Auteur : Jacques Prévert

  • Jacques Prévert : Déjeuner du matin (1946)

    Il a mis le café
    Dans la tasse
    Il a mis le lait
    Dans la tasse de café
    Il a mis le sucre
    Dans le café au lait
    Et il a reposé la tasse
    Sans me parler
    Il a allumé
    Une cigarette
    Il a fait des ronds
    Avec la fumée
    Il a mis les cendres
    Dans le cendrier
    Sans me parler
    Sans me regarder
    Il s’est levé
    Il a mis
    Son chapeau sur sa tête
    Il a mis
    Son manteau de pluie
    Parce qu’il pleuvait
    Et il est parti
    Sous la pluie
    Sans une parole
    Sans me regarder
    Et moi j’ai pris
    Ma tête dans ma main
    Et j’ai pleuré.

    Paroles (1946)

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  • Jacques Prévert : Barbara (1946)

    Rappelle-toi Barbara
    Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
    Et tu marchais souriante
    Épanouie ravie ruisselante
    Sous la pluie
    Rappelle-toi Barbara
    Il pleuvait sans cesse sur Brest
    Et je t’ai croisée rue de Siam
    Tu souriais
    Et moi je souriais de même
    Rappelle-toi Barbara
    Toi que je ne connaissais pas
    Toi qui ne me connaissais pas
    Rappelle-toi
    Rappelle-toi quand même jour-là
    N’oublie pas
    Un homme sous un porche s’abritait
    Et il a crié ton nom
    Barbara
    Et tu as couru vers lui sous la pluie
    Ruisselante ravie épanouie
    Et tu t’es jetée dans ses bras
    Rappelle-toi cela Barbara
    Et ne m’en veux pas si je te tutoie
    Je dis tu à tous ceux que j’aime
    Même si je ne les ai vus qu’une seule fois
    Je dis tu à tous ceux qui s’aiment
    Même si je ne les connais pas
    Rappelle-toi Barbara
    N’oublie pas
    Cette pluie sage et heureuse
    Sur ton visage heureux
    Sur cette ville heureuse
    Cette pluie sur la mer
    Sur l’arsenal
    Sur le bateau d’Ouessant
    Oh Barbara
    Quelle connerie la guerre
    Qu’es-tu devenue maintenant
    Sous cette pluie de fer
    De feu d’acier de sang
    Et celui qui te serrait dans ses bras
    Amoureusement
    Est-il mort disparu ou bien encore vivant
    Oh Barbara
    Il pleut sans cesse sur Brest
    Comme il pleuvait avant
    Mais ce n’est plus pareil et tout est abimé
    C’est une pluie de deuil terrible et désolée
    Ce n’est même plus l’orage
    De fer d’acier de sang
    Tout simplement des nuages
    Qui crèvent comme des chiens
    Des chiens qui disparaissent
    Au fil de l’eau sur Brest
    Et vont pourrir au loin
    Au loin très loin de Brest
    Dont il ne reste rien.

    Paroles (1946)

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  • Jacques Prévert : Chanson de l’oiseleur (1946)

    L’oiseau qui vole si doucement
    L’oiseau rouge et tiède comme le sang
    L’oiseau si tendre l’oiseau moqueur
    L’oiseau qui soudain prend peur
    L’oiseau qui soudain se cogne
    L’oiseau qui voudrait s’enfuir
    L’oiseau seul et affolé
    L’oiseau qui voudrait vivre
    L’oiseau qui voudrait chanter
    L’oiseau qui voudrait crier
    L’oiseau rouge et tiède comme le sang
    L’oiseau qui vole si doucement
    C’est ton cœur jolie enfant
    Ton cœur qui bat de l’aile si tristement
    Contre ton sein si dur si blanc.

    Paroles (1946)

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  • Jacques Prévert : Il Pleut

    Il pleut Il pleut
    Il fait beau
    Il fait du soleil
    Il est tôt
    Il se fait tard
    Il
    Il
    11
    Toujours Il
    Toujours Il qui pleut et qui neige
    Toujours Il qui fait du soleil
    Toujours Il
    Pourquoi pas Elle
    Jamais Elle
    Pourtant Elle aussi
    Souvent se fait belle !

    Paroles (1946)

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  • Jacques Prévert : Je suis comme je suis

    Je suis comme je suis
    Je suis faite comme ça
    Quand j’ai envie de rire
    Oui je ris aux éclats
    J’aime celui qui m’aime
    Est-ce ma faute à moi
    Si ce n’est pas le même
    Que j’aime chaque fois
    Je suis comme je suis
    Je suis faite comme ça
    Que voulez-vous de plus
    Que voulez-vous de moi

    Je suis faite pour plaire
    Et n’y puis rien changer
    Mes talons sont trop hauts
    Ma taille trop cambrée
    Mes seins beaucoup trop durs
    Et mes yeux trop cernés
    Et puis après
    Qu’est-ce que ça peut vous faire
    Je suis comme je suis
    Je plais à qui je plais
    Qu’est-ce que ça peut vous faire

    Ce qui m’est arrivé
    Oui j’ai aimé quelqu’un
    Oui quelqu’un m’a aimée
    Comme les enfants qui s’aiment
    Simplement savent aimer
    Aimer aimer…
    Pourquoi me questionner
    Je suis là pour vous plaire
    Et n’y puis rien changer.

    Paroles (1946)

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