WEAPONS,
OR WHAT I HAVE TAKEN
IN MY HAND TO SPEAK
WHEN I HAVE NO WORDS
(inspired by T. C. Cannon’s images)
BLACK – Before there was anything else possible. We settled there, not far from the river, at the ragged edge of night. There were no words for eyes or light, or even being. Imagination took its first breath, while we were camped there in the nowhere.
YELLOW – We struck up a conversation. Somebody opened their hands with food. The drum brought forth the language of the earth. An elder woman’s voice urged the stars out of their houses to come dance with us. A young man followed with a new song that brought excitement to the young women wrapped in shawls who were dancing, and brought forth ancestors who danced with us.
RED – Each of us is a wave in the river of humanity. If we break we bleed out. If we move forward together we are bound together by scarlet waters of belief. One side is war. One side feeds the generations. We are bright with the need for life.
GREEN – After winter snow, after you have left, after giving up, after the planting, after letting the horses free to roam, after the loving, after yes, never no. The grasses rise up from the earth to answer the winds in song. After I rise up with this shimmering love to sing.
BLUE – If you really love me sweetheart you would not forsake me here at the dawn of forever. I will always love you, always, sang the sky to eternity. I will meet you there, at the seamless edge of sunrise
ARMES,
OU CE QUE J’AI PRIS
DANS MA MAIN POUR PARLER
QUAND JE N’AI PAS DE MOTS
(Inspiré par les images de T. C. Cannon)
NOIR – Avant que n’importe quoi d’autre fût possible. Nous nous installâmes là, non loin de la rivière, à la bordure fruste de la nuit. Il n’y avait pas de mot pour yeux ou lumière, pas même pour être. L’imagination prit son premier souffle, pendant que nous campions là, dans le nulle part.
JAUNE – Nous engageâmes la conversation. Quelqu’un ouvrit ses mains chargées de nourriture. Le tambour fit paraître le langage de la terre. La voix d’une ancienne implora les étoiles de sortir de leurs maisons pour venir danser avec nous. Un jeune homme prit la suite avec une nouvelle chanson qui fit s’extasier les jeunes femmes enveloppées dans des châles qui dansaient, et paraître les ancêtres qui dansèrent avec nous.
ROUGE – Chacun de nous est une vague dans la rivière de l’humanité. Si nous nous brisons, nous perdons notre sang. Si nous avançons ensemble, nous sommes liés ensemble par les eaux écarlates de la foi. Un côté est la guerre. Un côté nourrit les
générations. Nous resplendissons du besoin de vie.
VERT – Après la neige de l’hiver, après que tu es parti, après avoir abandonné, après la plantation, après avoir laissé les chevaux gambader à leur guise, après l’amour, après oui, jamais non. Les herbes se dressent de la terre pour répondre aux vents en chanson. Après que je me lève avec cet amour chatoyant pour chanter.
BLEU – Si tu m’aimais vraiment mon ange tu ne m’abandonnerais pas ici à l’aube d’à jamais. Je t’aimerai toujours, toujours, chanta le ciel à l’éternité. Je te retrouverai là-bas, au rebord invisible du lever du jour
An American Sunrise (L’Aube américaine), 2019. – Éditions Globe, 2021.
Joy Harjo, membre de la nation muscogee (creek), a été nommée « Poète des États-Unis » par la Bibliothèque du Congrès, trois années de suite de 2019 à 2022.
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Héloïse Esquié.

