Artiste : IA
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Vonnegut (Kurt) : Pratiquez n’importe quel art (2006)

En 2006, un professeur d’anglais de lycée a demandé à ses élèves d’écrire à un auteur célèbre pour lui demander conseil. Kurt Vonnegut fut le seul à répondre – et sa réponse est magnifique :
« Cher Lycée Xavier, et Mme Lockwood, et Messieurs Perin, McFeely, Batten, Maurer et Congiusta : Je vous remercie pour vos lettres amicales. Vous savez vraiment comment remonter le moral d’un vieux de 84 ans dans ses dernières années.
(suite…) -
cadavre
il a peut-être rêvé
d’un monde meilleur
grâce à lui
il a peut-être aimé
la gloire et le renom
abattues sur lui
puis sont venues
les difficultés
les compromissions
rien ne se terminait
comme il le voulait
il a senti
le vent tourner
et commencé
à biaiser
roseau pliant
à tous les vents
toutes les excuses
étaient bonnes
pour ne pas faire
ce qu’il fallait
peu à peu
il a courbé le dos
arrondi les angles
tourné le regard
pour ne pas voir
maintenant il a peur
de ce qu’il est devenu
mécréant lâche
et sans force
un être de mots
et de théâtre
l’âme vide
il marche poussiéreux
comme une ombre
sale informe
un cadavre
puant le regret
et ses pas trainants
l’emportent malgré lui
vers le tunnel noirTexte de Luc Fayard illustré par la lithographie « La Source du mal » (1894) de Georges de Feure et par une image IA. La boucle est bouclée ! L’artiste a réalisé cette lithographie après avoir lu les textes du poète (« Les Fleurs du Mal » de Baudelaire) et cette lithographie illustre maintenant un nouveau poème (qui lui-même peut-être inspirera un artiste, par exemple ma copine la violoniste Chantal Hannes qui voudrait le mettre en musique)… Mais entretemps on est passé de la femme fatale au politicien corrompu (deux sujets qui s’accordent finalement !)…
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l'amour la mort
un jour, elle apparut sur la terrasse d’en face
s’installa dans le fauteuil
prit son livre
et ne le quitta plus des yeux jusqu’au soirplongé dans ses propres tourments
il n’avait pas détecté sa présence jusqu’alorsau bout de quelques jours
la routine s’était installée
elle se montrait dans l’après-midi
glissant comme un fantôme dans la chaleur épaisse
trouvait le même coin d’ombre et n’en bougeait plus
la tête légèrement penchée sur le côté
vers les pagesauréolé par la lumière blanche du soleil
il ne pouvait distinguer son visage à contrejour
il l’imaginait jeune et belle triste
cherchant à se consoler dans ses lectures
ou bien à oublierson amant l’avait quittée c’est sûr
et la vie ne possédait plus de sens pour elle
lui-même vivait un désespoir abyssalelle était toujours seule
personne ne venait la voir
seule une vieille servante s’occupait d’ellesolitaire lui aussi
et n’ayant finalement rien d’autre à faire
il la fixait des yeux chaque jour un peu plusmais jamais elle ne fit le moindre geste
signifiant qu’elle avait remarqué son manège
alors il l’aima encore plus fort
un soir où à son habitude
la servante vint la chercher à la tombée de la nuit
il décida de déclarer sa flamme dès le lendemaincette idée l’asphyxia toute la nuit
mais le lendemain elle n’apparut pas
il comprit alors qu’elle était morte et se mit à respirer de plus en plus mal
il mourut dans la journéepar hasard
ils furent enterrés tous les deux cote à cote
au fond du cimetière
contre le vieux mur en pierre rongé par les plantesen quelques mois
le lierre recouvrit les deux tombes
d’un même manteau
comme pour les réunir à jamaisTexte de Luc Fayard illustré par une image IA créée pour ce texte et par Ophelia d’Arthur Hughes, qui est la version publiée dans « Poèmes courts sur des œuvres d’art. Volume 2 : Art moderne et contemporain« , Éditions Amavero, 2024
Hommage à la tombe des frères Van Gogh, à Auvers-sur-Oise
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bonheur fuyant
je vois le bonheur fuyant
devant mon cœur sans un cri
fantomatique zombie
calme serpent ondulantje le sens tout proche là
tapi dans l’ombre sans œuvre
onctueux comme une pieuvre
gros bouddha sibyllin lasil disparaît prestement
avant que je ne l’attrape
fin caméléon satrape
anguille dans le courantl’impie cruel va tanguer
comme un essaim d’alouettes
dessinant la silhouette
d’une ombre secrète et gaiece pur bonheur à portée
se dérobe sous mes doigts
enfantant des tourments froids
infiniment immergéscomme le vent comme l’eau
comme cette chanson triste
pleurée en mer anarchiste
par mille fonds abyssaux
Texte de Luc Fayard illustré par une image IA créée pour ce texte.(en haut) et par un tableau de John Martin The Plains of Heaven, d’où le classement de cette page dans deux catégories: poemes-ia et poemes-art -
fouiller la surface
j’écris pour fouiller la surface indicible
des choses et des gens
dans la sphère de l’invisible
au-delà des mots et des tracesmes mots ne sont pas des mots
ils sont la rencontre improbable
entre l’âme et la beauté
la volonté imparable
de peindre l’indiscernable hybride
de sentiments et d’émotionsje ne sais pas crier
tout juste murmurer
ma sincérité mon désir immanentsje cherche à créer
les rêveries d’un tableau abstrait
le foisonnement d’un paysage de recoins
la larme limpide d’un prélude en do majeur
les cieux aux nuages éclatésje veux décrire
les yeux transparents grand ouverts
la main douce poussant un soupir
la mort amère si attirante
les rages de l’être à tous les âges
les folies de la vie tournisj’écris pour me sauver de mes tourments
stopper leur cycle un moment
les voici suspendus en l’air par mes mots
qui les empêchent de retomberd’un œil je les vois prêts à se ruer sur moi
alors je continue d’écrire en apnée
plongeant toujours plus loin
dans un monde sans finquand j’écris
j’ai peur de mes mots
microscopiques
mais je continue tant pis
porté par un espoir improbable
écharde de bois transocéanique
petit caillou à la fois dense et léger
chassé par le vent
cerf-volant hésitant
après s’être détaché de son fil
et qui tournoie en montantmes mots forment une myriade
de filandres fécondes
plus fortes que la matrice des heures
une kyrielle de notes
frappant les cœurs des bouts du monde
où je ne suis jamais alléj’écris pour lancer des passerelles entre les êtres
lignes de vie d’un bateau cherchant son cap
je ne veux pas d’échelles ni de solutions
je veux des rêves de la vibrationvoile s’évanouissant à l’horizon
mon texte va m’abandonner
ayant gravé en moi un sillage profond
hors de ma vue il vivra à jamaisj’écrirai encore et encore jusqu’à ma mort
et ce jour-là mes mots d’amour et d’or
je les serrerai contre moi
je les emporterai avec moi
qui sait à qui ils pourront profiter
les nuages sauront-ils les aimer ?Texte de Luc Fayard illustré par deux œuvres : une image IA créée pour ce texte et le tableau Dugald, de Lionel Lemoine Fitzgerald
1er prix du concours Amavica 2022 – Mille poètes en Méditerranée – catégorie Prose poétique; réécrit ici en vers libre.
Voir nos deux autres galeries d’art (œuvres seules) : Art contemporain, Art moderne











