
Ce texte (écrit par l’IA puis révisé et complété par Luc Fayard), fournit une synthèse et un état de l’art sur la Stèle nestorienne ou Stèle de Xi’an, également connue sous le nom de « Stèle de la propagation de la religion nestorienne du Da Qin en Chine » (Da Qin ou plus anciennement Ta-Thsin = Empire romain).
L’inscription de cette stèle prouve l’existence de missionnaires chrétiens en Chine au 8e siècle ap. J.-C., soit bien avant l’arrivée des jésuites au 16e siècle.
Cet article renvoie également à une traduction complète en français de l’inscription, issue du travail de Jean-Pierre Guillaume Pauthier (1801-1873) paru en 1857. Une telle traduction complète et lisible pour le grand public est difficilement trouvable en France et constitue un petit événement littéraire en soi.
L’auteur de la Stèle
L’auteur principal du texte de l’inscription en chinois est un prêtre du nom de Adam (en chinois : Jingjing (景淨), un ecclésiastique de l’Église d’Orient.
Rédacteur du texte : Le moine Adam (Jingjing), qui était probablement le métropolite de Beth Sinaye (Chine), a composé la longue inscription en chinois qui retrace l’histoire du christianisme en Chine depuis l’arrivée du premier missionnaire, Alopen, en 635.
Commanditaire/Maître d’œuvre : La stèle a été érigée par une communauté chrétienne assyrienne florissante à Chang’an (aujourd’hui Xi’an) en 781 après J.-C., sous la dynastie Tang.
Détails de son origine, de son matériau, de son auteur et de son emplacement
| Caractéristique | Détail |
| Nom complet | Stèle de la propagation de la Religion lumineuse (Jǐngjiào) du Da Qin (Empire romain) dans l’Empire du Milieu. |
| Date d’érection | 781 ap. J.-C. (dynastie Tang). |
| Lieu d’origine | Chang’an (aujourd’hui Xi’an), capitale de la Chine sous les Tang |
| Lieu actuel | Musée Beilin (« Forêt de Stèles ») à Xi’an, dans la province du Shaanxi (Chine). |
| Matériau | Calcaire ou pierre volcanique noire (haute d’environ 2,79 mètres). |
| Auteur du texte | Le moine de l’Église de l’Orient (nestorienne) nommé Adam (nom chinois : Jingjing 景淨). |
| Contenu | Le texte bilingue, en chinois et en syriaque, retrace l’histoire de l’introduction et de la propagation du christianisme nestorien en Chine (appelé Religion lumineuse) de 635 (arrivée du missionnaire Alopen) à 781. |
Le texte complet en français de l’inscription de la stèle nestorienne
ANNEXES
1/ Pourquoi est-elle « Nestorienne » ?
La stèle est qualifiée de « nestorienne » pour des raisons historiques et théologiques qui la rattachent à une branche spécifique du christianisme :
L’Église d’Orient : La stèle documente l’histoire et la doctrine de l’Église qui s’est implantée en Chine. Cette Église est l’Église de l’Orient, souvent appelée historiquement l’Église nestorienne par les Occidentaux.
La Controverse de Nestorius : L’appellation « nestorienne » vient de Nestorius, évêque de Constantinople au Ve siècle, qui fut accusé d’hérésie et déposé lors du Concile d’Éphèse en 431. La doctrine incriminée portait sur la nature du Christ, où Nestorius distinguait trop nettement les natures divine et humaine du Christ, refusant notamment le titre de « Theotokos » (Mère de Dieu) à la Vierge Marie.
Le Schisme : Suite à cette controverse, les partisans de Nestorius se sont réfugiés principalement dans l’Empire sassanide (Perse), où ils ont développé leur propre tradition. C’est de cette région que sont partis les missionnaires qui ont voyagé le long de la Route de la Soie et ont finalement atteint la Chine en 635, sous la direction du moine Alopen.
En résumé, la stèle est « nestorienne » car elle est le témoignage de l’implantation en Chine d’une communauté chrétienne appartenant à l’Église d’Orient, dont la doctrine était historiquement associée au nestorianisme par l’Église romaine et byzantine. La stèle elle-même appelle la religion « Jingjiao » (景教), ce qui signifie la « Religion lumineuse » ou « Illustre Enseignement » en chinois.
Justification
Stèle Nestorienne : C’est le nom qui indique son contenu et son importance historique/religieuse. C’est le terme qui fait référence à la foi chrétienne de l’Église d’Orient (dite « nestorienne ») qu’elle documente.
Stèle de Xi’an : C’est le nom qui indique sa localisation géographique et sa découverte. La stèle est conservée au Musée de la Forêt de Stèles (Beilin) à Xi’an (l’ancienne Chang’an).
2/ Le mot Dieu a-t-il existé en chinois avant l’arrivée des premiers missionnaires ?
Il est exact que le choix du mot pour désigner le concept chrétien de « Dieu » a été l’une des plus grandes difficultés et sources de controverses pour les missionnaires, notamment les Jésuites au XVIIe siècle. Cependant, affirmer que le mot « Dieu » n’existait pas en chinois avant les Jésuites est une simplification qui mérite d’être nuancée.
Voici une synthèse des concepts et des termes préexistants en chinois, ainsi que leur lien avec la stèle nestorienne :
Les Concepts Chinois Antérieurs à l’Arrivée des Jésuites
Le chinois possédait des concepts pour désigner une entité suprême ou le principe créateur de l’univers, mais ces concepts ne correspondaient pas exactement au Dieu monothéiste chrétien :
Shangdi (上帝) – Le Souverain d’En Haut
Définition : C’est la référence la plus ancienne et la plus haute pour une divinité suprême dans les textes chinois classiques, notamment sous les dynasties Shang et Zhou. Il est l’être suprême qui gouverne le ciel, la nature et le destin des humains et des empereurs.
Utilisation : Ce terme était déjà utilisé pour désigner une force transcendante, mais il était fortement lié au culte impérial et à l’ordre cosmique confucéen, pas à une figure personnelle et unique comme dans le christianisme.
Tian* (天) – Le Ciel
Définition : Souvent traduit par « Ciel », ce terme désigne à la fois le cosmos physique, la puissance régulatrice du destin (la Providence) et, par extension, le pouvoir suprême. Il est un concept central du confucianisme.
Utilisation : Il est plus impersonnel que Shangdi, représentant l’Ordre éternel et le principe moral.
Les Termes Bouddhistes et Taoïstes
D’autres concepts, souvent utilisés par les missionnaires précédents (comme les Nestoriens), existaient pour parler du spirituel et de l’ultime :
Fo (佛) : Terme pour désigner le Bouddha. Il fut un temps utilisé, mais rapidement abandonné car il désignait un être illuminé, pas le Créateur.
Yuanqi (元氣) : L’Énergie Originelle, un concept taoïste.
3/ L’Apport de la Stèle Nestorienne (Jingjiao)
La Stèle de Xi’an (781 ap. J.-C.) fournit la preuve que la question de la terminologie était déjà cruciale six siècles avant les Jésuites.
Le Choix des Nestoriens : Les auteurs de la stèle ont choisi des termes qui tentaient de concilier la doctrine chrétienne avec la pensée chinoise. Pour désigner Dieu, ils ont utilisé le mot Aluohe (阿羅訶), une transcription phonétique de l’araméen Alaha (Dieu), mais l’ont aussi décrit en utilisant la formule « Seigneur véritable sans commencement » ou des expressions proches de Daoya* (la merveilleuse doctrine du Tao).
L’Usage de Jingjiao : La religion elle-même est désignée comme Jingjiao (景教), la « Religion Lumineuse », évitant l’usage de termes trop chargés du bouddhisme ou du taoïsme.
4/ La Grande Controverse des Rites et des Termes
Un débat du XVIIe siècle opposa les missionnaires entre eux (et avec Rome) sur le meilleur mot à utiliser pour dire Dieu:
Les Jésuites (Matteo Ricci) : Ils ont plaidé pour l’utilisation de Shangdi (上帝) et de Tian (天). Leur argument était qu’il fallait baptiser les concepts chinois existants, c’est-à-dire reconnaître que les Chinois avaient déjà une connaissance du vrai Dieu, même si elle était imparfaite.
Leurs Opposants (et Rome) : Ils ont insisté pour que le terme Tianzhu (天主 – « Maître du Ciel ») soit le seul acceptable, car il était moins ambigu et ne pouvait pas être confondu avec un concept polythéiste ou confucéen préexistant.
Finalement, Rome a tranché en faveur de Tianzhu (Maître du Ciel) pour l’usage catholique.
En conclusion, l’absence d’un mot pour désigner Dieu n’était pas celle d’un mot pour une entité suprême, mais l’absence d’un mot qui désignerait le concept chrétien spécifique de Dieu unique et Créateur, sans ambiguïté avec la tradition chinoise. Les missionnaires ont donc dû faire un choix entre adapter un terme ancien (Shangdi) ou en inventer un nouveau (Tianzhu).
5/ Le débat sur l’authenticité de la Stèle de Xi’an
Ce débat a été une controverse majeure dans le passé, mais l’état de l’art actuel (consensus scientifique) penche très fortement vers son authenticité.
Le débat historique : les doutes Les doutes sur l’authenticité de la stèle, découverte vers 1625, sont nés principalement de conflits idéologiques en Europe, plutôt que de preuves archéologiques : L’argument des Jésuites vs. anti-Jésuites : La stèle, qui prouvait l’existence d’une ancienne communauté chrétienne en Chine, servait les intérêts de la mission jésuite en Chine. Leurs adversaires, notamment les Jansénistes et les philosophes des Lumières comme Voltaire, ont attaqué l’authenticité de la stèle pour discréditer les Jésuites et le christianisme en Asie.
- L’angle de Voltaire : Voltaire, en particulier, avait une vision idéalisée de la Chine comme un empire rationnel et non contaminé par la « superstition » chrétienne ; il a donc rejeté l’authenticité de la stèle pour maintenir cette conception.
- Les doutes théologiques : Certains érudits mettaient en question la possibilité que le texte chinois du VIIIe siècle ait pu intégrer de manière si fluide des concepts chrétiens avec des termes bouddhistes et taoïstes (syncrétisme).
- La calligraphie : Des arguments sur le style de la calligraphie chinoise ont également été soulevés, mais sont largement réfutés aujourd’hui.
6/ État de l’art actuel : Consensus
Aujourd’hui, l’immense majorité des sinologues, des historiens et des spécialistes de l’Église d’Orient considère la Stèle de Xi’an comme un document authentique du VIIIe siècle. Les arguments en faveur de son authenticité sont multiples et décisifs :
Analyse du texte : Les travaux érudits approfondis, notamment ceux des sinologues Paul Pelliot et Henri Havret au tournant du XXe siècle, ont définitivement établi la validité des textes.
L’analyse linguistique a confirmé que le style du chinois correspond parfaitement à la période de la dynastie Tang (781 ap. J.-C.).
Le texte est une source primaire irremplaçable sur la doctrine Jingjiao (Religion Lumineuse) et son vocabulaire unique, teinté d’influences bouddhistes et taoïstes, qui serait difficilement l’œuvre d’un faussaire du XVIIe siècle.
Preuves externes : La stèle mentionne de nombreux noms de personnes et de lieux en chinois et en syriaque (la langue liturgique de l’Église d’Orient). Ces noms sont cohérents avec les registres historiques de l’époque.
Découvertes archéologiques : La stèle n’est plus isolée. La découverte des Manuscrits de Dunhuang (fin du XIXe/début du XXe siècle) a mis au jour des textes chrétiens d’Asie centrale de la même période, utilisant la même terminologie que la stèle, consolidant l’existence et la nature de cette communauté chrétienne.
Le contexte historique de l’enfouissement : Il est bien établi qu’elle a été enfouie vers 845 lors d’une persécution anti-bouddhiste (qui visait aussi les chrétiens et d’autres religions étrangères), ce qui explique sa redécouverte seulement au XVIIe siècle.
Conclusion
La stèle est reconnue comme l’une des pièces archéologiques les plus importantes pour la connaissance de l’histoire du christianisme en Chine médiévale et des échanges culturels le long de la Route de la Soie. Le débat sur son authenticité est considéré comme clos dans la communauté scientifique
