Auteur : Jacques Prévert

  • Jacques Prévert : Alicante (1946)

    Une orange sur la table
    Ta robe sur le tapis
    Et toi dans mon lit
    Doux présent du présent
    Fraîcheur de la nuit
    Chaleur de ma vie.

    Paroles (1946)

    Autres poèmes de Jacques Prévert dans Amavero

  • Jacques Prévert : Les feuilles mortes (1980)

    Oh, je voudrais tant que tu te souviennes,
    Des jours heureux quand nous étions amis,
    Dans ce temps là, la vie était plus belle,
    Et le soleil plus brûlant qu’aujourd’hui.
    Les feuilles mortes se ramassent à la pelle,
    Tu vois je n’ai pas oublié.
    Les feuilles mortes se ramassent à la pelle,
    Les souvenirs et les regrets aussi,
    Et le vent du nord les emporte,
    Dans la nuit froide de l’oubli.
    Tu vois, je n’ai pas oublié,
    La chanson que tu me chantais…

    C’est une chanson, qui nous ressemble,
    Toi qui m’aimais, moi qui t’aimais.
    Nous vivions, tous les deux ensemble,
    Toi qui m’aimais, moi qui t’aimais.
    Et la vie sépare ceux qui s’aiment,
    Tout doucement, sans faire de bruit.
    Et la mer efface sur le sable,
    Les pas des amants désunis.
    Nous vivions, tous les deux ensemble,
    Toi qui m’aimais, moi qui t’aimais.
    Et la vie sépare ceux qui s’aiment,
    Tout doucement, sans faire de bruit.
    Et la mer efface sur le sable,
    Les pas des amants désunis…

    Les feuilles mortes se ramassent à la pelle,
    Les souvenirs et les regrets aussi
    Mais mon amour silencieux et fidèle
    Sourit toujours et remercie la vie
    Je t’aimais tant, tu étais si jolie,
    Comment veux-tu que je t’oublie ?
    En ce temps-là, la vie était plus belle
    Et le soleil plus brûlant qu’aujourd’hui
    Tu étais ma plus douce amie
    Mais je n’ai que faire des regrets
    Et la chanson que tu chantais
    Toujours, toujours je l’entendrai !

    Soleil de nuit (1980) (posthume)

    Autres poèmes de Jacques Prévert dans Amavero

  • Jacques Prévert : Pater noster (1946)

    Notre Père qui êtes aux cieux
    Restez-y
    Et nous nous resterons sur la terre
    Qui est quelquefois si jolie
    Avec ses mystères de New York
    Et puis ses mystères de Paris
    Qui valent bien celui de la Trinité
    Avec son petit canal de l’Ourcq
    Sa grande muraille de Chine
    Sa rivière de Morlaix
    Ses bêtises de Cambrai
    Avec son Océan Pacifique
    Et ses deux bassins aux Tuileries
    Avec ses bons enfants et ses mauvais sujets
    Avec toutes les merveilles du monde
    Qui sont là
    Simplement sur la terre
    Offertes à tout le monde
    Éparpillées
    Émerveillées elles-mêmes d’être de telles merveilles
    Et qui n’osent se l’avouer
    Comme une jolie fille nue qui n’ose se montrer
    Avec les épouvantables malheurs du monde
    Qui sont légion
    Avec leurs légionnaires
    Aves leur tortionnaires
    Avec les maîtres de ce monde
    Les maîtres avec leurs prêtres leurs traîtres et leurs reîtres
    Avec les saisons
    Avec les années
    Avec les jolies filles et avec les vieux cons
    Avec la paille de la misère pourrissant dans l’acier des canons.

    Paroles (1946)

    Autres poèmes de Jacques Prévert dans Amavero

  • Jacques Prévert : Un beau matin (1963)

    Il n’avait peur de personne
    Il n’avait peur de rien
    Mais un matin un beau matin
    Il croit voir quelque chose
    Mais il dit Ce n’est rien
    Et il avait raison
    Avec sa raison sans nul doute
    Ce n’ était rien
    Mais le matin ce même matin
    Il croit entendre quelqu’un
    Et il ouvrit la porte
    Et il la referma en disant Personne
    Et il avait raison
    Avec sa raison sans nul doute
    Il n’y avait personne
    Mais soudain il eut peur
    Et il comprit qu’Il était seul
    Mais qu’Il n’était pas tout seul
    Et c’est alors qu’il vit
    Rien en personne devant lui.

    Histoires (1963)

    Autres poèmes de Jacques Prévert dans Amavero

  • Jacques Prévert : Vous allez voir ce que vous allez voir (1951)

    Une fille nue nage dans la mer
    Un homme barbu marche sur l’eau
    Où est la merveille des merveilles
    Le miracle annoncé plus haut ?

    Paroles (1951)

    Autres poèmes de Jacques Prévert dans Amavero

  • Jacques Prévert : Les enfants qui s’aiment (1951)

    Les enfants qui s’aiment s’embrassent debout
    Contre les portes de la nuit
    Et les passants qui passent les désignent du doigt
    Mais les enfants qui s’aiment
    Ne sont là pour personne
    Et c’est seulement leur ombre
    Qui tremble dans la nuit
    Excitant la rage des passants
    Leur rage, leur mépris, leurs rires et leur envie
    Les enfants qui s’aiment ne sont là pour personne
    Ils sont ailleurs bien plus loin que la nuit
    Bien plus haut que le jour
    Dans l’éblouissante clarté de leur premier amour.

    Spectacle (1951)

    Autres poèmes de Jacques Prévert dans Amavero

  • Jacques Prévert : Complainte du fusillé (1966)

    Ils m’ont tiré au mauvais sort
    par pitié
    J’étais mauvaise cible
    le ciel était si bleu
    Ils ont levé les yeux
    en invoquant leur dieu
    Et celui qui s’est approché
    seul
    sans se hâter
    tout comme eux
    un petit peu a tiré à côté
    à côté du dernier ressort
    à la grâce des morts
    à la grâce de dieu.

    Ils m’ont tiré au mauvais sort
    par les pieds
    et m’ont jeté dans la charrette des morts
    des morts tirés des rangs
    des rangs de leur vivant
    numéroté
    leur vivant hostile à la mort
    Et je suis là près d’eux
    vivant encore un peu
    tuant le temps de mon mal
    tuant le temps de mon mieux.

    Fatras (1966)

    Autres poèmes de Jacques Prévert dans Amavero

  • Jacques Prévert : Déjeuner du matin (1946)

    Il a mis le café
    Dans la tasse
    Il a mis le lait
    Dans la tasse de café
    Il a mis le sucre
    Dans le café au lait
    Et il a reposé la tasse
    Sans me parler
    Il a allumé
    Une cigarette
    Il a fait des ronds
    Avec la fumée
    Il a mis les cendres
    Dans le cendrier
    Sans me parler
    Sans me regarder
    Il s’est levé
    Il a mis
    Son chapeau sur sa tête
    Il a mis
    Son manteau de pluie
    Parce qu’il pleuvait
    Et il est parti
    Sous la pluie
    Sans une parole
    Sans me regarder
    Et moi j’ai pris
    Ma tête dans ma main
    Et j’ai pleuré.

    Paroles (1946)

    Autres poèmes de Jacques Prévert dans Amavero

  • Jacques Prévert : Immense et Rouge (1946)

    Immense et rouge
    Au-dessus du Grand Palais
    Le soleil d’hiver apparaît
    Et disparaît
    Comme lui mon cœur va disparaître
    Et tout mon sang va s’en aller
    S’en aller à ta recherche
    Mon amour
    Ma beauté
    Et te trouver
    Là où tu es.

    Paroles (1946)

    Autres poèmes de Jacques Prévert dans Amavero

  • Jacques Prévert : Le cancre (1946)

    Il dit non avec la tête
    Mais il dit oui avec le cœur
    Il dit oui à ce qu’il aime
    Il dit non au professeur
    Il est debout
    On le questionne
    Et tous les problèmes sont posés
    Soudain le fou rire le prend
    Et il efface tout
    Les chiffres et les mots
    Les dates et les noms
    Les phrases et les pièges
    Et malgré les menaces du maître
    Sous les huées des enfants prodiges
    Avec des craies de toutes les couleurs
    Sur le tableau noir du malheur
    Il dessine le visage du bonheur.

    Paroles (1946)

    Autres poèmes de Jacques Prévert dans Amavero