Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.
1 556 artistes • 821 auteurs publiés dans Amavero
Citation Amavero du jour
La vérité franchit trois étapes. D’abord, elle est ridiculisée. Ensuite, elle est violemment critiquée. Enfin, elle est acceptée comme… Lire
il pleure souvent dans mon coeur quels yeux quel visage quel front et dans les couleurs quelle audace la lumière blafarde mortuaire et pourtant quel attrait quelle gueule on aimerait bien le rencontrer dans un bar
Texte de Luc Fayard inspiré par Paul Verlaine, d’Eugène Carrrière
elle compte plus de rides sur sa peau cuivrée
que d’années dans son corps voûté
toujours elle baisse les yeux et fronce le nez
sans sourire et sans le faire exprès
le soleil distribue la lumière et l’ombre
sur un visage auréolé
ses fins cheveux gris et ambre
amplifient la force de sa stature
pour elle le temps qui passe et qu’il fait
n’a pas notre valeur hypertrophiée
elle l’a définitivement apprivoisé
derrière ses yeux plissés
aucun mystère n’embaume ta vie close tout est annoncé sans bruit sans effet forcé tu avances sur la route morose où ne subsiste même pas l’ombre opaque de tes pas
dans un dernier souffle qui passe baudruche automate tu marches sur la voie imposée sans arches qui te conduit vers une impasse
comment croire à la valeur de ton âme quand tout clame que tu es de passage tu crois sentir une émotion de partage tu n’es que chimie programmée illusion incontrôlée tu crois renaître d’un passé glorieux tu n’es qu’un fragment du souffle des cieux
sachant la fin écrite dès le commencement quand viendra le moment immanquable où poussière nue mot sans vocable tu accompliras ce dernier saut insignifiant extinction sans éclat éternel d’une infime étincelle ce non-événement
des milliards de fois répété ne sera plus un mystère
pour ton âme hébétée ni pour tes avatars
Image créée par Dall.e pour illustrer le texte de Luc Fayard « trop tard »
Texte de Luc Fayard illustré par une image créée par Dall.e sur ce texte
je suis un nuage nu je nage dans l’azur pur qui susurre sans fin j’erre en troposphère
haut sur terre je délibère des miasmes du temps je souris gentiment caressé par le vent tant aimé expirant sobrement dans mes fils emmêlés lissant mes beaux cheveux filandreux gris cire et bleus
parfois je me fâche et lâche trois gouttes dures sur la terre en murmures de ma peau de pèche j’empêche le soleil de couver mon ventre fécond je me love en veille chatte en rond
dans mes bras d’ouate propriétaires j’abrite de multiples hôtes un aéropage d’oiseaux migrateurs en pause transocéanique fatigués et pinailleurs un éclair débutant qui ne sait pas tonner des bruits prisonniers dont je garde la clé un arc en ciel à libérer selon mon désir et tous les souvenirs en sépia des pays survolés rien n’est plus peuplé qu’un nuage tentaculaire rien n’est plus fugace
je vois tout de haut le laid et le beau je me détends je suis gai mouvant je ris des hommes empêtrés dans leur courte vie enflée si vous saviez
ici tout est lent et long pas de route pas de doute tout est frais et surtout teinté d’opacité
je vois tout de ma hutte en fait chut on ne vous l’a jamais dit vous auriez trop d’émoi osez lever la tête et regardez moi je suis le paradis
Image créée par Dall.e pour illustrer le texte de Luc Fayard « nuage au paradis »
Texte de Luc Fayard illustré par une image IA créée pour ce texte.
Art et Poésie : dernières publications
Tom Thomson : Le Vent d’Ouest (1916)
Mark Hertier : Black and White Cottage (1914)
Mária Geszler-Garzuly : Between the Trees (2025) – porcelaine
Lucien Simon : Le pont du Steir à Quimper (1920)
Aristide Maillol : Femme assise à l’ombrelle (1892)
LEAR Blow, winds, and crack your cheeks! rage! blow! You cataracts and hurricanoes, spout Till you have drench’d our steeples, drown’d the cocks! You sulphurous and thought-executing fires, Vaunt-couriers of oak-cleaving thunderbolts, Singe my white head! And thou, all-shaking thunder, Smite flat the thick rotundity o’ the world! Crack nature’s moulds, all germens spill at once That make ingrateful man!
LEAR Soufflez vents, à crever vos joues ! Faites rage, soufflez, Vous trombes d’eau et déluges, jaillissez Jusqu’à inonder nos clochers, et noyez leurs girouettes ! Vous, sulfureux éclairs prompts comme la pensée, Avant-coureurs de la foudre qui fend le chêne, Brûlez ma tête blanche ! Et toi, tonnerre qui tout ébranle, Aplatis l’épaisse rotondité du monde, Fracasse les moules de la Nature, disperse d’un seul coup tous les germes Qui font l’homme ingrat !
Le Roi Lear (1608), acte III, scène 2. Traduction Jean-Michel Déprats
William Shakespeare : Blow, winds, and crack your cheeks ! Soufflez, vents, à crever vos joues (1608)
Il n’y a rien en nous. Il n’y a personne. Il n’y a en nous qu’une attente sans couleur et sans forme. Elle n’est l’attente d’aucune chose. Elle est en nous comme de l’air mélangé à de l’air. Elle ne ressemble à rien, sinon peut-être à l’extrême pointe d’une lassitude. Cette attente n’a pas toujours été là. Nous n’avons pas toujours été rien, personne. Dans l’enfance nous étions tout et dieu n’était qu’une part infime de nos domaines – quelque chose comme un brin d’herbe dans un pré.
C’est avec la fin de l’enfance que l’attente a commencé. C’est après notre mort que nous avons commencé à attendre.
(1951-2022). Une petite robe de fête. folio/Gallimard, 1991.
Parle laisse tomber une parole Bonjour j’ai dormi tout l’hiver et maintenant je me réveille Parle Une pirogue glisse vers la lumière Une parole légère avance à pleines voiles Le jour a la forme d’un fleuve Sur ses rives brillent les plumes de tes chants Douceur de l’eau dans l’herbe endormie Eau claire voyelles à boire Voyelles parures du front des chevilles Parle Touche la cime d’un silence heureux Et puis ouvre les ailes parle sans cesse Un visage oublié passe Tu passes toi-même allure de vent dans un champ de maïs L’enfance avec ses flèches son idole son figuier Romps les amarres passe avec la tour et le jardin Passent futur et passé L’heure déjà morte et l’heure à tuer Passent des éclairs qui portent dans leur bec des morceaux de temps encore vivant Volées de comètes qui se perdent dans mon front Parle Mouille les lèvres dans la pierre fendue qui jaillit inépuisable Plonge tes bras blancs dans l’eau féconde en prophéties imminentes
Le Tournesol in Condition de nuage (1939-1955) in Liberté sur Parole, nrf/Poésie/Gallimard, 2014. Mexicain (1914-1998). Prix Nobel de littérature en 1990.
Octavio Paz : Source
Camillo Innocenti : Nuit (1913)
Thomas Hart Benton : Night Firing of Tobacco (1943)
Abonnez-vous à La Gazette d’Amavero Entrez votre email et vous recevrez notre newsletter un lundi sur deux : 100% bénévole, gratuit, sans pub, ni spam, ni traqueurs