Les petits ploc de la pluie dans nos flaques noires
rappelleront toujours la nuit des temps.
Cette nuit, personne ne la connaît.
C’est trop haut c’est trop loin,
mais on sait que la pluie
a traversé depuis toujours
un tambour et un alphabet.
[…]
Il faudra bien finir un jour.
Un jour, on ne cherchera plus.
On sera des funambules sans un fil,
dans les bourrasques du Bon Dieu.
Ou dans l’orage de son absence ;
ou n’importe où,
là où on nous aura trouvés.
source : Le Carnet et les Instants
Opus 26 suivi de Je cherche mes mots, Le Taillis Pré, 2026
Une tasse d’étonnement : anthologie (1985–2023), Le Taillis Pré, 2026
Lucien Noullez (1957-2023), poète, diariste et critique littéraire belge, grand amateur de musique
Mon dieu, tirez de moi ce sang d’encre
cette âme poulpe qui me plombe devant
le malheur et si vous n’existez
pas, faites un effort, trouvez le nuage
la plume blanche ou le rire qui
vous donne à vivre.
Je n’ai plus de demeure en moi, mon dieu,
venez dans ce trou
qui m’écorche
dans cette gorge qui m’écroue,
dans la musique qui s’absente,
ou bien ne venez pas
mais laissez votre solitude
verser ma solitude devant vous.
[…]
Qui tracerait la route?
Assieds-toi.
Même dans cette ville les martinets
remuent.
Tu entends des clameurs par la fenêtre
car il fait assez chaud pour vivre.
C’est la nuit. Tu n’es pas seul
ou alors tu es tellement seul
que tu te penches sur la branche
toi, qui ne portes même pas un nom d’oiseau.
Qui parlerait, dans ces rumeurs?
Un train vieux? Une vieille enfance?
Assieds-toi.
Pour apprendre à voler il te manque
une trace.
Assieds-toi.
Sur la table commune, il reste une chanson.
Prends une chaise, mon ami.
source : Des mots et de des notes


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