Sous une vile calomnie — Tombé, l’esclave de l’honneur ! Plein de vengeance inassouvie Du plomb au sein, la haine au cœur. Ne put souffrir ce cœur unique Les viles trames d’ici-bas, Il se dressa contre la clique. Seul il vécut — seul il tomba. Tué ! Ni larmes, ni louanges Ne ressuscitent du tombeau. Tous vos regrets — plus rien n’y change, Pour lui le grand débat est clos. Un noble don vous pourchassâtes — Unique sous le firmament ! Incendiaires qui soufflâtes Sans trêve sur le feu dormant. Tu as vaincu, humaine lie ! Triomphe ! Ton succès est beau : À terre le divin génie, À terre le divin flambeau ! Son assassin avec aisance Visa — et le destin parla. Le vide cœur bat en cadence Et l’arme ne bronchera pas. Qui est-ce ? Un maître de l’astuce, Pas autre chose qu’un fuyard, Chercheur de titre. Par hasard Il est venu en terre russe. Est plein d’un souriant dédain Pour nos statuts et nos coutumes — Qu’a-t-il compris à sa victime ? A-t-il compris quelle sublime Merveille détruisait sa main ? .............................. Et vous, seigneurs à l’âme basse, De tristes pères tristes rejetons, Vous dont l’orgueil insolemment terrasse Les nobles au grand cœur, les pauvres au grand nom, Vous, foule de mendiants sur l’escalier du trône Serviles assassins et orgueilleux valets, La loi vous couvre, la rumeur vous prône, Tout tremble devant vous, tout ploie et tout se tait. Il est un jugement de Dieu. Ô gent mauvaise, Je te le dis : — il est Un juge dans les cieux. Il note, et trace, et pèse Nos pas, et dits, et faits. Dieu jugera, vos crimes et vos trames Dira — et lèvera son bras. Mais ne pourra laver tout votre sang infâme, Le sang du juste qui tomba.
Дом музей Марины Цветаевой, Бослен, Институт Перевода, 2019 (traduction publiée pour la première fois en 1939)
source du texte : Wikisource


Laisser un commentaire