Cerrar podrá mis ojos la postrera
sombra que me llevare el blanco día,
y podrá desatar esta alma mía
hora a su afán ansioso lisonjera;
mas no, de esotra parte en la ribera,
dejará la memoria, en donde ardía:
nadar sabe mi llama el agua fría,
y perder el respeto a ley severa.
Alma, a quien todo un dios prisión ha sido,
venas que humor a tanto fuego han dado,
médulas, que han gloriosamente ardido,
su cuerpo dejará, no su cuidado;
serán ceniza, mas tendrán sentido;
polvo serán, mas polvo enamorado.
Ferme mes yeux la dernière ombre un jour
Qui m’emportera du blanc de la lumière,
Et mon âme alors, libre de son effort,
Pourra s’envoler vers son ardente affaire ;
Mais non, sur l’autre rive, au bord du séjour
Où tout se tait, elle gardera la flamme :
Ma flamme sait nager l’onde glacée,
Et braver la loi la plus sévère en son nom.
Âme qu’un dieu tout entier a prisonnière,
Veines où coule un sang si brûlant,
Moelle où le feu s’est allumé si fort,
Mon corps les quittera, non pas leur tourment:
Elles seront cendre, mais cendre qui sent,
Poussière, mais poussière amoureuse.
Traduction de Claude Esteban
El Parnaso español (Le Parnasse espagnol) (1648).

