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Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.


  • réalité

    je vois mon bureau l’écran la vieille fenêtre et sa vitre sale 
    le trait de zinc impuissant à protéger la terre trempée 
    je vois le buis rigide et fort les plates-bandes décharnées 
    qui renaîtront pourtant une femme intrépide le sait 
    je vois l’herbe vert et marron rase et bosselée 
    la mare immuable désertée par les canards 
    plus loin le saut du loup les champs et les forêts 
    je ne vois personne dans tout ce paysage 
    tapis les oiseaux pleurent les corneilles sont lasses 
    les lapins s’emmitouflent le cul blanc apeuré 
    et les sphères de la terre brassée par les taupes 
    dessinent les toits aériens d’un labyrinthe caché 
    puis je vois le ciel gris et noir qui prend toute la place 
    le jeu des ombres sur la terre embrumée 
    la lumière blanche transperce les nuages 
    c’est bien moi le seul homme de cette vie animée 
    je crée cet univers vibrant de mille souffles mêlés 
    qui entrent en moi pour nourrir ma passion 
    plan après plan tout n’est qu’extension 
    je deviens herbe champ oiseau arbre forêt

  • lili la lune là

    Lili regarde
    la lune danse
    pour toi et moi
    la lune est là
    couchée en niche
    la lune vit
    dedans sa mue
    la lune a bu
    fâchée en nage
    la lune à l’houx
    mouille son dos
    la lune à l’eau
    se fout du loup
    la lune lit
    puis se rendort
    la lune luit
    et rit là-haut
    lune qui ment
    jamais faucille
    tu es marteau
    qui frappe les
    douze longs coups
    à la minuit
    fais donc comme elle
    et vit la nuit
    quand il fait noir
    dessous la lune
    les chats sont gris
    et les regrets
    aussi Lili


  • voile transparent

    J’ai vécu ce moment incroyable
    La dernière fois où sa poitrine s’est soulevée
    Je n’aurai jamais imaginé cela
    Et malgré tous nos débats nos conflits
    Malgré surtout l’attente vaine et le non dit
    Un voile gris s’est abattu sur ma vie
    Les gens les objets les paysages ont perdu du relief
    Vivre est devenu un film en sépia
    Où les couleurs ont fondu
    Comme dans un tableau de Turner
    Comment supporter le poids de l’invisible
    Marcher dans un monde sans liesse
    Où le rire se fend
    Où le soleil se rend
    Vous rêvez au ralenti dans des rues inconnues
    Sans savoir où aller
    Parfois vous reconnaissez quelqu’un
    Sans pouvoir lui parler
    Que dire
    La douleur givre et vous pétrifie
    Longtemps la situation sera figée
    Dans cette vie atrophiée
    Puis la renaissance viendra par les sons
    Chaque jour ils seront plus nets et les contours aussi
    Vous marcherez plus vite dans des rues connues
    Aux visages amis vous direz bonjour
    Gaiement sans retenue
    Le voile sera chaque jour plus transparent
    Et enfin un beau matin le soleil est là
    L’invisible n’est pas remplacé
    Il s’est installé dans votre cœur
    Et vous vivez avec lui en lui souriant
    Avec lui se sont éteints
    Les regrets les reproches les jugements
    Il ne reste que l’amour
    Il ne reste en vous
    Que du beau du chaud
    Du doux du lisse et du fluide
    Le temps est une merveilleuse machine
    A magnifier le passé
    Et c’est tant mieux


  • dialogue sur la beauté

    Pourquoi demanda l’homme en regardant le ciel
    Un jour qu’il avait peur des éclairs de feu
    Sans réponse il créa Dieu
    Et Dieu se vengea d’avoir été dérangé
    Il donna à l’homme la haine et l’intolérance
    Et c’est ainsi que les jours de fureur reviennent
    Où les hommes s’entretuent au nom de Dieu
    Dans le sang du sang
    Pour les siècles des siècles
    Mais Dieu donna aussi à l’homme le goût de la beauté
    Si futile dans un monde de survie
    Si utile pour des débats infinis

    Mais pourquoi Dieu a-t-il fait cela

    Le monde doit être bon ou mauvais
    Car il lui faut des règles pour s’organiser
    Mais il n’a pas besoin d’être beau ni laid

    A quoi peut servir la beauté

    Les anciens y voyaient une marque de divinité
    Tout éphèbe était fils d’Apollon dieu des Grecs et des Romains
    Mais pourtant
    Beauté en deçà des Pyrénées laideur au-delà
    Beauté éphémère beauté éternelle
    Pour Hegel elle n’existe même pas à l’état naturel
    Elle est création de l’homme
    Vision fugace dans un œil désoeuvré
    La beauté ne règle rien ne résout rien

    Mais que serais-je sans elle

    Pour moi elle fume elle bouillonne elle explose
    C’est un volcan une irruption
    La beauté c’est mon amphétamine
    Mon graal ma quête ma luxure
    Je lui cours après depuis ma naissance et même avant j’en suis sûr
    Quand je n’étais encore ni homme ni femme
    Dans le ventre fécond de ma mère

    L’ai-je jamais rejoint
    Ai-je jamais fusionné avec elle

    Mais non
    La beauté n’est qu’un désir
    Elle est toujours là à portée de cœur
    Elle court plus vite que moi en minaudant chafouine
    Mais c’est ça que je veux
    Telle sera mon épitaphe sur ma tombe ni belle ni laide

    Il passa sa vie à vouloir la beauté
    Est-elle auprès de lui maintenant

    Nul autre que moi ne répondra
    Et seuls ceux que j’aimais pourront m’interroger


  • allié (neige de plaine)

    la neige n’est pas l’eden
    elle est un autre paysage
    elle n’habille pas elle transforme
    le laid l’inutile l’inconnaissable

    objets éléments souvenirs
    tout se fond dans sa beauté
    l’arbre devient totem la forêt montagne
    la blême prairie un lac infini
    qui vous invite à la mélancolie

    ne cherchez pas de contours connus
    vous avez changé de lieu de siècle
    le temps est à l’envers la modernité enfouie
    il ne reste que l’homme
    face à la nouvelle nature
    froide et chaude une et multiple
    où tout est relié sans rupture

    seule chaîne avec l’horizon de l’au-delà
    esquisse d’éternité dans un grain de flocon
    que le blanc a dessiné d’une seule envolée

    la neige est un allié

    pensez à sa force qui vit en secret
    et quand vous serez seul ici-bas
    cherchez-y l’harmonie du temps qui va
    prenez la dans vos mains et soufflez


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Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025