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Citation Amavero du jour
Quand un millier de gens croient une histoire inventée un mois durant, ce sont des fake news. Quand un milliard de gens y croient un… Lire


  • grille

    Une œuvre d'art technique mixte représentant des nuances de bleu, avec des silhouettes humaines se tenant sous un parapluie sur un fond abstrait de couleurs et textures, évoquant une ambiance de pluie et de réflexion.
    Cécile Gonne-Victoria – Reflets éphémères instants de beauté (2020)

    la lumière traverse
    la grille de la pluie
    trait d’espoir
    tout se reflète
    se complète
    passé présent futur
    le son rebondit
    en goutte à goutte
    sur la flaque
    le cœur s’arrime
    à la transparence
    les portes de la vie
    se sont ouvertes

    Texte de Luc Fayard inspiré par Reflets éphémères instants de beauté, de Cécile Gonne Victoria;
    Toile technique mixte 80×80 cm : collage de photos originales de Cécile peinture, pigments, encres, medium et résine.


  • blonde cavalière mongole

    Anne-Laure Baron-Siou – Blonde cavalière mongole

    je suis la blonde cavalière mongole
    et je vais gagner la course du Nadaam
    la fête aux deux mille chevaux
    je m’envolerai sur mon petit étalon
    qui ne craint ni les loups gris
    ni le creux des vallées sombres
    ni le hurlement des fouets
    ni le sifflement des serpents

    personne ne pourra nous rattraper
    sur les trente kilomètres de course
    car je suis l’air et la vitesse
    je suis l’arc et la flèche
    je suis le vent de la steppe
    et je me fondrai dans son souffle

    restée au village ma mère prie les esprits
    pour qu’ils libèrent ma route et guident mes pas
    ne faites pas confiance à mon sourire timide
    je suis celle qui ne pardonne rien
    depuis que j’ai deux ans
    père et grand-père m’entraînent tous les jours
    qu’il vente ou qu’il neige
    avec mes frères et mes sœurs
    garçons et filles mélangés qu’importe
    que le meilleur gagne
    il portera nos couleurs
    et ce fut moi l’enfant sauvage

    je connais tout du cheval et de la course
    que les autres s’approchent
    avec leurs espoirs vains leurs muscles inutiles
    leurs cravaches et leurs rictus
    ils ne peuvent rien contre nous deux
    toi ton dos fort court et droit
    moi mes reins souples et mes jambes d’acier
    et ma main que tu connais par coeur
    cheval mon frère nous ne ferons qu’un
    notre corps à corps comme une musique
    battra le rythme millénaire de la terre

    et quand j’aurai remporté le trophée « tumny ekh »
    moi l’imparable déesse pubère
    la Mongolie entière clamera mon nom
    et celui de ma tribu
    pour la nuit des temps

    j’ai dit

    Texte de Luc Fayard inspiré d’une photo de Anne-Laure Baron Siou et , également, mis en musique et interprété par Clémentine Ebert et son groupe de rock La Forêt -The Band (publication a venir). Poème publié dans le recueil elle joue la nuit , Éditions Amavero, 2023


  • oublier le temps

    tu sens le temps vibrer en toi 
    comme un moteur chaud
    à soubresauts incontrôlables
    ni horloge ni comptable
    et toujours à contre-temps

    c’est comme si
    au lieu de frémir
    l’eau courait tel un zèbre
    qui se tortille et se cabre
    au lieu d’aimer
    le cœur emballé froissait
    les souvenirs pêle-mêle
    dans un grand tintamarre
    au lieu de s’élever dans le ciel
    le nuage aplatissait sur l’horizon
    ses formes alanguies

    c’est comme si
    au lieu de pousser la vie
    le vent jouait avec les feuilles
    pour les énerver
    et ça monte et ça descend
    et ça part en vrille
    comme le fait ton âme 
    avec tes sentiments
    coincés dans la grille
    de tes préjugés

    le temps maître de l’univers
    implose sans bruit
    noircit comme un orage fou
    fuit avec la pluie
    se lisse comme un enduit mou

    tu es pris au piège 
    de l’avant-après
    rien n’existe sans lui
    même pas la poésie
    ni la mémoire

    tu voudrais l’arrêter 
    profiter de l’instant magique
    il te glisse entre les doigts
    tu voudrais avancer
    franchir une étape
    il te bloque sans préambule
    à un carrefour cornélien
    où tu resteras interdit
    prisonnier de ton petit corps
    dans l’interminable indécis
    qui va de la vie à la mort

    n’écoute pas 
    les faux maîtres du temps
    gourous plus naïfs que toi
    vendeurs de vent
    la solution existe 
    intime et fluide
    fais silence 
    entre au fond de toi
    ne pense plus à rien 
    respire
    et quand tout sera 
    calme et serein
    tu auras oublié le temps

    Ethel Walker – Silence of the Ravine (1916)

    Texte de Luc Fayard illustré par Silence of the Ravine, d’Ethel Walker.
    NDLR : Une femme nue pour illustrer la contrainte du temps et la nécessité de s’en libérer… Il y a dans ce tableau un calme intemporel, une attitude de contemplation, de libération, de pause dans le temps, de beauté pure….


  • Forough Farrokhzâd : Le péché

    J’ai pêché, pêché dans le plaisir,
    dans des bras chauds et enflammés,
    j’ai pêché dans des bras de fer,
    brûlants et rancuniers.

    Dans ce lieu solitaire, sombre et muet,
    ses yeux remplis de mystère j’ai regardé,
    mon coeur dans ma poitrine, impatiemment a tremblé,
    des supplications de désirs de ses yeux.

    Dans ce lieu solitaire, sombre et muet,
    je me suis assise près de lui, agitée,
    sa lèvre, l’envie, sur mes lèvres a versée,
    de la tristesse de mon coeur fou, je me suis libérée.

    A l’oreille, l’histoire d’amour, je lui ai racontée,
    je te veux mon amant,
    je te veux, toi dont les bras sont vivifiants,
    je te veux, toi mon amoureux fou.

    Le désir alluma le feu dans son regard,
    le vin rouge dansa dans le verre,
    mon corps sur le lit doux,
    dans l’ivresse trembla sur sa poitrine.

    J’ai pêché dans le plaisir,
    près d’un corps tremblant et évanoui,
    Dieu! Je ne sais ce que j’ai fait,
    dans ce lieu solitaire, sombre et muet…

    Portrait en noir et blanc d'une jeune femme avec des cheveux foncés, portant une blouse à rayures et regardant directement l'objectif.
    Portrait of Forough Farrokhzad, from amordadnews.com, 2021

    Forough Farrokhzâd, poétesse iranienne,  1935 – 1967

    Autres textes de Forough Farrokzâd


  • Federico Garcia-Lorca : Yo pronuncio tu nombre / Je prononce ton nom

    Yo pronuncio tu nombre
    En las noches oscuras
    Cuando vienen los astros
    A beber en la luna
    Y duermen los ramajes
    De las frondas ocultas.
    Y yo me siento hueco
    De pasión y de música.
    Loco reloj que canta
    Muertas horas antiguas.

    Yo pronuncio tu nombre,
    En esta noche oscura,
    Y tu nombre me suena
    Más lejano que nunca.
    Más lejano que todas las estrellas
    Y más doliente que la mansa lluvia.

    ¿Te querré como entonces
    Alguna vez? ¿Qué culpa
    Tiene mi corazón?
    Si la niebla se esfuma
    ¿Qué otra pasión me espera?
    ¿Será tranquila y pura?
    ¡¡Si mis dedos pudieran
    Deshojar a la luna!!

    (Granada, 10 de noviembre de 1919)

    Je prononce ton nom
    Pendant les nuits obscures,
    Lorsque les astres viennent
    S’abreuver à la lune
    Et que dorment les branches
    Des frondaisons cachées.
    Et je me sens miné
    D’amour et de musique.
    Folle montre qui chante
    De vieilles heures mortes  !

    Je prononce ton nom
    Dans cette nuit obscure
    Et ton nom me paraît
    Plus lointain que jamais.
    Plus lointain que toutes les étoiles
    Et plus dolent que la pluie docile.

    T’aimerai-je comme hier
    De nouveau ? Quelle faute
    Mon cœur a-t-il commise ?
    Si se lève la brume,
    Quel autre amour m’attend ?
    Sera-t-il calme et pur ?
    Que ne peuvent mes doigts
    Ah ! effeuiller la lune !

    (Grenade, 10 novembre 1919)

    Federico García Lorca : Je prononce ton nom / Yo pronuncio tu nombre
    Traduction ; Lionel-Édouard Martin



Art et Poésie : dernières publications

  • Mária Geszler-Garzuly : Between the Trees (2025) – porcelaine

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  • Lucien Simon : Le pont du Steir à Quimper (1920)

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  • Aristide Maillol : Femme assise à l’ombrelle (1892)

    Aristide Maillol : Femme assise à l’ombrelle (1892)

  • William Shakespeare : Blow, winds, and crack your cheeks ! Soufflez, vents, à crever vos joues (1608)

    LEAR
    Blow, winds, and crack your cheeks! rage! blow!
    You cataracts and hurricanoes, spout
    Till you have drench’d our steeples, drown’d the cocks!
    You sulphurous and thought-executing fires,
    Vaunt-couriers of oak-cleaving thunderbolts,
    Singe my white head! And thou, all-shaking thunder,
    Smite flat the thick rotundity o’ the world!
    Crack nature’s moulds, all germens spill at once
    That make ingrateful man!

    LEAR
    Soufflez vents, à crever vos joues ! Faites rage, soufflez,
    Vous trombes d’eau et déluges, jaillissez
    Jusqu’à inonder nos clochers, et noyez leurs girouettes !
    Vous, sulfureux éclairs prompts comme la pensée,
    Avant-coureurs de la foudre qui fend le chêne,
    Brûlez ma tête blanche ! Et toi, tonnerre qui tout ébranle,
    Aplatis l’épaisse rotondité du monde,
    Fracasse les moules de la Nature, disperse d’un seul coup tous les germes
    Qui font l’homme ingrat !

    Le Roi Lear (1608), acte III, scène 2. Traduction Jean-Michel Déprats

    William Shakespeare : Blow, winds, and crack your cheeks ! Soufflez, vents, à crever vos joues (1608)

  • Alphonse Osbert : Le Soir sur le lac (1895)

    Alphonse Osbert : Le Soir sur le lac (1895)

  • Christian Bobin : Il n’y a rien en nous (1991)

    Il n’y a rien en nous. Il n’y a personne. Il n’y a en nous qu’une attente sans couleur et sans forme. Elle n’est l’attente d’aucune chose. Elle est en nous comme de l’air mélangé à de l’air. Elle ne ressemble à rien, sinon peut-être à l’extrême pointe d’une lassitude. Cette attente n’a pas toujours été là. Nous n’avons pas toujours été rien, personne. Dans l’enfance nous étions tout et dieu n’était qu’une part infime de nos domaines – quelque chose comme un brin d’herbe dans un pré.

    C’est avec la fin de l’enfance que l’attente a commencé. C’est après notre mort que nous avons commencé à attendre.

    (1951-2022). Une petite robe de fête. folio/Gallimard, 1991.

    Christian Bobin : Il n’y a rien en nous (1991)

  • Francis Ponge : Le Chêne (1942)

    Francis Ponge : Le Chêne (1942)

  • Octavio Paz : Source

    Parle laisse tomber une parole
    Bonjour j’ai dormi tout l’hiver et maintenant je me réveille
    Parle
    Une pirogue glisse vers la lumière
    Une parole légère avance à pleines voiles
    Le jour a la forme d’un fleuve
    Sur ses rives brillent les plumes de tes chants
    Douceur de l’eau dans l’herbe endormie
    Eau claire voyelles à boire
    Voyelles parures du front des chevilles
    Parle
    Touche la cime d’un silence heureux
    Et puis ouvre les ailes parle sans cesse
    Un visage oublié passe
    Tu passes toi-même allure de vent dans un champ de maïs
    L’enfance avec ses flèches son idole son figuier
    Romps les amarres passe avec la tour et le jardin
    Passent futur et passé
    L’heure déjà morte et l’heure à tuer
    Passent des éclairs qui portent dans leur bec des morceaux de temps encore vivant
    Volées de comètes qui se perdent dans mon front
    Parle
    Mouille les lèvres dans la pierre fendue qui jaillit inépuisable
    Plonge tes bras blancs dans l’eau féconde en prophéties imminentes

    Le Tournesol in Condition de nuage (1939-1955) in Liberté sur Parole, nrf/Poésie/Gallimard, 2014.
    Mexicain (1914-1998). Prix Nobel de littérature en 1990.

    Octavio Paz : Source

  • Camillo Innocenti : Nuit (1913)

    Camillo Innocenti : Nuit (1913)

  • Thomas Hart Benton : Night Firing of Tobacco (1943)

    Thomas Hart Benton : Night Firing of Tobacco (1943)

  • Andrew Wyeth : Pennsylvania Landscape (1941) – tempera sur panneau

    Andrew Wyeth : Pennsylvania Landscape (1941) – tempera sur panneau

  • Pablo Neruda : Entrada à a la madera / Entrée dans le bois (1935)

    Con mi razón apenas, con mis dedos,
    con lentas aguas lentas inundadas,
    caigo al imperio de los nomeolvides,
    a una tenaz atmósfera de luto,
    a una olvidada sala decaída,
    a un racimo de tréboles amargos.

    Caigo en la sombra, en medio
    de destruidas cosas,
    y miro arañas, y apaciento bosques
    de secretas maderas inconclusas,
    y ando entre húmedas fibras arrancadas
    al vivo ser de substancia y silencio.

    Dulce materia, oh rosa de alas secas,
    en mi hundimiento tus pétalos subo
    con pies pesados de roja fatiga,
    y en tu catedral dura me arrodillo
    golpeándome los labios con un ángel.

    Es que soy yo ante tu color de mundo,
    ante tus pálidas espadas muertas,
    ante tus corazones reunidos,
    ante tu silenciosa multitud.

    Soy yo ante tu ola de olores muriendo,
    envueltos en otoño y resistencia:
    soy yo emprendiendo un viaje funerario
    entre tus cicatrices amarillas:
    soy yo con mis lamentos sin origen,
    sin alimentos, desvelado, solo,
    entrando oscurecidos corredores,
    llegando a tu materia misteriosa.

    Veo moverse tus corrientes secas,
    veo crecer manos interrumpidas,
    oigo tus vegetales oceánicos
    crujir de noche y furia sacudidos,
    y siento morir hojas hacia adentro,
    incorporando materiales verdes
    a tu inmovilidad desamparada.

    Poros, vetas, círculos de dulzura,
    peso, temperatura silenciosa,
    flechas pegadas a tu alma caída,
    seres dormidos en tu boca espesa,
    polvo de dulce pulpa consumida,
    ceniza llena de apagadas almas,
    venid a mi, a mi sueño sin medida,
    caed en mi alcoba en que la noche cae
    y cae sin cesar como agua rota,
    y a vuestra vida, a vuestra muerte asidme,
    a vuestros materiales sometidos,
    a vuestras muertas palomas neutrales,
    y hagamos fuego, y silencio, y sonido,
    y ardamos, y callemos, y campanas.

    Avec ma seule raison, avec mes doigts,
    avec de lentes eaux lentes inondées,
    je tombe au royaume des myosotis,
    à une tenace atmosphère de deuil,
    à une salle oubliée, déchue,
    à une grappe de trèfles amers.

    Je tombe dans l’ombre, au milieu
    de choses détruites,
    et je regarde des araignées, et je broute des forêts
    de bois secret, secret,
    et je marche parmi des fibres mouillées
    vécues par le cœur vivant de la sève et du silence.

    Matière douce, ô rose de branches sèches,
    dans mes larmes je m’enfonce dans ton sol
    avec des pieds lourds d’une rouge fatigue,
    et dans ta cathédrale dure je m’agenouille
    en me frappant les lèvres avec un ange.

    C’est que c’est moi devant ta couleur de monde,
    devant tes pâles épées mortes,
    devant tes cœurs réunis,
    devant ta silencieuse multitude.

    C’est moi entreprenant un voyage funéraire
    parmi tes cicatrices jaunes :
    c’est moi avec mes lamentos sans origine,
    sans aliments, éveillé, seul,
    entrant dans des couloirs obscurcis,
    arrivant à ta matière mystérieuse.

    Je vois se mouvoir tes courants secs,
    je vois grandir des mains interrompues,
    j’entends tes végétaux océaniques
    crisser de nuit et de fureur secoués,
    et je sens mourir des feuilles vers l’intérieur,
    incorporant des matières vertes
    à ton immobilité désemparée.

    Pores, veines, cercles de douceur,
    poids, température silencieuse,
    flèches collées à ton âme déchue,
    êtres endormis dans ta bouche épaisse,
    poussière de douce moelle consumée,
    cendre pleine d’âmes éteintes,
    venez à moi, à mon rêve démesuré,
    tombez dans mon alcôve où la nuit tombe
    et tombe sans cesse comme une eau brisée,
    et à votre vie, à votre mort agrippez-moi,
    à vos matériaux soumis, à vos inutiles colombes mortes,
    et faisons feu, et silence, et son,
    et flambons, et silence, et carillon.

    (1904-1973). Residencia en la Tierra. Ediciones del Árbo, 1935
    Traduction de Guy Suarès (sauf pour le mot « crujir » remplacé par Luc Fayard par le mot « crisser »)

    Pablo Neruda : Entrada à a la madera / Entrée dans le bois (1935)

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Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025