Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir, à découvrir… pour s’y promener librement.
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Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

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Citation Amavero du jour
Celui qui a compris cette immense simplicité des choses, celui qui a entendu la note unique sous le bruit universel; celui-là possède le… Lire


  • l'amour la mort

    Image Dall.e créée pour ce texte
    Arthur Hughes – Ophelia (1851-1853)

    un jour, elle apparut sur la terrasse d’en face
    s’installa dans le fauteuil
    prit son livre
    et ne le quitta plus des yeux jusqu’au soir

    plongé dans ses propres tourments
    il n’avait pas détecté sa présence jusqu’alors

    au bout de quelques jours
    la routine s’était installée
    elle se montrait dans l’après-midi
    glissant comme un fantôme dans la chaleur épaisse
    trouvait le même coin d’ombre et n’en bougeait plus
    la tête légèrement penchée sur le côté
    vers les pages

    auréolé par la lumière blanche du soleil
    il ne pouvait distinguer son visage à contrejour
    il l’imaginait jeune et belle triste
    cherchant à se consoler dans ses lectures
    ou bien à oublier

    son amant l’avait quittée c’est sûr
    et la vie ne possédait plus de sens pour elle
    lui-même vivait un désespoir abyssal

    elle était toujours seule
    personne ne venait la voir
    seule une vieille servante s’occupait d’elle

    solitaire lui aussi
    et n’ayant finalement rien d’autre à faire
    il la fixait des yeux chaque jour un peu plus

    mais jamais elle ne fit le moindre geste
    signifiant qu’elle avait remarqué son manège
    alors il l’aima encore plus fort

    un soir où à son habitude
    la servante vint la chercher à la tombée de la nuit
    il décida de déclarer sa flamme dès le lendemain

    cette idée l’asphyxia toute la nuit
    mais le lendemain elle n’apparut pas
    il comprit alors qu’elle était morte et se mit à respirer de plus en plus mal
    il mourut dans la journée

    par hasard
    ils furent enterrés tous les deux cote à cote
    au fond du cimetière
    contre le vieux mur en pierre rongé par les plantes

    en quelques mois
    le lierre recouvrit les deux tombes
    d’un même manteau
    comme pour les réunir à jamais

    Texte de Luc Fayard illustré par une image IA créée pour ce texte et par Ophelia d’Arthur Hughes, qui est la version publiée dans « Poèmes courts sur des œuvres d’art. Volume 2 : Art moderne et contemporain« , Éditions Amavero, 2024

    Hommage à la tombe des frères Van Gogh, à Auvers-sur-Oise

  • disco

    Kragethe – Disco

    en ce temps-là
    on s’habillait en couleur
    la musique était folle
    tout était possible
    le sexe le bruit la nuit
    les gens dansaient
    des heures en transe
    dans les discothèques
    au petit matin
    on riait encore
    de ses accoutrements
    pattes d’eph et coiffure afro
    c’était le temps du disco

    Texte de Luc Fayard inspiré par Disco, de Kragethe

  • entrer dans l’eau

    Alexia Rouaud – Dernier bain

    l’entrée dans l’eau de mer
    surtout quand elle est fraîche
    est un rituel très personnel
    on y va franchement
    ou bien en sautillant
    ici on plonge d’emblée
    là on s’accroupit
    c’est un défilé de gestes
    mimiques postures
    pour que s’accordent les fluides
    il y a tous les cris
    toutes les nages
    tous les âges
    le bain c’est la vie

    Texte de Luc Fayard inspiré par Dernier bain, d’Alexia Rouaud

  • envol

    Dary Jullien – L’Envol (2022)

    le souffle rauque du vent
    secouant fleurs et plantes
    le ruissellement crissant de l’eau
    sur la mousse feutrée des pierres
    un mini-cyclone
    dans un jardin secret
    des fils qui s’emmêlent
    en se tortillant
    et pour couronner le tout
    la lumière blanche
    support à l’envoûtement
    de ce fin tourbillon

    Texte de Luc Fayard inspiré par L’Envol, de Dary Jullien

  • ovale

    Sophie Pechère – Les Abysses (2023)

    galets huîtres glands
    formes ovales
    couleurs joyeuses
    tout est pêlemêle
    dehors dedans
    comme l’esprit à la fête
    les hypothèses de vie
    les promesses à tenir
    les chemins à choisir
    pour assembler au mieux
    les éclats du bonheur

    Texte de Luc Fayard, inspiré par Les Abysses, de Sophie Pechère


Art et Poésie : dernières publications

  • Paul Signac : Arbres en fleurs (1896)

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  • Ajouts d’œuvres d’art moderne (Galerie 6)

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  • Roberto Juarroz : Entre tu nombre y el mío (Entre ton nom et le mien)

    Entre tu nombre y el mío
    hay un labio que ha dejado la costumbre de nombrar.

    Entre la soledad y la compañía hay un gesto que no empieza en nadie y termina en todos.

    Entre la vida y la muerte hay unas plantas pisadas por donde nadie ha caminado nunca.

    Entre la voz que pasó y la que vendrá hay una forma callada de la voz en donde todo está de pie.

    Entre la mesa y el vacío hay une línea que es la mesa y el vacío por donde apenas puede caminar el poema.

    Entre el pensamiento y la sangre hay un breve relámpago en donde sobre un punto se sostiene el amor.

    Sobre esos bordes nadie puede ser mucho tiempo, pero tampoco dios, que es otro borde, puede ser dios mucho tiempo.

    Entre ton nom et le mien
    il y a une lèvre qui a perdu l’habitude de nommer.

    Entre la solitude et le monde il y a un geste qui ne commence en personne et se termine en tous.

    Entre la vie et la mort il y a des plantes foulées sur lesquelles personne n’a jamais marché.

    Entre la voix révolue et celle qui viendra il y a une forme silencieuse de la voix où tout est debout.

    Entre la table et le vide il y a une ligne qui est la table et le vide où peut à peine cheminer le poème.

    Entre la pensée et le sang il y a un éclair où sur un point l’amour s’appuie.

    Sur ces bords nul ne peut survivre longtemps, et dieu lui-même, qui est un autre bord, ne peut être dieu longtemps.

    Poésies verticalesI-4. 1958. Traduction de l’espagnol (Argentine) par Ferdinand Verhesen

    Roberto Juarroz : Entre tu nombre y el mío (Entre ton nom et le mien)

  • Anonyme (Texte de la tradition hassidique) : Dieu a créé l’homme parce qu’il aime les histoires

    Quand le grand rabbin Israël Baal Shem-Tov pensait qu’une menace se profilait contre le peuple juif, il avait coutume d’aller concentrer son esprit en un certain lieu du bois; là, il allumait un feu, récitait certaine prière et le miracle s’accomplissait : le danger était écarté.
    Plus tard, quand son disciple, le célèbre Maguid de Nezeritsch, devait implorer le ciel pour les mêmes raisons, il accourait au même endroit et disait : « Maître de l’Univers, écoute-moi. Je ne sais comment allumer le feu, mais je suis encore capable de réciter la prière. » Et le miracle s’accomplissait. Plus tard, le rabbin Mosh-Leib de Sassov allait également au bois pour sauver son peuple, et il disait : « Je ne sais comment allumer le feu, je ne connais pas la prière, mais je peux me placer à l’endroit propice et cela devrait suffire. » Et cela suffisait, et le miracle s’accomplissait. Ensuite, c’est au rabbin Israël de Rizsin qu’il revint d’éloigner la menace. Assis dans son fauteuil, la tête entre les mains, il parlait à Dieu en ces termes : « Je suis incapable d’allumer le feu, je ne connais pas la prière, je ne puis même pas trouver le lieu du bois. Tout ce que je sais faire c’est raconter cette histoire. Cela devrait suffire. » Et cela suffisait. Dieu a créé l’homme parce qu’il aime les histoires.

    Cité par Roberto Juarroz. Poésie et réalité. 1987

    Anonyme (Texte de la tradition hassidique) : Dieu a créé l’homme parce qu’il aime les histoires

  • Max Jacob : Je garde dans la solitude

    Je garde dans la solitude
    comme un pressentiment de toi.
    Tu viens ! et le ciel se déploie,
    la forêt, l’océan reculent.

    Tous deux le soleil nous désigne
    par-dessus la ville et les toits
    les fenêtres renvoient ses lignes
    les fleurs éclatent comme des voix.

    Lorsque ton jardin nous reçoit,
    ta maison prend un air étrange :
    comme un reflet, la véranda nous accueille,
    sourit et change.

    Les arbres ont de grands coups d’ailes
    derrière et devant les buissons.
    La vague, au loin, parallèle,
    se met à briller par frissons.

    Derniers Poèmes. publiés à titre posthume chez Gallimard en 1945

    Max Jacob : Je garde dans la solitude

  • Yannis Ritsos : Nudité du corps

    Une mer robuste,
    d’un bleu profond,
    t’a éclairé le visage.
    Chassés par le soleil,
    tous les morts.

    Les pêcheurs sont passés
    avec des paniers vides.
    La lune palpitait
    sur tes genoux.
    Rien ne séparait plus
    le vide de la plénitude.

    Le temps s’allonge,
    tu t’allonges.
    Ton image immobile
    sur le mur intérieur.

    Cette peur
    d’avoir oublié quelque chose
    que j’aurais dû prendre.
    Et la peur
    qu’une telle immensité
    ne connaisse une fin.

    Erotica. Le mur dans le miroir et autres poèmes. nrf Poésie / Gallimard (extraits).

    Yannis Ritsos : Nudité du corps

  • Édouard Vuillard — À Clayes, un géranium sur une table bleue devant la fenêtre (1932)

    Édouard Vuillard — À Clayes, un géranium sur une table bleue devant la fenêtre (1932)

  • George Bellows — California Headlands (1917)

    George Bellows — California Headlands (1917)

  • Ajouts d’œuvres d’art ancien et classique (Galerie 3)

    Ajouts d’œuvres d’art ancien et classique (Galerie 3)

  • François de Malherbe : Consolation à M. Du Périer sur la mort de sa fille

    Ta douleur, du Périer, sera donc éternelle,
    Et les tristes discours
    Que te met en l’esprit l’amitié paternelle
    L’augmenteront toujours

    Le malheur de ta fille au tombeau descendue
    Par un commun trépas,
    Est-ce quelque dédale, où ta raison perdue
    Ne se retrouve pas ?

    Je sais de quels appas son enfance était pleine,
    Et n’ai pas entrepris,
    Injurieux ami, de soulager ta peine
    Avecque son mépris.

    Mais elle était du monde, où les plus belles choses
    Ont le pire destin ;
    Et rose elle a vécu ce que vivent les roses,
    L’espace d’un matin.

    Puis quand ainsi serait, que selon ta prière,
    Elle aurait obtenu
    D’avoir en cheveux blancs terminé sa carrière,
    Qu’en fût-il advenu?

    Penses-tu que, plus vieille, en la maison céleste
    Elle eût eu plus d’accueil ?
    Ou qu’elle eût moins senti la poussière funeste
    Et les vers du cercueil ?

    Non, non, mon du Périer, aussitôt que la Parque
    Ote l’âme du corps,
    L’âge s’évanouit au deçà de la barque,
    Et ne suit point les morts…

    La Mort a des rigueurs à nulle autre pareilles ;
    On a beau la prier,
    La cruelle qu’elle est se bouche les oreilles,
    Et nous laisse crier.

    Le pauvre en sa cabane, où le chaume le couvre,
    Est sujet à ses lois ;
    Et la garde qui veille aux barrières du Louvre
    N’en défend point nos rois.

    De murmurer contre elle, et perdre patience,
    Il est mal à propos ;
    Vouloir ce que Dieu veut, est la seule science
    Qui nous met en repos.

    François de Malherbe. Poésies, 1599.

    François de Malherbe : Consolation à M. Du Périer sur la mort de sa fille

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Une couverture de la Gazette d'Amavero avec des portraits de Nikolaus, un enfant, et de Barbara, une femme âgée, accompagnés de descriptions artistiques.
Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025