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Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.


  • paradis perdu

    longtemps
    je me suis enivré des effluves magiques
    issues d’un pays irréel et magnifique
    mêlant les lignes vertes les arbres tendus 
    deux magnolias passagers un séquoia nu
    les allées sableuses bordées de fleurs vivaces
    les buis interminables et les herbes grasses
    l’eau glauque de la mare où se perdait la pluie
    le chant aigre et joyeux des oiseaux rouge et nuit

    paradis d’illusion où vivaient durement
    les jardiniers créant des beautés éphémères
    inusables maillons de chaînes séculaires
    chaque heure penchés sur la terre riche et âcre
    auteurs de courtes morts et de petits miracles
    répétant leurs gestes pour des temps incessants

    dans ce lieu pourtant bien réel olympien calme
    la lumière jetait une effraction bizarre
    créée par les couleurs et les ombres mêlées
    nappant d’une teinte étrange le paysage
    elle peignait les bois de zébrure filtrée
    impossible au peintre vivifiante pour l’âme

    longtemps 
    après cette vie rare
    évoquées d’une mémoire nébuleuse 
    les images défilèrent en se bousculant 
    dressant un long inventaire improbable
    de lieux de sentiments d’instants insondables

    vitres brisées de la serre miroir de vie
    ample saut du loup qui n’aura jamais sauté
    dernière porte au vert sombre infini
    barre noire de la forêt qui vous appelle
    balançoire qui porta ses gamins bercés
    potager rangé des gens heureux besogneux
    marronniers alignés dans une courbe douce
    cheveux au vent d’une jeune fille à cheval
    jaunes champs accueillants les blondes d’aquitaine
    immense if parapluie aux longs bras de sorcière
     
    et que dire encore de tous ces caractères
    l’insolite apparence des murs 
    les reflets ronds des fenêtres 
    les pentes aiguës des toits 
    la fierté des cheminées 
    les persiennes bleutées 
    les allées nichées sous les frondaisons ventées
    et partout ces verts et tous ces gris 

    dans ce lieu béni
    où se croisaient espoirs et tempêtes
    tout finit en harmonie en vibration
    accords soignés plaintes secrètes
    à travers le temps et les générations

    tout restera
    assidûment incrusté 
    écrit en ribambelle
    dans l’air vieilli par l’histoire 
    dans le vent de la plaine et des forêts 
    dans la terre et la poussière 
    dans le cœur des mères et des amants
    dans l’ombre choyée des enfants
    chantant en ritournelle

    ici tout se nouait
    entre âme et nature
    la clarté et les sourires 
    les ombres et les soupirs
    la pluie et les larmes
    le soleil et les drames
    la nuit et la noirceur
    les racines de la terre et du cœur
    les multiples origines de la fusion
    ayant enfanté ce monde à part suspendu
    où même le soleil et la lune 
    pouvaient nous murmurer des mots doux

    alors au dernier souffle de mon dernier soupir
    quand j’aurai vécu de nombreux destins
    pouvant retenir de mes nombreuses vies
    tant de sommets et quelques abimes
    un seul instant me viendra à l’esprit
    celui-là insensé terrible
    où je tournai le dos au paradis
    comme dans un flash-back au ralenti
    le moindre détail me reviendra

    la porte grinçante se refermant sur mon passé
    la descente de l’escalier marches de tombeau
    le bruit mécanique du dernier tour de clé 
    le silence soudain voilant la scène de son halo
    dehors dans la cour mes pas broyant le gravier
    la feuille morte chassée du pied
    la grille que je repoussai dans son cri 
    ma main tremblant sur le portail gris
    et mon dernier regard qui tout embrassa
    comme si ma vie allait s’arrêter
    pour écrire en lettres de sang
    le mot fin sur un écran de cinéma

    ce jour-la pourtant j’ignorais 
    que vivant dans un riche présent
    je porterai comme une offrande 
    ces images et ces souvenirs
    et que dans le cumul des années
    submergé par le flux des nouveautés
    je vivrai ma deuxième vie 
    sans remords ni regrets

    juste l’infini de la nostalgie


  • limbe

    le brouillard bruit de timbres sourds
    d’ici je vois le tertre lourd
    ses vies vivant un vain calvaire
    la pluie gifle l’hiver en verre

    l’if araignée ne cache plus
    ses ailes bravaches poilues
    le tilleul griffe un ciel en vrac
    le train train dingue fend l’ubac

    je vois le temps qui se délace
    jamais je ne suis à ma place
    je n’ai pas de présent qui m’aille
    passé futur fétus de paille

    c’est la minute où tout bringuebale et languit
    tout s’arrête de penser le silence crie
    je voudrais un océan d’âme vide et lent
    portant le limbe d’olympe en fier firmament

    les yeux fermés je voguerais sans un murmure
    sans vague ni repos le cœur mûr enfin pur
    personne ne sonnerait l’annonce demain
    la vie moelleuse serait désunie sans fin

    peut-être même se mettrait-on à pleurer
    au poids des souvenirs lancinants arrimés
    livrant sans fard leur vieux fantôme au dôme d’or
    magique et transparent sous lequel on s’endort


  • hôpital (nulle part)

    sourire apaisant des blouses blanches
    regards justes de compassion
    merci merci hospitaliers
    mais aussi l’attente l’attente l’attente
    un autre temps un autre monde
    trop de gens ici pas assez là
    brancards sardines de couloirs
    zombies sous perfusion
    la vieille qui gémit dans une langue du sud
    et ton corps qui t’échappe
    ton nom même
    patient porte ou patient fenêtre
    l’interne sombre serbo-croate
    à la tête de Nosferatu les oreilles le nez
    qui se met à rire tout à coup et tu ris aussi
    de ces mots qui te traversent comme des flèches
    pour sceller ton destin
    dehors rouge un énorme H pour l’hélicoptère
    les voitures robots
    les sirènes comme des cris
    mais aussi le vent frémissant invisible et présent
    dans les frondaisons miroitantes
    la lumière d’automne n’a jamais été aussi belle
    demain tu renaîtras c’est sûr


  • débridage miracle rocher

    désir violent d’être
    éclair et chemin
    brisant les chaînes invisibles
    respirant un air brut
    insufflant l’énergie
    dans mon corps mon âme
    arides trop arides
    gelant tous ces soupirs
    et puis aussi

    mille envies joyeuses
    irradieraient mon esprit
    raviveraient mon cœur
    amers trop amers
    clean je flânerais
    le soir sous les nuages incertains
    et peut-être deviendrais-je alors

    romantique et souriant
    obsédé guéri du paradoxe
    cherchant la voie du zen
    hanté par la compassion
    et peut-être serais-je enfin
    roc au gris éternel comme j’en rêvais


  • marche et musique (rythme et souffle au pays de Bray)

    pas à pas note à note pulsions égrenées
    pentes du haut et du bas douces effrénées
    œil intérieur connecté sur le monde en soi
    et les mains qui plongent ou font la balançoire

    la marche et la musique une offrande et un cri
    ton corps appuyé sur la matière et le vide
    t’offre lentement une construction multiple
    qui se déroule devant toi comme la vie

    le cœur crescendo quand ça grimpe durement
    double croche des pulsations tambourinées
    et le soupir gai quand s’aplatit le chemin
    pour que se joue la mélodie ensorcelée

    le présent impérieux imprègne l’âme nue
    tu n’as plus en tête ni futur ni mémoire
    juste une singulière vibration qui enfle
    enlaçant à travers toi le ciel et la terre

    chaque mouvement possède sa propre note
    le tout assemblé formant un destin unique
    une harmonie assouvie rythmée par le souffle
    et ce souffle pur est un espoir un arôme

    ose l’audace de vagabonder
    sur la voie subite qui se révèle
    dans la nouvelle cadence imposée
    par le monde arbitraire que tu crées

    une voie rude et longue sinueuse
    pleine de larmes rires de sueurs
    qui découvre lentement ses richesses
    écouter la vie la divine ivresse

    et la voir naître plaisir permanent
    grâce à cet aller-retour incessant
    prendre et donner inspirer expirer
    ce que tu crées provient de ce qui est

    à chacun son pas sa note cri et bonheur
    conception pure d’un moment d’éternité
    la beauté ressemble à un puzzle dérobé
    qui se dévoile quand les mains se lient au cœur

    marcheur et musicien l’un et l’autre accompli
    l’équilibre nait de ce groupe en conjonction
    la sagesse découle de confrontations
    auxquelles se mêle un petit grain de folie

    l’amour de la vie inconnu qui t’envahit
    te prend prestement dans ses cercles dans ses bras
    pour t’emporter au-delà du bien et du mal
    vers un monde nouveau où tout se réalise

    le silence t’entourait comme le désert
    il s’emplit maintenant de pulsations intimes
    qui te relient à tous les peuples de la terre
    et tu entends ton cœur profond battre à ce rythme

    rythme et souffle plein et vide énergie
    lumière et ténèbres souffrance et joie
    effort constant âme et main pas à pas
    musique et marche symphonies de vie


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    Il est là monstrueux démesuré
    debout par miracle
    Dans un maelström de particules
    Raide et impassible
    dans ce magma coloré
    Poursuivi par ce spectre grimaçant
    qui se cache à lui et veux l’engloutir
    Inconscient, il marche
    et va vers son destin
    Dans un tourbillon d’électrons dorés
    dont la beauté adoucira la fin

    Texte de Véronique Demant, inspiré par Silence d’or, de Sophie Rocco ; écrit en Atelier de poésie

    Il est là monstrueux

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    Texte écrit en Atelier de poésie

    J’aimerais que mes pensées se libèrent

  • Cent et onze années

    Cent et onze années, troublées, Mélangées, houblonnées
    Cent et onze années cendrées, rouillées, Traversées
    La blancheur lactique de tes bras
    Tes bras qui faisaient
    Comme des branches
    Me rendaient extatique, enfant soudain,
    Perdant mes mots, bal, bal, balbutiant
    Quand nous dansions
    Et que tu m’entrainais
    De tes bras pratiques,
    Des branches lactiques, extatiques
    Cette mémoire me fait défaut désormais
    Seul cet océan nouveau me fait peur
    Reconnaitrai-je ton île ? J’oublierai alors
    Ces trois balles que tu t’es tirées au cœur
    Cent et onze années ont passé
    Et ce voile goudronné sur mes souvenirs
    Est la preuve même de ton existence
    Car tout recto a son verso

    Texte d’Othmane M., inspiré par A travers 111 (verso), de Chantal Fontvieille ; écrit en Atelier de poésie

    Cent et onze années

  • Exil de l’âme

    Exil de l’âme

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    Une première fois, elle saute
    Par la fenêtre ouverte
    Elle tombe et se relève
    Elle remonte aussitôt
    Et se jette à nouveau
    Cette fois, elle tombe plus fort
    Et se relève en sang
    Pourtant, elle y retourne
    Avec une obstination morbide
    Elle se jette dans le vide
    Heurte durement le sol
    La tête la première
    Un silence angoissant puis
    Elle se relève
    Part en courant
    On dirait une possédée, une folle
    Mais elle est bien vivante
    Cette métaphore est violente
    Mais peut-être l’avez-vous deviné ?
    C’est la maternité

    Texte de Clara Fayard inspiré par L’Ange Volé, de Bernard Gast ; écrit en Atelier de poésie

    Une première fois

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    L’amère flamme

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Une couverture de la Gazette d'Amavero avec des portraits de Nikolaus, un enfant, et de Barbara, une femme âgée, accompagnés de descriptions artistiques.
Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025