Ne vous y trompez pas ! J’aime beaucoup le recueil « Mes forêts » d’Hélène Dorion (2021) qui est un summum de finesse et d’introspection. Le recueil de la poétesse québécoise née en 1958 est donc au programme du bac français cette année ce qui en fait la première femme vivante ainsi honorée. L’intellectuelle, romancière et poétesse mérite sans doute cet hommage mais pourquoi elle? Et comment opérer ce choix qui éclaire tout à coup un auteur? Car il en laisse beaucoup d’autres dans l’ombre en même temps. La poésie d’Hélène Dorion est juste, pointilliste, elle est source d’émotions et d’évocations. Mais je n’irai pas jusqu’à en faire un modèle à disséquer pour nos élèves. Il me semble que de bien plus belles choses ont été écrites avant elle sur la nature et l’homme. Le moindre haïku de Matsuo Bashô en dit plus que les interrogations existentielles d’Hélène Dorion :
Sur le chemin de montagne
le soleil surgit —
parfum de la prune sauvage

Je pense aussi à la reine du tanka moderne, Akiko Yosano (1878-1952), qui évoque la fusion charnelle entre l’être humain et la nature :
Ne parlez pas du chemin,
ne parlez pas de la chasteté,
ici sous les fleurs de printemps
toucher mon corps
est la seule vérité.
Mais bravo quand même à Hélène Dorion et tant mieux pour elle car elle respire l’authenticité et la sensibilité.
