
Une silhouette féminine stylisée se découpe par un tracé calligraphique nerveux où une étoffe écarlate contraste violemment avec des aplats d’encre sombre. René Gruau synthétise le mouvement d’un geste épuré hérité de l’estampe, insufflant au dessin de mode une élégance théâtrale et incisive.
j’aurais aimé croiser un soir
cette femme et m’emmitoufler
dans l’écharpe rouge niché
comme un bébé dans son berceau
arborant l’étrange sourire
au dessin si proche lointain
elle m’aurait pincé la joue
de ses doigts gantés de soie noire
enivré d’essence divine
et de frôlements chaleureux
j’aurais enfin fermé les yeux
pour le début d’un amour fou
mais d’un geste d’épaule théatral
la femme dans sa longue robe noire
se serait échappée comme un héron
qui se déhanche sur ses hauts talons
seul laissant à regret s’enfuir
l’écharpe rouge agitée par le vent
j’aurais alors décelé dans la nuit
comme de larges rayures de sang
Texte de Luc Fayard inspiré par l’affiche de René Gruau « Rouge et noir » (1989)

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