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Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir… pour s’y promener librement. © Tous droits réservés aux artistes pour les illustrations.

Amavero est un espace vivant de poésie, d’art et de pensée. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre les deux. À lire, à regarder, à ressentir — librement.


  • pendule

    nuées nues qui oscillent au bout d’un pendule
    pendant que le tic-tac las du temps remplit l’air
    de douleurs de murmures et de corpuscules
    qui s’enfoncent avec précaution dans la terre

    petite fille qui roule au bord d’un abîme
    pendant que l’écume mousseuse se retire
    des rochers et que des arbres à haute cime
    se balancent au vent comme un immense rire

    souffle rauque des marées qui bat la mesure
    pendant que l’air purifié nettoie les nuages 
    désertés par les mouettes aux frêles allures
    qui se jouent en riant d’un ciel bas sans images


  • paradis perdu

    longtemps
    je me suis enivré des effluves magiques
    issues d’un pays irréel et magnifique
    mêlant les lignes vertes les arbres tendus 
    deux magnolias passagers un séquoia nu
    les allées sableuses bordées de fleurs vivaces
    les buis interminables et les herbes grasses
    l’eau glauque de la mare où se perdait la pluie
    le chant aigre et joyeux des oiseaux rouge et nuit

    paradis d’illusion où vivaient durement
    les jardiniers créant des beautés éphémères
    inusables maillons de chaînes séculaires
    chaque heure penchés sur la terre riche et âcre
    auteurs de courtes morts et de petits miracles
    répétant leurs gestes pour des temps incessants

    dans ce lieu pourtant bien réel olympien calme
    la lumière jetait une effraction bizarre
    créée par les couleurs et les ombres mêlées
    nappant d’une teinte étrange le paysage
    elle peignait les bois de zébrure filtrée
    impossible au peintre vivifiante pour l’âme

    longtemps 
    après cette vie rare
    évoquées d’une mémoire nébuleuse 
    les images défilèrent en se bousculant 
    dressant un long inventaire improbable
    de lieux de sentiments d’instants insondables

    vitres brisées de la serre miroir de vie
    ample saut du loup qui n’aura jamais sauté
    dernière porte au vert sombre infini
    barre noire de la forêt qui vous appelle
    balançoire qui porta ses gamins bercés
    potager rangé des gens heureux besogneux
    marronniers alignés dans une courbe douce
    cheveux au vent d’une jeune fille à cheval
    jaunes champs accueillants les blondes d’aquitaine
    immense if parapluie aux longs bras de sorcière
     
    et que dire encore de tous ces caractères
    l’insolite apparence des murs 
    les reflets ronds des fenêtres 
    les pentes aiguës des toits 
    la fierté des cheminées 
    les persiennes bleutées 
    les allées nichées sous les frondaisons ventées
    et partout ces verts et tous ces gris 

    dans ce lieu béni
    où se croisaient espoirs et tempêtes
    tout finit en harmonie en vibration
    accords soignés plaintes secrètes
    à travers le temps et les générations

    tout restera
    assidûment incrusté 
    écrit en ribambelle
    dans l’air vieilli par l’histoire 
    dans le vent de la plaine et des forêts 
    dans la terre et la poussière 
    dans le cœur des mères et des amants
    dans l’ombre choyée des enfants
    chantant en ritournelle

    ici tout se nouait
    entre âme et nature
    la clarté et les sourires 
    les ombres et les soupirs
    la pluie et les larmes
    le soleil et les drames
    la nuit et la noirceur
    les racines de la terre et du cœur
    les multiples origines de la fusion
    ayant enfanté ce monde à part suspendu
    où même le soleil et la lune 
    pouvaient nous murmurer des mots doux

    alors au dernier souffle de mon dernier soupir
    quand j’aurai vécu de nombreux destins
    pouvant retenir de mes nombreuses vies
    tant de sommets et quelques abimes
    un seul instant me viendra à l’esprit
    celui-là insensé terrible
    où je tournai le dos au paradis
    comme dans un flash-back au ralenti
    le moindre détail me reviendra

    la porte grinçante se refermant sur mon passé
    la descente de l’escalier marches de tombeau
    le bruit mécanique du dernier tour de clé 
    le silence soudain voilant la scène de son halo
    dehors dans la cour mes pas broyant le gravier
    la feuille morte chassée du pied
    la grille que je repoussai dans son cri 
    ma main tremblant sur le portail gris
    et mon dernier regard qui tout embrassa
    comme si ma vie allait s’arrêter
    pour écrire en lettres de sang
    le mot fin sur un écran de cinéma

    ce jour-la pourtant j’ignorais 
    que vivant dans un riche présent
    je porterai comme une offrande 
    ces images et ces souvenirs
    et que dans le cumul des années
    submergé par le flux des nouveautés
    je vivrai ma deuxième vie 
    sans remords ni regrets

    juste l’infini de la nostalgie


  • limbe

    le brouillard bruit de timbres sourds
    d’ici je vois le tertre lourd
    ses vies vivant un vain calvaire
    la pluie gifle l’hiver en verre

    l’if araignée ne cache plus
    ses ailes bravaches poilues
    le tilleul griffe un ciel en vrac
    le train train dingue fend l’ubac

    je vois le temps qui se délace
    jamais je ne suis à ma place
    je n’ai pas de présent qui m’aille
    passé futur fétus de paille

    c’est la minute où tout bringuebale et languit
    tout s’arrête de penser le silence crie
    je voudrais un océan d’âme vide et lent
    portant le limbe d’olympe en fier firmament

    les yeux fermés je voguerais sans un murmure
    sans vague ni repos le cœur mûr enfin pur
    personne ne sonnerait l’annonce demain
    la vie moelleuse serait désunie sans fin

    peut-être même se mettrait-on à pleurer
    au poids des souvenirs lancinants arrimés
    livrant sans fard leur vieux fantôme au dôme d’or
    magique et transparent sous lequel on s’endort


  • hôpital (nulle part)

    sourire apaisant des blouses blanches
    regards justes de compassion
    merci merci hospitaliers
    mais aussi l’attente l’attente l’attente
    un autre temps un autre monde
    trop de gens ici pas assez là
    brancards sardines de couloirs
    zombies sous perfusion
    la vieille qui gémit dans une langue du sud
    et ton corps qui t’échappe
    ton nom même
    patient porte ou patient fenêtre
    l’interne sombre serbo-croate
    à la tête de Nosferatu les oreilles le nez
    qui se met à rire tout à coup et tu ris aussi
    de ces mots qui te traversent comme des flèches
    pour sceller ton destin
    dehors rouge un énorme H pour l’hélicoptère
    les voitures robots
    les sirènes comme des cris
    mais aussi le vent frémissant invisible et présent
    dans les frondaisons miroitantes
    la lumière d’automne n’a jamais été aussi belle
    demain tu renaîtras c’est sûr


  • débridage miracle rocher

    désir violent d’être
    éclair et chemin
    brisant les chaînes invisibles
    respirant un air brut
    insufflant l’énergie
    dans mon corps mon âme
    arides trop arides
    gelant tous ces soupirs
    et puis aussi

    mille envies joyeuses
    irradieraient mon esprit
    raviveraient mon cœur
    amers trop amers
    clean je flânerais
    le soir sous les nuages incertains
    et peut-être deviendrais-je alors

    romantique et souriant
    obsédé guéri du paradoxe
    cherchant la voie du zen
    hanté par la compassion
    et peut-être serais-je enfin
    roc au gris éternel comme j’en rêvais


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  • Azzhara : J’écris à jeun

    J’écris à jeûn
    Soif et faim dans tout le corps
    Un lot de remords dans le cœur
    Je bois mes larmes
    Je mange mes pleurs
    J’avale le silence, il glisse dans la gorge sèche
    Du miel silencieux
    Derrière moi, je ressens la présence rassurante et généreuse
    Comme l’odeur du pain chaud qui me couvre
    Je le cherche
    Le froid gris de son absence me gifle
    J’ai mal
    J’ai soif
    J’ai faim
    J’écris à jeun
    Mes pensées troublées
    Ma main tremblante
    Mes ongles rongés
    Mes pieds attachés
    Je veux sentir le manque
    J’écris à jeun

    Azzhara. Nuit intranquille. 2021

    Azzhara : J’écris à jeun

  • Richter (Gerhard) : C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre (1962)

    C’est le besoin de communiquer qui amène à peindre et vous pousse vers l’art en général. L’envie de fixer une vision, de maîtriser des manifestations extérieures (auxquelles il faut donner un nom et un sens). Sans elle, ce travail serait absurde, et, comme l’art pour l’art, il ne se justifierait pas.

    Penser que l’art copie la nature est un sinistre malentendu. Car l’art a toujours œuvré contre la nature et pour la raison.

    Chaque mot, chaque trait nous est insufflé par notre époque et par les circonstances. Les liens, les aspirations relèvent du passé et du présent. Il est donc impossible d’agir, de penser arbitrairement et indépendamment d’eux. D’une certaine manière, ceci est réconfortant puisque chaque individu est en quelque sorte entouré, lié par la contemporanéité. Il y aura toujours un possible même dans le pire des malheurs.

    Vouloir rendre visible l’invisible, la chose connue, inconnue ou plausible, et même l’impensable est une revendication, une prétention absurde. Certes, nous pouvons déduire l’invisible, donc présupposer son existence avec une quasi-certitude, mais nous ne sommes pas en mesure de représenter cet invisible par un symbole qui le remplace et qui soit lui aussi invisible.

    Il n’y a aucune raison d’accepter sans réserve ce que la tradition nous a transmis. Rien n’est bien ou mal en soi, sauf dans certaines circonstances et à condition que nous le voulions. Cet état de fait annihile les conventions, les garanties et les inconditionnels et nous oblige, chaque jour, à prendre nos responsabilités et à décider du bien et du mal.

    S’imaginer une chose, se la représenter, fait de nous des hommes L’art, c’est donner du sens, générer du sens au même titre que la quête de Dieu ou la religion. Même sachant que tout sens donné ou tout tableau peint est un simulacre, une illusion, nous ne pouvons y renoncer. Car la foi (penser, réfléchir le présent et l’avenir) est notre trait de caractère essentiel.

    Les moyens de l’art (la manière de représenter une chose, le style, la technique et la chose représentée en soi) sont les conditions néces­saires à l’art tout comme les qualités de l’artiste (mode de vie, capacités, entourage). L’art peut naître autant de l’harmonie que de la contradic­tion avec les conditions qui le génèrent. Il n’est en soi, ni visible ni définissable, seules les conditions qui l’ont généré sont visibles et repro­ductibles ; on a tendance à les confondre avec l’art en soi.

    Dès que l’activité artistique est devenue un « isme », elle cesse d’en être une. Car seul ce qui lutte quotidiennement pour prendre forme et exister, est vivant. (À titre de comparaison : le social est une forme et une méthode juste qui correspond aux conceptions actuelles ; mais si en revanche, il se prétend socialisme, ordre social ou dogme, il renonce à ce qui lui est propre et risque de courir à sa perte.)

    Je ne suis pas venu ici pour fuir le matérialisme. Il règne ici d’une manière plus radicale et plus perfide encore, mais j’ai dû fuir l’idéa­lisme criminel des socialistes.

    La peinture na rien à voir avec la pensée. Quand on peint, la pensée est peinture. La pensée est un langage, un registre qui doit fonctionner avant et après. Einstein ne pensait pas quand il faisait ses calculs, il calculait, chaque équation réagissait à la précédente, tout comme en peignant, une forme répond à une autre et ainsi de suite.

    L’art sert à la socialisation. Il nous relie aux autres et à ce qui nous entoure au sein d’une même conception et d’une même quête.

    Pour moi, l’enjeu n’est jamais l’art, mais uniquement la chose pour laquelle l’art peut être utile.

    Comme il n’existe ni certitude, ni vérité absolue, nous aspirons toujours à une vérité artificielle faisant autorité, donc humaine. Nous avons des jugements de valeur et fabriquons une vérité qui en exclut d’autres. Dans la production de vérité, l’art est la composante qui met en forme.

    Les sciences de la nature ont assurément influencé les arts. Pour l’Aztèque, le coucher du soleil était un événement inintelligible auquel il ne survivait que grâce aux représentations divines. Depuis, ces manifestations évidentes ont trouvé une explication. Mais, au vu de l’immensité de l’inconcevable, de ce qui ne peut être expliqué, l’inex­plicable semble tellement gigantesque, que nous sommes pris de vertige et que les images d’antan éclatent comme des bulles de savon. Songer à l’absolu ineffable (par exemple en regardant le firmament), savoir qu’il est impossible de donner un sens à cette immensité nous touche à tel point que nous ne pouvons survivre qu’en ignorant.

    Aussi curieux que ceci puisse paraître, « ne pas savoir où vont les choses », l’impression de se perdre et d’avoir perdu, est source de foi et d’un immense optimisme, elle n’engendre ni certitude ni sécurité collective. Il faut avoir perdu Dieu pour croire, et l’art pour peindre.

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  • Trois espaces

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  • Elle était là dans le silence pluvieux

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  • Tu cours dans un espace fini

    Tu cours dans un espace fini
    Blanc fulgurant
    dans un océan de noirceur
    le feu a tout détruit
    mais toi tu portes l’espoir
    Franchiras-tu les limites
    de ce monde sinistre ?
    Détache-toi
    Envole-toi
    Brise le carcan
    Terrasse l’ombre
    et jette le fantôme
    qui veut t’enfermer

    Texte et calligramme de Baronne, inspiré par John Caple(2000) ;

    Tu cours dans un espace fini

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Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025