à la maison
incessantes vagues de vent
poussant et repoussant les frondaisons
comme un balancement
le soir venu sur les carrés de lune
frétillants dans l’eau de la piscine
vol inquiet des chauve-souris
autrefois précédé
par la transe des hirondelles
au trissotement trouant le silence
elles se sont tues maintenant
dans les bourgs
rouge ocre des vieilles maisons
contrastant avec le vert foncé
des persiennes fatiguées
grasses fontaines de pierre
et lavoirs encaissés
sources de gestes millénaires
fins clochers en fer forgé
pour que le mistral passe
en transparence vers le ciel
dans la campagne
petits chênes verts immuables
musclés enchevêtrés
impérissables
qui ont oublié les saisons
contrairement aux lignes
des longues vignes
tableaux impressionnistes
aux teintes rouillées
au détour d’un chemin sec
toujours caillouteux
surprise du chuintement
d’un filet d’eau nerveux
sorti par miracle d’un rocher
parfois même
l’autre miracle
la cascade
sur les collines
tours de signaux en ruine
qui nous rappellent un passé
où il fallait scruter l’horizon
pour survivre
incongrues rangées
de pins noirs exogènes
prêts à exploser
en feu d’artifice
sur la route
en chapelet
les uns après les autres
villages haut perchés
coffres-forts médiévaux
respirant le passé
hantés maintenant
par les nouveaux fantômes
venus d'un autre monde
les touristes
Texte de Luc Fayard


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