquement demi-tendus, s’avancent vers la grande eau, à laborieux pas; sur leurs mollets, un chien-loup halète.
Dans l’œuvre de M. Degas — et de quel autre? – les peaux humaines vivent d’une vie expressive. Les lignes de ce cruel et sagace observateur élucident, à travers les difficultés de raccourcis follement elliptiques, la mécanique de tous les mouvements; d’un être qui bouge, elles n’enregistrent pas seulement le geste essentiel, mais ses plus minimes et lointaines répercussions myologiques (5) : d’où cette définitive unité de dessin. Art de réalisme et qui cependant ne procède pas d’une vision directe : dès qu’un être se sait observé, il perd sa naïve spontanéité de fonctionnement; M. Degas ne copie donc pas d’après nature il accumule sur un même sujet une multitude de croquis où son œuvre puisera une véracité irréfragable; jamais tableaux n’ont moins évoqué la pénible image du « modèle » qui « pose ».
Sa couleur est d’une artificieuse et personnelle maîtrise; il l’extériorisera sur la bariolure turbulente des jockeys, sur les rubans et les lèvres des ballerines; aujourd’hui il la manifeste par des effets étouffés et comme latents, dont le prétexte est pris au roux d’une tignasse, aux plis violâtres d’un linge mouillé, au rose d’une mante pendue, aux irisations acrobatiques roulant au cirque d’une cuvette.
Extraits de Œuvres, Les impressionnistes en 1886, 8e exposition impressionniste du 15 mai au 15 juin, rue Laffitte, 1
(1) en poire (2) femme malpropre (3) état de ce qui est flasque (4) endommagés (5) relatifs aux muscles
A InfoTekArt, j’ai eu la chance d’avoir quelques auteur(e)s externes qui se sont proposé(e)s pour un article ou une critique de livre. Je republie avec plaisir cette note détaillée d’Angèle Paoli sur l’astronomie au féminin.
Yaël Nazé est l’auteur de nombreux ouvrages dont le plus récent, L’astronomie au féminin, vient d’être publié chez Vuibert en mars 2006.
Où suis-je donc là ? Happée, repoussée, je vacille Lumière du dedans Je fascine la lumière L’envers me retourne Je me fonds, je me cogne Je visite les espaces Je m’abime dans la couleur L’espace immobile se craquèle Je rencontre le formel Je glisse sur le noir, Retourne le rouge Flaque incertaine. Échappée mensongère Complice du regard. Le dur verrouille la sortie Le corps rebondit eans l’espace Clôture.
Texte de Do F., inspiré par le vitrail de Geneviève Fourgnaud, église de Via; texte écrit en Atelier de Poésie
Où suis-je donc là ?
Je crée des nuages artificiels
Rouge et noir de colère
Mauritz de Haas : Nocturne with Lighthouse (1880)
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