Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir, à découvrir… pour s’y promener librement.
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Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

1 493 artistes • 869 auteurs
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Citation Amavero du jour
Il y a deux sortes de vérité : la vérité simple et la vérité absolue. La vérité simple est le contraire du mensonge. Le contraire de la… Lire


  • sans frontière

    Marie Deloume – Palud – peinture sur zinc

    nulle ligne assurée 
    entre terre et eau
    entre bas et haut
    dans le palud
    pourtant
    à chacun sa substance
    sa texture sa couleur 
    qui se relaient 
    dans le passage invisible 
    du fluide au solide
    dans la prégnance humide 
    d’un paysage à part
    ici vibrent les sens 
    en large palette
    du musqué au salé
    du sec au mouillé
    du silence au bruissement
    du gris noir au gris blanc
    le nez devant le pied 
    l’odeur nous guide
    on la hume 
    perdu dans la nasse
    d »un monde sans barrières
    seule la pluie pourrait
    réunir les matières
    dans la même brume
    soyeuse et mystérieuse
    ainsi va la vie 
    brouillard tenace
    sans frontière 
    entre jour et nuit

    Texte de Luc Fayard, inspiré de Palud, de Marie Deloume – peinture sur zinc

  • la raison du poète

    je crée mes souvenirs
    comme un artiste 
    repeint sa toile
    l’avenir est un élixir 
    mêlant présent et passé

    je ne suis que chimie 
    de pensées programmées
    les mots mentent 
    ils existaient avant moi

    mon cœur s’emballe sans raison 
    vers tous les cardinaux
    j’ai perdu le goût de tout 
    je souris sans passion
    ne contemplant rien d’autre 
    que l’intérieur de moi

    et pourtant je respire j’existe
    mais pour quoi 
    quel peut être le destin 
    d’un grain de sable volant
    au moindre frisson
    du large marin
    les poussières ne peuvent
    se donner la main

    croyant vivre la même aventure
    les hommes s’agglutinent
    flottants dans les mêmes courants tièdes

    la réalité n’a pas de géométrie universelle
    la vérité est un leurre de l’histoire
    l’amour un rêve fatal à l’indépendance
    aveugle j’avance en automate 
    monté sur quel ressort

    ni justice ni compassion
    ni revanche ni haine
    peut-être simplement 
    le désir de beauté
    drapeau blanc surnageant du naufrage
    pic vert coiffant la soucoupe des nuages
    seul chemin vers une transcendance
    qui se passe de l’histoire et des signes
    sans besoin de raison folle
    un chemin sans étoiles
    qui est tout 
    sauf une ligne droite

    Caspar David Friedrich – Le Voyageur contemplant une mer de nuages (1818)


    Diplôme d’Honneur – prix Europoésie – Unicef 2023; parue dans L’Anthologie Europoésie 2023

    Texte de Luc Fayard, illustré par Le Voyageur contemplant une mer de nuages, de Caspar David Friedrich

  • cocon

    Georges Saluterre – Sculpture n° 5475- terre cuite

    grelottant dans le dortoir
    elles s’étaient endormies
    après frôlements
    et cachotteries
    serrées sous les couvertures
    emmitouflées
    elles s’étaient raconté
    pouffant et frissonnant
    des histoires gaies
    de vampires et d’ogres
    puis s’étaient tues
    rêvant à leur maman
    c’est dans ce cocon
    recroquevillées
    que le manteau du sommeil
    les avait recouvertes
    jusqu’à l’aube et sa lumière
    s’il avait gelé dans la nuit nue
    elles seraient statues


    Texte de Luc Fayard, inspiré de Sculpture n°545, de Georges Saulterre (1943-2024) – terre cuite 

    Couverture du livre 'Poèmes courts sur des œuvres d'art, Volume 2 : Art moderne et contemporain' par Luc Fayard, comprenant des illustrations d'œuvres d'art.
    Couverture du livre « Poèmes courts sur des œuvres d’art. Volume 2 : Art moderne et contemporain » – Textes de Luc Fayard – Éditions Amavero – 2024

    Duo œuvre-poème publié dans le beau-livre papier
    Poèmes courts sur des œuvres d’art. Vol. 2 :
    Art moderne et contemporain
    Éditions Amavero, Jouy-en-Josas, 2024
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  • Trois fois murmuré

    Henri Matisse : Le Violoniste (1917), Le Luxe (1907), Portrait de Greta Prozor (1916)(de gauche à droite)

    Je serais ce violoniste
    Qui joue à la fenêtre
    Derrière les volets bleus
    Ma musique monterait jusqu’aux nuages
    Et la tristesse glisserait
    Sur mon costume jusqu’à terre
    Où elle dessinerait une tache de deuil.

    Trois fois murmuré
    Trois fois dessiné
    Trois fois perdu
    Il est là dans mes rêves verts
    Il est là dans les rues violettes
    Il est là dans la vie noire.

    La beauté sortirait à peine de l’eau
    Je viendrais la sécher
    Avec des éponges bleues.
    Je jetterais à ses pieds des bouquets
    Trop vite coupés.
    Et je pleurerais de son parfum évanoui.
    Elle ne bougerait pas,
    Ni statue, ni femme,
    La beauté lointaine sortie de l’eau.

    Trois fois murmuré
    Trois fois dessiné
    Trois fois perdu
    Il est là dans mes rêves verts
    Il est là dans les rues violettes
    Il est là dans la vie noire.

    La souffrance tombait de ses épaules arrondies
    Sa robe de lin décelait les sanglots accumulés
    Elle se taisait et retenait ses mains sur ses cuisses fermées.
    Greta sortie de l’enfance bourgeoise
    S’enferme dans le deuil du désir.

    Trois fois murmuré
    Trois fois dessiné
    Trois fois perdu
    Il est là dans mes rêves verts
    Il est là dans les rues violettes
    Il est là dans la vie noire.

    Texte de Corinne Valleggia, inspiré de trois tableaux d’Henri Matisse : Le Violoniste – Le Luxe – Portrait de Greta Prozor.

  • Gourmont (Rémy de) : La Forêt

    Ô Forêt, toi qui vis passer bien des amants
    Le long de tes sentiers, sous tes profonds feuillages,
    Confidente des jeux, des cris, et des serments,
    Témoin à qui les âmes avouaient leurs orages.

    (suite…)

Art et Poésie : dernières publications

  • Paul Signac : Arbres en fleurs (1896)

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  • Ajouts d’œuvres d’art contemporain (Galerie 8)

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  • John Wood et Paul Harrison : Headstand (1995) – vidéo performance

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  • Ajouts d’œuvres d’art moderne (Galerie 6)

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  • Roberto Juarroz : Entre tu nombre y el mío (Entre ton nom et le mien)

    Entre tu nombre y el mío
    hay un labio que ha dejado la costumbre de nombrar.

    Entre la soledad y la compañía hay un gesto que no empieza en nadie y termina en todos.

    Entre la vida y la muerte hay unas plantas pisadas por donde nadie ha caminado nunca.

    Entre la voz que pasó y la que vendrá hay una forma callada de la voz en donde todo está de pie.

    Entre la mesa y el vacío hay une línea que es la mesa y el vacío por donde apenas puede caminar el poema.

    Entre el pensamiento y la sangre hay un breve relámpago en donde sobre un punto se sostiene el amor.

    Sobre esos bordes nadie puede ser mucho tiempo, pero tampoco dios, que es otro borde, puede ser dios mucho tiempo.

    Entre ton nom et le mien
    il y a une lèvre qui a perdu l’habitude de nommer.

    Entre la solitude et le monde il y a un geste qui ne commence en personne et se termine en tous.

    Entre la vie et la mort il y a des plantes foulées sur lesquelles personne n’a jamais marché.

    Entre la voix révolue et celle qui viendra il y a une forme silencieuse de la voix où tout est debout.

    Entre la table et le vide il y a une ligne qui est la table et le vide où peut à peine cheminer le poème.

    Entre la pensée et le sang il y a un éclair où sur un point l’amour s’appuie.

    Sur ces bords nul ne peut survivre longtemps, et dieu lui-même, qui est un autre bord, ne peut être dieu longtemps.

    Poésies verticalesI-4. 1958. Traduction de l’espagnol (Argentine) par Ferdinand Verhesen

    Roberto Juarroz : Entre tu nombre y el mío (Entre ton nom et le mien)

  • Anonyme (Texte de la tradition hassidique) : Dieu a créé l’homme parce qu’il aime les histoires

    Quand le grand rabbin Israël Baal Shem-Tov pensait qu’une menace se profilait contre le peuple juif, il avait coutume d’aller concentrer son esprit en un certain lieu du bois; là, il allumait un feu, récitait certaine prière et le miracle s’accomplissait : le danger était écarté.
    Plus tard, quand son disciple, le célèbre Maguid de Nezeritsch, devait implorer le ciel pour les mêmes raisons, il accourait au même endroit et disait : « Maître de l’Univers, écoute-moi. Je ne sais comment allumer le feu, mais je suis encore capable de réciter la prière. » Et le miracle s’accomplissait. Plus tard, le rabbin Mosh-Leib de Sassov allait également au bois pour sauver son peuple, et il disait : « Je ne sais comment allumer le feu, je ne connais pas la prière, mais je peux me placer à l’endroit propice et cela devrait suffire. » Et cela suffisait, et le miracle s’accomplissait. Ensuite, c’est au rabbin Israël de Rizsin qu’il revint d’éloigner la menace. Assis dans son fauteuil, la tête entre les mains, il parlait à Dieu en ces termes : « Je suis incapable d’allumer le feu, je ne connais pas la prière, je ne puis même pas trouver le lieu du bois. Tout ce que je sais faire c’est raconter cette histoire. Cela devrait suffire. » Et cela suffisait. Dieu a créé l’homme parce qu’il aime les histoires.

    Cité par Roberto Juarroz. Poésie et réalité. 1987

    Anonyme (Texte de la tradition hassidique) : Dieu a créé l’homme parce qu’il aime les histoires

  • Max Jacob : Je garde dans la solitude

    Je garde dans la solitude
    comme un pressentiment de toi.
    Tu viens ! et le ciel se déploie,
    la forêt, l’océan reculent.

    Tous deux le soleil nous désigne
    par-dessus la ville et les toits
    les fenêtres renvoient ses lignes
    les fleurs éclatent comme des voix.

    Lorsque ton jardin nous reçoit,
    ta maison prend un air étrange :
    comme un reflet, la véranda nous accueille,
    sourit et change.

    Les arbres ont de grands coups d’ailes
    derrière et devant les buissons.
    La vague, au loin, parallèle,
    se met à briller par frissons.

    Derniers Poèmes. publiés à titre posthume chez Gallimard en 1945

    Max Jacob : Je garde dans la solitude

  • Yannis Ritsos : Nudité du corps

    Une mer robuste,
    d’un bleu profond,
    t’a éclairé le visage.
    Chassés par le soleil,
    tous les morts.

    Les pêcheurs sont passés
    avec des paniers vides.
    La lune palpitait
    sur tes genoux.
    Rien ne séparait plus
    le vide de la plénitude.

    Le temps s’allonge,
    tu t’allonges.
    Ton image immobile
    sur le mur intérieur.

    Cette peur
    d’avoir oublié quelque chose
    que j’aurais dû prendre.
    Et la peur
    qu’une telle immensité
    ne connaisse une fin.

    Erotica. Le mur dans le miroir et autres poèmes. nrf Poésie / Gallimard (extraits).

    Yannis Ritsos : Nudité du corps

  • Édouard Vuillard — À Clayes, un géranium sur une table bleue devant la fenêtre (1932)

    Édouard Vuillard — À Clayes, un géranium sur une table bleue devant la fenêtre (1932)

  • George Bellows — California Headlands (1917)

    George Bellows — California Headlands (1917)

  • Ajouts d’œuvres d’art ancien et classique (Galerie 3)

    Ajouts d’œuvres d’art ancien et classique (Galerie 3)

  • François de Malherbe : Consolation à M. Du Périer sur la mort de sa fille

    Ta douleur, du Périer, sera donc éternelle,
    Et les tristes discours
    Que te met en l’esprit l’amitié paternelle
    L’augmenteront toujours

    Le malheur de ta fille au tombeau descendue
    Par un commun trépas,
    Est-ce quelque dédale, où ta raison perdue
    Ne se retrouve pas ?

    Je sais de quels appas son enfance était pleine,
    Et n’ai pas entrepris,
    Injurieux ami, de soulager ta peine
    Avecque son mépris.

    Mais elle était du monde, où les plus belles choses
    Ont le pire destin ;
    Et rose elle a vécu ce que vivent les roses,
    L’espace d’un matin.

    Puis quand ainsi serait, que selon ta prière,
    Elle aurait obtenu
    D’avoir en cheveux blancs terminé sa carrière,
    Qu’en fût-il advenu?

    Penses-tu que, plus vieille, en la maison céleste
    Elle eût eu plus d’accueil ?
    Ou qu’elle eût moins senti la poussière funeste
    Et les vers du cercueil ?

    Non, non, mon du Périer, aussitôt que la Parque
    Ote l’âme du corps,
    L’âge s’évanouit au deçà de la barque,
    Et ne suit point les morts…

    La Mort a des rigueurs à nulle autre pareilles ;
    On a beau la prier,
    La cruelle qu’elle est se bouche les oreilles,
    Et nous laisse crier.

    Le pauvre en sa cabane, où le chaume le couvre,
    Est sujet à ses lois ;
    Et la garde qui veille aux barrières du Louvre
    N’en défend point nos rois.

    De murmurer contre elle, et perdre patience,
    Il est mal à propos ;
    Vouloir ce que Dieu veut, est la seule science
    Qui nous met en repos.

    François de Malherbe. Poésies, 1599.

    François de Malherbe : Consolation à M. Du Périer sur la mort de sa fille

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Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025