Blog « Fleureter »
Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir, à découvrir… pour s’y promener librement.
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Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

La Fondation Carmignac (ïle de Porquerolles) a une collection permanente d’art contemporain et organise régulièrement des expos.
Eté 2025 : sous le slogan « Vertigo » une série d’œuvres pour la plupart de grandes signatures pour célébrer les thèmes comme « Troubles, Flottements » ou encore « L’Horizon des Événements » ou « Le Seuil, le Mirage et l’Abime »…
Bref on s’y perd, on s’y noie, on d’y délecte…
Une des expos les plus envoûtantes que j’ai jamais visitées.
Et bravo au commissaire Matthieu Poirier qui est à l’origine du choix des œuvres et a aidé à leur prêt.
Visitez ma galerie ci-dessous.

C’est un jeu littéraire et pourquoi pas un exercice de poésie : une écriture semi-automatique à partir des 150 mots les plus utilisés dans les 450 poèmes publiés à ce jour par Amavero, utilisés dans l’ordre décroissant de leur fréquence. Ils sont mis en gras dans le texte. Cliquez sur un mot pour afficher les poèmes qui l’utilisent.
le temps est à l’œuvre dans les cœurs
les jours du monde éclairent les mots du ciel
la lumière de tes yeux crée du vent dans la nuit
l’amour est un rêve un mystère
où les mains de la terre
attrapent des couleurs de mélancolie
le sourire dessine un soleil dans les nuages
et des ombres dans le paysage de la beauté
les chemins des oiseaux comme ceux des enfants
révèlent entre les arbres longs
le silence du souffle
rempli de sens et de musique
le souvenir du corps
un soir où se forme la pluie
oublie le sable
où l’on respirait le bruit du bonheur
sans pensée et sans peur
la lune est triste
où est la joie de la nature
où sont ses secrets
ses pleurs recouvrent les portes
de la peau qui frémit d’envie
la joue rougit à l’horizon
la pierre de brume ouvre un désir d’espace
dans le rythme du chant
le vide résonnera sur les murs
et l’herbe cherchera son destin
dans l’univers infini
il faut hisser la voile
lancer les notes du savoir
croiser les doigts
donner de la voix pour exister
comme des fleurs d’éternité
il faut rire
la voie de la vérité est en marche
les gestes du marin sur la plage
peuplent un désert de cris
où l’esprit cherche sa place
l’invisible maison au calme
enferme dans l’attente sa peine
et ses objets pleins de poésies
le visage du présent est une tombe
dans la grâce de l‘instant de poussière
il faut regarder l’océan illustre
la montagne lourde de sentiments
et sa vie de nostalgie rose sang
il faut partir
avec la force du bateau
imaginer ses pieds sur la route
des soupirs et des vagues
que rien n’arrête
pas même le futur
Il faut parler
des sons et des faces de l’automne
qui viendra sans histoire
dans tes cheveux comme une larme
et tu cherches
une heure au hasard de l’horloge
une âme fière dans le manteau de ta mère
une ronde sombre dans l’écume
la chaleur d’une folie sans odeur
la douceur du bleu dans les grains de l’harmonie
et l’espoir dans les feuilles et les frondaisons
où se cachent les étoiles perdues
Texte de Luc Fayard écrit avec les 150 mots les plus utilisés dans les poèmes d’Amavero, par ordre décroissant de fréquence.
NDLR: ainsi « temps » a été utilisé 142 fois dans 94 poèmes et « fenêtres » 10 fois dans 9 poèmes




Roberto Juarroz : Entre tu nombre y el mío (Entre ton nom et le mien)
Entre tu nombre y el mío
hay un labio que ha dejado la costumbre de nombrar.
Entre la soledad y la compañía hay un gesto que no empieza en nadie y termina en todos.
Entre la vida y la muerte hay unas plantas pisadas por donde nadie ha caminado nunca.
Entre la voz que pasó y la que vendrá hay una forma callada de la voz en donde todo está de pie.
Entre la mesa y el vacío hay une línea que es la mesa y el vacío por donde apenas puede caminar el poema.
Entre el pensamiento y la sangre hay un breve relámpago en donde sobre un punto se sostiene el amor.
Sobre esos bordes nadie puede ser mucho tiempo, pero tampoco dios, que es otro borde, puede ser dios mucho tiempo.
Entre ton nom et le mien
il y a une lèvre qui a perdu l’habitude de nommer.
Entre la solitude et le monde il y a un geste qui ne commence en personne et se termine en tous.
Entre la vie et la mort il y a des plantes foulées sur lesquelles personne n’a jamais marché.
Entre la voix révolue et celle qui viendra il y a une forme silencieuse de la voix où tout est debout.
Entre la table et le vide il y a une ligne qui est la table et le vide où peut à peine cheminer le poème.
Entre la pensée et le sang il y a un éclair où sur un point l’amour s’appuie.
Sur ces bords nul ne peut survivre longtemps, et dieu lui-même, qui est un autre bord, ne peut être dieu longtemps.
Poésies verticalesI-4. 1958. Traduction de l’espagnol (Argentine) par Ferdinand Verhesen
Anonyme (Texte de la tradition hassidique) : Dieu a créé l’homme parce qu’il aime les histoires
Quand le grand rabbin Israël Baal Shem-Tov pensait qu’une menace se profilait contre le peuple juif, il avait coutume d’aller concentrer son esprit en un certain lieu du bois; là, il allumait un feu, récitait certaine prière et le miracle s’accomplissait : le danger était écarté.
Plus tard, quand son disciple, le célèbre Maguid de Nezeritsch, devait implorer le ciel pour les mêmes raisons, il accourait au même endroit et disait : « Maître de l’Univers, écoute-moi. Je ne sais comment allumer le feu, mais je suis encore capable de réciter la prière. » Et le miracle s’accomplissait. Plus tard, le rabbin Mosh-Leib de Sassov allait également au bois pour sauver son peuple, et il disait : « Je ne sais comment allumer le feu, je ne connais pas la prière, mais je peux me placer à l’endroit propice et cela devrait suffire. » Et cela suffisait, et le miracle s’accomplissait. Ensuite, c’est au rabbin Israël de Rizsin qu’il revint d’éloigner la menace. Assis dans son fauteuil, la tête entre les mains, il parlait à Dieu en ces termes : « Je suis incapable d’allumer le feu, je ne connais pas la prière, je ne puis même pas trouver le lieu du bois. Tout ce que je sais faire c’est raconter cette histoire. Cela devrait suffire. » Et cela suffisait. Dieu a créé l’homme parce qu’il aime les histoires.
Cité par Roberto Juarroz. Poésie et réalité. 1987
Max Jacob : Je garde dans la solitude
Je garde dans la solitude
comme un pressentiment de toi.
Tu viens ! et le ciel se déploie,
la forêt, l’océan reculent.
Tous deux le soleil nous désigne
par-dessus la ville et les toits
les fenêtres renvoient ses lignes
les fleurs éclatent comme des voix.
Lorsque ton jardin nous reçoit,
ta maison prend un air étrange :
comme un reflet, la véranda nous accueille,
sourit et change.
Les arbres ont de grands coups d’ailes
derrière et devant les buissons.
La vague, au loin, parallèle,
se met à briller par frissons.
Derniers Poèmes. publiés à titre posthume chez Gallimard en 1945
Yannis Ritsos : Nudité du corps
Une mer robuste,
d’un bleu profond,
t’a éclairé le visage.
Chassés par le soleil,
tous les morts.
Les pêcheurs sont passés
avec des paniers vides.
La lune palpitait
sur tes genoux.
Rien ne séparait plus
le vide de la plénitude.
Le temps s’allonge,
tu t’allonges.
Ton image immobile
sur le mur intérieur.
Cette peur
d’avoir oublié quelque chose
que j’aurais dû prendre.
Et la peur
qu’une telle immensité
ne connaisse une fin.
Erotica. Le mur dans le miroir et autres poèmes. nrf Poésie / Gallimard (extraits).



François de Malherbe : Consolation à M. Du Périer sur la mort de sa fille
Ta douleur, du Périer, sera donc éternelle,
Et les tristes discours
Que te met en l’esprit l’amitié paternelle
L’augmenteront toujours
Le malheur de ta fille au tombeau descendue
Par un commun trépas,
Est-ce quelque dédale, où ta raison perdue
Ne se retrouve pas ?
Je sais de quels appas son enfance était pleine,
Et n’ai pas entrepris,
Injurieux ami, de soulager ta peine
Avecque son mépris.
Mais elle était du monde, où les plus belles choses
Ont le pire destin ;
Et rose elle a vécu ce que vivent les roses,
L’espace d’un matin.
Puis quand ainsi serait, que selon ta prière,
Elle aurait obtenu
D’avoir en cheveux blancs terminé sa carrière,
Qu’en fût-il advenu?
Penses-tu que, plus vieille, en la maison céleste
Elle eût eu plus d’accueil ?
Ou qu’elle eût moins senti la poussière funeste
Et les vers du cercueil ?
Non, non, mon du Périer, aussitôt que la Parque
Ote l’âme du corps,
L’âge s’évanouit au deçà de la barque,
Et ne suit point les morts…
La Mort a des rigueurs à nulle autre pareilles ;
On a beau la prier,
La cruelle qu’elle est se bouche les oreilles,
Et nous laisse crier.
Le pauvre en sa cabane, où le chaume le couvre,
Est sujet à ses lois ;
Et la garde qui veille aux barrières du Louvre
N’en défend point nos rois.
De murmurer contre elle, et perdre patience,
Il est mal à propos ;
Vouloir ce que Dieu veut, est la seule science
Qui nous met en repos.
François de Malherbe. Poésies, 1599.
