offerte
ta bouche douce
pour moi qui pleure
tes jambes longues
ton ventre rond
offerts
douce ma belle tu souris
et l’odeur de toi
rose close ton parfum
à genoux je caresse
ta peau offerte
tu m’enveloppes
s’envole
comme toi et moi
Blog « Fleureter »
Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.
Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.
offerte
ta bouche douce
pour moi qui pleure
tes jambes longues
ton ventre rond
offerts
douce ma belle tu souris
et l’odeur de toi
rose close ton parfum
à genoux je caresse
ta peau offerte
tu m’enveloppes
8 heures d’un matin gris
Derrière la vitre embuée d’un MacDo, un couple prend son petit-déjeuner sous la lumière néon.
Assis l’un en face de l’autre, chacun la tête penchée, l’homme est plongé dans un hebdo télé pas cher, la femme lit attentivement Le Parisien.
D’habitude, c’est l’inverse, la femme scrute les programmes télé et l’homme les pages PMU.
Il est resté quelques secondes dehors à les regarder.
Ils n’ont pas levé la tête.
Ils ne se parlent pas, ils lisent, chacun la main posée distraitement sur sa tasse de café.
Tiens, c’est drôle, une main gauche et une main droite.
Quelques centimètres seulement séparent ces deux mains sur la table.
Il suffirait d’un rien, un geste instinctif, une envie de se décrisper, pour qu’elles se touchent.
Alors, ils se regarderaient sans doute une seconde, peut-être même en s’excusant.
Puis ils reprendraient leur lecture attentive.
j’aimerais que tu m’aimes
quand le soir pur et blême
peint tes yeux de mystère
la nuit où sans fin j’erre
l’ombre de la nuit mêle
au cœur de son sommeil
nos corps nus enfiévrés
plus rien n’est faux ni vrai
j’aimerais que tu aimes
cette nuit pure et blême
ou nos coeurs emmêlées
tentent de s’arrimer
l’ombre de l’ombre rit
qui de la nuit surgit
l’aube nous chérira
mon amour mon aura
quand le ciel blanchira
quand tu t’évanouiras
je voudrais que tu m’aimes
dans le nouveau jour blême
Jeune fille d’autre part au creux de mon âme
Gitane et paysanne en robe bariolée
Tu me fais vibrer d’être pauvre mélomane
Je goûte en harmonies violentes ta beauté
Et je dérive en toi comme un torrent sans larmes
Un épi d’arc-en-ciel a transpercé ma vie
En forme dérivée de plaisir inconnu
Envol de colombes d’un matin qui sourit
Au jour de renaissance où je t’ai reconnu
Mon cœur horloge disparate est reparti
Le temps mauvais qui passe est un fond de peinture
Impressionniste lignes de points sans arêtes
Comme ces photos jaunies de vieilles voitures
Où le sourire de jeunes filles nu-tête
Semble façonner l’harmonie de la nature
Tout doux mon silence d’un creux de nostalgie
Je rêvais un peu trop et ma voix te parlait
Des mots nouveaux d’autres mots verbes de vie
Que je donnais à prendre comme tu cueillais
En te penchant quelques fleurs de rose et d’ortie
Dans le ciel entrouvert une larme a gelé
Sur ton regard qui interroge tendre et noir
Tes yeux flambée d’un soir d’automne dénudés
Comme au jour débutant au j’ai levé ton voile
Mon ange recommencé mer où j’ai plongé
J’ai marché dans tes pas voie soufflée sur le sable
De tes mains tendues l’eau recueillie s’échappait
Je me suis emmitouflé dans tes cheveux d’algue
Tandis que paré de l’air du temps des marées
Le cri des mouettes sculptait un ciel à la plage
Quatre cailloux d’agate et quelques faux cristaux
Que tu ramassais nous faisaient un long tapis
Éphémère l’eau les recouvrait aussitôt
Mouillés et brillants comme après une lourde pluie
Le sourire grave tu m’en faisais cadeau
Rares balbutiements ces rimes au passé
C’était un hiver froid quelque part en Bretagne
Des pédalos rangés y attendaient l’été
Souffrant tristement dans un coin de paysage
Et Bach était Mozart ou Strauss et je t’aimais
La vie de tes yeux est un air de violon
Au rythme lent d’un concerto que tu aimais
Sa plainte donnait à l’aube son émotion
Recréant le matin silence entrecoupé
D’admirables pauses instants où nous rêvions
J’ai pour nom de baptême ta voix ton sourire
Tes mots m’emportent en créant le monde où tu ris
Je pourrai sans regrets voir le passé jaunir
Ou l’amour se noircir car je sais que la vie
Effacera mon âme hormis ton souvenir
agrippe-toi à moi je suis ta montagne
plonge en moi je suis ton océan
regarde-moi je suis ta lumière
respire-moi je suis ton souffle
suis-moi je suis ton sentier
habite-moi je suis ton île
vis-moi je suis ton âme
aime-moi je suis là
je suis l’amour


J’écris à jeûn
Soif et faim dans tout le corps
Un lot de remords dans le cœur
Je bois mes larmes
Je mange mes pleurs
J’avale le silence, il glisse dans la gorge sèche
Du miel silencieux
Derrière moi, je ressens la présence rassurante et généreuse
Comme l’odeur du pain chaud qui me couvre
Je le cherche
Le froid gris de son absence me gifle
J’ai mal
J’ai soif
J’ai faim
J’écris à jeun
Mes pensées troublées
Ma main tremblante
Mes ongles rongés
Mes pieds attachés
Je veux sentir le manque
J’écris à jeun
Azzhara. Nuit intranquille. 2021
Richter (Gerhard) : C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre (1962)
C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre et vous pousse vers l’art en général. L’envie de fixer une vision, de maîtriser des manifestations extérieures (auxquelles il faut donner un nom et un sens). Sans elle, ce travail serait absurde, et, comme l’art pour l’art, il ne se justifierait pas.
Penser que l’art copie la nature est un sinistre malentendu. Car l’art a toujours œuvré contre la nature et pour la raison.
Chaque mot, chaque trait nous est insufflé par notre époque et par les circonstances. Les liens, les aspirations relèvent du passé et du présent. Il est donc impossible d’agir, de penser arbitrairement et indépendamment d’eux. D’une certaine manière, ceci est réconfortant puisque chaque individu est en quelque sorte entouré, lié par la contemporanéité. Il y aura toujours un possible même dans le pire des malheurs.
Vouloir rendre visible l’invisible, la chose connue, inconnue ou plausible, et même l’impensable est une revendication, une prétention absurde. Certes, nous pouvons déduire l’invisible, donc présupposer son existence avec une quasi-certitude, mais nous ne sommes pas en mesure de représenter cet invisible par un symbole qui le remplace et qui soit lui aussi invisible.
Il n’y a aucune raison d’accepter sans réserve ce que la tradition nous a transmis. Rien n’est bien ou mal en soi, sauf dans certaines circonstances et à condition que nous le voulions. Cet état de fait annihile les conventions, les garanties et les inconditionnels et nous oblige, chaque jour, à prendre nos responsabilités et à décider du bien et du mal.
S’imaginer une chose, se la représenter, fait de nous des hommes L’art, c’est donner du sens, générer du sens au même titre que la quête de Dieu ou la religion. Même sachant que tout sens donné ou tout tableau peint est un simulacre, une illusion, nous ne pouvons y renoncer. Car la foi (penser, réfléchir le présent et l’avenir) est notre trait de caractère essentiel.
Les moyens de l’art (la manière de représenter une chose, le style, la technique et la chose représentée en soi) sont les conditions nécessaires à l’art tout comme les qualités de l’artiste (mode de vie, capacités, entourage). L’art peut naître autant de l’harmonie que de la contradiction avec les conditions qui le génèrent. Il n’est en soi, ni visible ni définissable, seules les conditions qui l’ont généré sont visibles et reproductibles ; on a tendance à les confondre avec l’art en soi.
Dès que l’activité artistique est devenue un « isme », elle cesse d’en être une. Car seul ce qui lutte quotidiennement pour prendre forme et exister, est vivant. (À titre de comparaison : le social est une forme et une méthode juste qui correspond aux conceptions actuelles ; mais si en revanche, il se prétend socialisme, ordre social ou dogme, il renonce à ce qui lui est propre et risque de courir à sa perte.)
Je ne suis pas venu ici pour fuir le matérialisme. Il règne ici d’une manière plus radicale et plus perfide encore, mais j’ai dû fuir l’idéalisme criminel des socialistes.
La peinture na rien à voir avec la pensée. Quand on peint, la pensée est peinture. La pensée est un langage, un registre qui doit fonctionner avant et après. Einstein ne pensait pas quand il faisait ses calculs, il calculait, chaque équation réagissait à la précédente, tout comme en peignant, une forme répond à une autre et ainsi de suite.
L’art sert à la socialisation. Il nous relie aux autres et à ce qui nous entoure au sein d’une même conception et d’une même quête.
Pour moi, l’enjeu n’est jamais l’art, mais uniquement la chose pour laquelle l’art peut être utile.
Comme il n’existe ni certitude, ni vérité absolue, nous aspirons toujours à une vérité artificielle faisant autorité, donc humaine. Nous avons des jugements de valeur et fabriquons une vérité qui en exclut d’autres. Dans la production de vérité, l’art est la composante qui met en forme.
Les sciences de la nature ont assurément influencé les arts. Pour l’Aztèque, le coucher du soleil était un événement inintelligible auquel il ne survivait que grâce aux représentations divines. Depuis, ces manifestations évidentes ont trouvé une explication. Mais, au vu de l’immensité de l’inconcevable, de ce qui ne peut être expliqué, l’inexplicable semble tellement gigantesque, que nous sommes pris de vertige et que les images d’antan éclatent comme des bulles de savon. Songer à l’absolu ineffable (par exemple en regardant le firmament), savoir qu’il est impossible de donner un sens à cette immensité nous touche à tel point que nous ne pouvons survivre qu’en ignorant.
Aussi curieux que ceci puisse paraître, « ne pas savoir où vont les choses », l’impression de se perdre et d’avoir perdu, est source de foi et d’un immense optimisme, elle n’engendre ni certitude ni sécurité collective. Il faut avoir perdu Dieu pour croire, et l’art pour peindre.



