Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.

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publiés dans Amavero

  • le jeune berger

    Ces drôles de gens pressés
    Je les entendais depuis longtemps
    Ils se sont arrêtés dans un bruit de ferraille
    Avec leur vieille bagnole pourrie
    C’est malin tout le troupeau a fui

    Pourquoi me regardent-ils comme ça ?
    Étrangers, salut !
    Voici ma terre ses pierres dures et noires
    Voici le fleuve Indus toujours pressé
    Qui court après les nuages
    Voici les montagnes immenses de mon pays
    Vous pouvez lever la tête
    Elles seront toujours plus hautes que vous (rire)

    Ici, le sol est gris comme la vie
    Le ciel bleu comme les rêves

    Les bêtes sont loin maintenant
    Il faut que j’aille les chercher
    J’ai faim j’ai froid
    Pour une fois j’aimerai rentrer avant la nuit

    Les étrangers sont remontés dans leur voiture bruyante
    Ils agitaient leurs mains comme pour chasser les mouches
    Ils me souriaient en partant
    Comme si on se connaissait !

    Maman, que fais-tu en ce moment au village?
    Aujourd’hui, j’aurai préféré rester là-bas
    Jouer avec les cousins
    Prendre la petite sœur dans mes bras
    Écouter les histoires du grand-père
    Au lieu d’être ici
    Seul
    A nouveau


  • princesse

    c’est drôle elle croit sans doute
    qu’elle peut cacher sa beauté
    derrière la main
    alors que tout en elle flamboie
    elle est la grâce effarouchée
    ce n’est pas le hasard
    qui crée son éclat
    les cheveux noirs
    se rassemblent savamment
    les étoffes explosent
    les bracelets s’imposent
    qui connaîtra jamais
    l’infinité de son sourire

    la façon sensuelle qu’elle a
    de déployer son corps grand et droit
    son port de princesse du Thar
    la fait régner sans partage
    sur le désert indien
    seul un homme sensible et juste
    pourra apprécier un tel don du ciel
    bénie soit-elle


  • voie de l'homme

    homme libre et faible voici enfin ta voie
    dénuée de poussière et d’ortie
    écoute l’oracle guidé par l’amour
    assieds-toi un instant près de moi
    calme ton cœur qui bat trop fort
    à courir après l’informulé

    viens ici 

    tu peux déposer larmes et désir tragique
    mon ami mon frère écoute-moi
    la vérité que tu cherches est là
    mais tu ne la vois pas
    arbre décharné 
    tes branches nouées
    retourné en-dedans 
    phare à l’envers

    alors voici

    commence par te frotter à l’homme au lieu de le fuir
    nourris-toi du fond de ses regards fiers
    et c’est ainsi que naîtront tes nouveaux désirs
    ton âme blottie dans la chaleur des mers

    ensuite cherche en toute chose sa beauté
    mais au-delà d’elle nichée quelque part
    en haut d’une montagne derrière un nuage une mare
    un coin secret que tu découvriras émerveillé
    et ce sera ton jardin mystérieux éternel

    enfin demeure en tes mots avec la chair et non l’esprit
    tu es le temple de ta poésie
    seule vérité possible elle est la voie
    elle est la clé qui ouvre toutes les fois

    mon ami mon frère
    je ne te parle pas de bonheur ni de plénitude
    je te parle simplement de vivre
    et de la vraie richesse
    comme un sourire de pleine lune
    dans la nuit des doutes

    marche respire regarde sens pleure
    et dis-le


  • fête à pushkar

    voici la jeune servante
    le rouge et le noir
    or des fils brodés
    blancheur des perles sur le corps sombre
    gris et jaune des pierres et du sable boueux
    toutes les couleurs de la vie sur une statue souriante
    jeux chromatiques violents de la jeunesse et de la joie
    teintes passées de l’effort et des contraintes
    ce jour-là lors de la pleine lune de novembre
    c’est la fête à pushkar
    la ville aux 500 temples
    dont le seul au monde dédié à brahmâ le créateur
    les hommes viennent se baigner dans le lac sacré
    voici la plus grande foire aux animaux du monde
    des milliers de chevaux et de chameaux
    la prière et le commerce
    on bivouaque sur place
    les jeunes filles en habits d’apparat
    préparent les feux en riant
    la foule communie
    les rites se perpétuent
    la vie continue


  • tu es une île

    Tu es une île
    Ton cœur un rivage escarpé troué de plages
    Ta vie la mer qui vient le battre et le lécher
    Tout est silence et mystère l’eau où tu nages
    Ton âme forte est née des forêts embrumées

    Tu es une île
    Et je suis le voilier qui enfin fait escale
    Dans la passe sur la barrière de corail
    Il a jeté par tribord le fond de sa cale
    Et mouillé son ancre dans un lagon sans failles

    Tu es une île
    Ton sourire les larges palmiers qui frémissent
    Ta peau le sable qui dort sous le soleil bleu
    Ton regard est lumière ton corps oasis
    Abrite la paix dans son anse havre heureux

    Tu es une île
    Et moi j’explore les collines de ta peau
    Je marche sur la mousse et je lis sur tes lèvres
    Tel l’oiseau de mer le regard toujours plus haut
    Je prends une à une les clés de l’univers

    Tu es une île
    Un joyau enfoui dans l’archipel de l’eau verte
    Tes yeux sont le phare de la rotondité
    Tes mains balisent un chenal de découverte
    Je me perds dans le méandre de tes sentiers

    Tu es une île
    Sur la route des cyclones voici l’abri
    La niche où tout se tait quand il hurle dehors
    Dans la hutte les feuilles créent un doux tapis
    Tu es la vie l’amour à la fin de la mort

    Tu es mon île
    En fond de baie le voilier gémit sur son ancre
    Le corsaire a jeté sac à terre harassé
    Il a posé la plume nimbée de son encre
    Quatre mains se sont nouées les corps embrassés


Dernières publications d’art et de poésie

  • Où suis-je donc là ?

    Où suis-je donc là ?
    Happée, repoussée, je vacille
    Lumière du dedans
    Je fascine la lumière
    L’envers me retourne
    Je me fonds, je me cogne
    Je visite les espaces
    Je m’abime dans la couleur
    L’espace immobile se craquèle
    Je rencontre le formel
    Je glisse sur le noir,
    Retourne le rouge
    Flaque incertaine.
    Échappée mensongère
    Complice du regard.
    Le dur verrouille la sortie
    Le corps rebondit eans l’espace
    Clôture.

    Texte de Do F., inspiré par le vitrail de Geneviève Fourgnaud, église de Via; texte écrit en Atelier de Poésie

    Où suis-je donc là ?

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  • Azzhara : J’écris à jeun

    J’écris à jeûn
    Soif et faim dans tout le corps
    Un lot de remords dans le cœur
    Je bois mes larmes
    Je mange mes pleurs
    J’avale le silence, il glisse dans la gorge sèche
    Du miel silencieux
    Derrière moi, je ressens la présence rassurante et généreuse
    Comme l’odeur du pain chaud qui me couvre
    Je le cherche
    Le froid gris de son absence me gifle
    J’ai mal
    J’ai soif
    J’ai faim
    J’écris à jeun
    Mes pensées troublées
    Ma main tremblante
    Mes ongles rongés
    Mes pieds attachés
    Je veux sentir le manque
    J’écris à jeun

    Azzhara. Nuit intranquille. 2021

    Azzhara : J’écris à jeun

  • Richter (Gerhard) : C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre (1962)

    C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre et vous pousse vers l’art en général. L’envie de fixer une vision, de maîtriser des manifestations extérieures (auxquelles il faut donner un nom et un sens). Sans elle, ce travail serait absurde, et, comme l’art pour l’art, il ne se justifierait pas.

    Penser que l’art copie la nature est un sinistre malentendu. Car l’art a toujours œuvré contre la nature et pour la raison.

    Chaque mot, chaque trait nous est insufflé par notre époque et par les circonstances. Les liens, les aspirations relèvent du passé et du présent. Il est donc impossible d’agir, de penser arbitrairement et indépendamment d’eux. D’une certaine manière, ceci est réconfortant puisque chaque individu est en quelque sorte entouré, lié par la contemporanéité. Il y aura toujours un possible même dans le pire des malheurs.

    Vouloir rendre visible l’invisible, la chose connue, inconnue ou plausible, et même l’impensable est une revendication, une prétention absurde. Certes, nous pouvons déduire l’invisible, donc présupposer son existence avec une quasi-certitude, mais nous ne sommes pas en mesure de représenter cet invisible par un symbole qui le remplace et qui soit lui aussi invisible.

    Il n’y a aucune raison d’accepter sans réserve ce que la tradition nous a transmis. Rien n’est bien ou mal en soi, sauf dans certaines circonstances et à condition que nous le voulions. Cet état de fait annihile les conventions, les garanties et les inconditionnels et nous oblige, chaque jour, à prendre nos responsabilités et à décider du bien et du mal.

    S’imaginer une chose, se la représenter, fait de nous des hommes L’art, c’est donner du sens, générer du sens au même titre que la quête de Dieu ou la religion. Même sachant que tout sens donné ou tout tableau peint est un simulacre, une illusion, nous ne pouvons y renoncer. Car la foi (penser, réfléchir le présent et l’avenir) est notre trait de caractère essentiel.

    Les moyens de l’art (la manière de représenter une chose, le style, la technique et la chose représentée en soi) sont les conditions néces­saires à l’art tout comme les qualités de l’artiste (mode de vie, capacités, entourage). L’art peut naître autant de l’harmonie que de la contradic­tion avec les conditions qui le génèrent. Il n’est en soi, ni visible ni définissable, seules les conditions qui l’ont généré sont visibles et repro­ductibles ; on a tendance à les confondre avec l’art en soi.

    Dès que l’activité artistique est devenue un « isme », elle cesse d’en être une. Car seul ce qui lutte quotidiennement pour prendre forme et exister, est vivant. (À titre de comparaison : le social est une forme et une méthode juste qui correspond aux conceptions actuelles ; mais si en revanche, il se prétend socialisme, ordre social ou dogme, il renonce à ce qui lui est propre et risque de courir à sa perte.)

    Je ne suis pas venu ici pour fuir le matérialisme. Il règne ici d’une manière plus radicale et plus perfide encore, mais j’ai dû fuir l’idéa­lisme criminel des socialistes.

    La peinture na rien à voir avec la pensée. Quand on peint, la pensée est peinture. La pensée est un langage, un registre qui doit fonctionner avant et après. Einstein ne pensait pas quand il faisait ses calculs, il calculait, chaque équation réagissait à la précédente, tout comme en peignant, une forme répond à une autre et ainsi de suite.

    L’art sert à la socialisation. Il nous relie aux autres et à ce qui nous entoure au sein d’une même conception et d’une même quête.

    Pour moi, l’enjeu n’est jamais l’art, mais uniquement la chose pour laquelle l’art peut être utile.

    Comme il n’existe ni certitude, ni vérité absolue, nous aspirons toujours à une vérité artificielle faisant autorité, donc humaine. Nous avons des jugements de valeur et fabriquons une vérité qui en exclut d’autres. Dans la production de vérité, l’art est la composante qui met en forme.

    Les sciences de la nature ont assurément influencé les arts. Pour l’Aztèque, le coucher du soleil était un événement inintelligible auquel il ne survivait que grâce aux représentations divines. Depuis, ces manifestations évidentes ont trouvé une explication. Mais, au vu de l’immensité de l’inconcevable, de ce qui ne peut être expliqué, l’inex­plicable semble tellement gigantesque, que nous sommes pris de vertige et que les images d’antan éclatent comme des bulles de savon. Songer à l’absolu ineffable (par exemple en regardant le firmament), savoir qu’il est impossible de donner un sens à cette immensité nous touche à tel point que nous ne pouvons survivre qu’en ignorant.

    Aussi curieux que ceci puisse paraître, « ne pas savoir où vont les choses », l’impression de se perdre et d’avoir perdu, est source de foi et d’un immense optimisme, elle n’engendre ni certitude ni sécurité collective. Il faut avoir perdu Dieu pour croire, et l’art pour peindre.

    Richter (Gerhard) : C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre (1962)

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Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025