Amavero est un jardin de liberté, une passerelle, un espace vivant de poésie, d’art et de culture. Chaque jour, des mots, des images, des liens entre ses univers. À lire, à regarder, à ressentir, à découvrir… pour s’y promener librement.
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1 474 artistes • 860 auteurs
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Citation Amavero du jour
Le nouveau ne naît pas de l’ancien mais à côté de l’ancien et lui fait concurrence jusqu’à le tuer.
…, 1942; cité sur FB par Jerome B. et… Lire


  • rhinocéros

    Capucine Minot – Bandia

    rencontrer un rhinocéros
    en dehors d’un zoo
    ça n’arrive pas tous les jours
    alors profitons-en
    mais la discussion n’est pas simple
    regard biaisé
    front doublement cornu
    tête baissée
    les grognements font peur
    l’animal pense à sa survie
    et se moque des mondanités
    on se parlera
    un autre jour

    Texte de Luc Fayard inspiré par Bandia, de Capucine Minot


  • réglages

    Claude Monet – Régate à Argenteuil (1874)

    toutes voiles dehors
    les voiliers d’Argenteuil
    régatent par petit temps
    l’eau est noire de monde
    on tire sur les bouts
    on règle les voiles au plus fin
    on essaie de tenir son cap
    malgré les courants
    et les sautes d’humeur
    d’une brise un peu molle
    difficile à saisir
    le plan d’eau n’est pas si large
    il faut y faire sa place
    mieux vaut être devant
    qu’au milieu de la noria
    tout à l’heure le gagnant
    lèvera sa coupe
    au milieu des vivats
    et l’on repartira chez soi
    avec un bon souvenir de plus

    Texte de Luc Fayard inspiré par Régate à Argenteuil, de Claude Monet


  • virer de bord

    Gustave Caillebotte – Voiliers à Argenteuil (1898)

    voiliers en bois
    à la coque bien peinte
    au pont verni avec soin
    aux voiles blanches
    impeccables
    la voile en rivière
    est un art
    il faut virer de bord
    souvent
    profiter des petits courants
    calculer son heure de retour
    il faut avoir le temps
    quand on est marin
    d’eau douce

    Couverture du livre 'Poèmes courts sur des œuvres d'art. Volume 1 : Les impressionnistes' par Luc Fayard, publié par Éditions Amavero.
    beau-livre « Poèmes courts sur des œuvres d’art. Volume 1 : Les impressionnistes », Éditions Amavero, 2023

    Duo œuvre-poème publié dans le beau-livre papier
    Poèmes courts sur des œuvres d’art. Volume 1 :
    Les impressionnistes
    Éditions Amavero, Jouy-en-Josas, 2023
    COMMANDER LE LIVRE


  • petit avion

    Céline Verdière – Mary

    j’aimerais tant
    être un petit avion
    souple et vif
    doué de pirouettes
    et de farandoles
    planant dans l’éternité
    sur les champs de lavande
    les lacs les montagnes
    égal du ciel
    et des oiseaux migrateurs
    les nuages me salueraient
    avec respect
    à la fin du voyage
    je me poserais sur terre
    dans la poussière
    avec lenteur
    dans un dernier regret
    de la vie en hauteur

    Texte de Luc Fayard inspiré par Mary, de Céline Verdière


  • l'amour la mort

    Image Dall.e créée pour ce texte
    Arthur Hughes – Ophelia (1851-1853)

    un jour, elle apparut sur la terrasse d’en face
    s’installa dans le fauteuil
    prit son livre
    et ne le quitta plus des yeux jusqu’au soir

    plongé dans ses propres tourments
    il n’avait pas détecté sa présence jusqu’alors

    au bout de quelques jours
    la routine s’était installée
    elle se montrait dans l’après-midi
    glissant comme un fantôme dans la chaleur épaisse
    trouvait le même coin d’ombre et n’en bougeait plus
    la tête légèrement penchée sur le côté
    vers les pages

    auréolé par la lumière blanche du soleil
    il ne pouvait distinguer son visage à contrejour
    il l’imaginait jeune et belle triste
    cherchant à se consoler dans ses lectures
    ou bien à oublier

    son amant l’avait quittée c’est sûr
    et la vie ne possédait plus de sens pour elle
    lui-même vivait un désespoir abyssal

    elle était toujours seule
    personne ne venait la voir
    seule une vieille servante s’occupait d’elle

    solitaire lui aussi
    et n’ayant finalement rien d’autre à faire
    il la fixait des yeux chaque jour un peu plus

    mais jamais elle ne fit le moindre geste
    signifiant qu’elle avait remarqué son manège
    alors il l’aima encore plus fort

    un soir où à son habitude
    la servante vint la chercher à la tombée de la nuit
    il décida de déclarer sa flamme dès le lendemain

    cette idée l’asphyxia toute la nuit
    mais le lendemain elle n’apparut pas
    il comprit alors qu’elle était morte et se mit à respirer de plus en plus mal
    il mourut dans la journée

    par hasard
    ils furent enterrés tous les deux cote à cote
    au fond du cimetière
    contre le vieux mur en pierre rongé par les plantes

    en quelques mois
    le lierre recouvrit les deux tombes
    d’un même manteau
    comme pour les réunir à jamais

    Texte de Luc Fayard illustré par une image IA créée pour ce texte et par Ophelia d’Arthur Hughes, qui est la version publiée dans « Poèmes courts sur des œuvres d’art. Volume 2 : Art moderne et contemporain« , Éditions Amavero, 2024

    Hommage à la tombe des frères Van Gogh, à Auvers-sur-Oise


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  • Shelley (Percy-Bysshe) : To a Skylark (À une alouette)

    Hail to thee, blithe Spirit!
    Bird thou never wert,
    That from Heaven, or near it,
    Pourest thy full heart
    In profuse strains of unpremeditated art.
    Higher still and higher
    From the earth thou springest
    Like a cloud of fire;
    The blue deep thou wingest,
    And singing still dost soar, and soaring ever singest.
    In the golden lightning
    Of the sunken sun
    O’er which clouds are bright’ning,
    Thou dost float and run,
    Like an unbodied joy whose race is just begun.
    The pale purple even
    Melts around thy flight;
    Like a star of Heaven
    In the broad daylight
    Thou art unseen, but yet I hear thy shrill delight:
    Keen as are the arrows
    Of that silver sphere,
    Whose intense lamp narrows
    In the white dawn clear
    Until we hardly see — we feel that it is there.
    All the earth and air
    With thy voice is loud.
    As, when night is bare,
    From one lonely cloud
    The moon rains out her beams, and heaven is overflowed.
    What thou art we know not;
    What is most like thee?
    From rainbow clouds there flow not
    Drops so bright to see
    As from thy presence showers a rain of melody.
    Like a poet hidden
    In the light of thought,
    Singing hymns unbidden,
    Till the world is wrought
    To sympathy with hopes and fears it heeded not:
    Like a high-born maiden
    In a palace tower,
    Soothing her love-laden
    Soul in secret hour
    With music sweet as love, which overflows her bower:
    Like a glow-worm golden
    In a dell of dew,
    Scattering unbeholden
    Its aerial hue
    Among the flowers and grass, which screen it from the view:
    Like a rose embowered
    In its own green leaves,
    By warm winds deflowered,
    Till the scent it gives
    Makes faint with too much sweet these heavy-winged thieves.
    Sound of vernal showers
    On the twinkling grass,
    Rain-awakened flowers,
    All that ever was
    Joyous, and clear, and fresh, thy music doth surpass.
    Teach us, sprite or bird,
    What sweet thoughts are thine:
    I have never heard
    Praise of love or wine
    That panted forth a flood of rapture so divine.
    Chorus hymeneal
    Or triumphal chaunt
    Matched with thine, would be all
    But an empty vaunt —
    A thing wherein we feel there is some hidden want.
    What objects are the fountains
    Of thy happy strain?
    What fields, or waves, or mountains?
    What shapes of sky or plain?
    What love of thine own kind? what ignorance of pain?
    With thy clear keen joyance
    Languor cannot be:
    Shadow of annoyance
    Never came near thee:
    Thou lovest, but ne’er knew love’s sad satiety.
    Waking or asleep,
    Thou of death must deem
    Things more true and deep
    Than we mortals dream,
    Or how could thy notes flow in such a crystal stream?
    We look before and after,
    And pine for what is not:
    Our sincerest laughter
    With some pain is fraught;
    Our sweetest songs are those that tell of saddest thought.
    Yet if we could scorn
    Hate, and pride, and fear;
    If we were things born
    Not to shed a tear,
    I know not how thy joy we ever should come near.
    Better than all measures
    Of delightful sound,
    Better than all treasures
    That in books are found,
    Thy skill to poet were, thou scorner of the ground!
    Teach me half the gladness
    That thy brain must know,
    Such harmonious madness
    From my lips would flow
    The world should listen then, as I am listening now!

    Salut à toi, Esprit joyeux! 
    Car oiseau jamais tu ne fus 
    Qui dans le ciel, et presqu’aux Cieux 
    Epanche en longs accents profus 
    Un coeur empli de sons qu’aucun art n’a conçus. 
    De la terre où tu prends essor, 
    Nuage de feu jaillissant, 
    Tu t’élèves plus haut encore 
    Loin au-dessus de l’océan 
    Ne cessant l’ascension, ta chanson ne cessant. 
    Dans le soleil crépusculaire 
    Et l’or de son évanescence 
    Où les nuées se font plus claires 
    Tu sembles flotter, puis t’élances 
    Comme une joie sans corps dont la course commence. 
    Même pâleur et cramoisi 
    S’effacent quand tu les pourfends; 
    Comme une étoile en plein midi, 
    Nul ne te voit au firmament, 
    Pourtant j’entends le cri de ton enchantement; 
    Ardent comme là-haut la sphère 
    Aux si vives flèches d’argent, 
    Mais dont s’estompe la lumière 
    Dans la clarté du matin blanc 
    Jusqu’à n’être vue guère, que l’on sent là pourtant. 
    Partout sur terre et dans les airs 
    Ta puissante voix retentit 
    Comme quand la lune à travers 
    Le seul nuage de la nuit 
    Inonde tout le ciel de lumineuse pluie. 
    Ce que tu es nous ignorons; 
    Qu’est-ce qui le mieux te décrit? 
    Car les gouttes d’arc-en-ciel n’ont 
    Des nues jamais resplendi 
    Comme tombe l’averse de ta mélodie. 
    Ainsi le poète oublié 
    Dans sa lumière intérieure, 
    Chantant, sans en être prié, 
    L’hymne à ses espoirs et ses peurs 
    Aux hommes ébahis d’y découvrir les leurs; 
    Ainsi la noble damoiselle 
    Au palais, dans sa haute tour, 
    Qui des musiques les plus belles 
    Berce son coeur épris d’amour 
    Sans savoir qu’elle charme aussi toute la cour; 
    Ainsi le ver luisant doré 
    Dont la couleur seule est perçue 
    Au fond d’un vallon de rosée, 
    Parsemant ce halo diffus 
    Parmi l’herbe et les fleurs où lui est hors de vue; 
    Ainsi le rosier habillé 
    Du feuillage vert de ses fleurs 
    Que le vent brûlant vient piller 
    Mais dont l’odorante douceur 
    Fera s’évanouir l’aérien détrousseur. 
    L’averse vernale et son bruit 
    Sur les herbes qui étincellent, 
    Les fleurs éveillées par la pluie, 
    Joies pures et vives, certes, mais elles 
    Ne surpassent jamais ta musique éternelle. 
    Apprends-nous donc, sylphe ou oiseau, 
    Les doux pensers qui sont les tiens; 
    Je n’ai jamais entendu mots 
    D’éloge à l’amour ou au vin 
    Déclamés en un flot de bonheur si divin. 
    Chants de triomphe et choeurs nuptiaux, 
    Si à ta voix on les compare, 
    Nous paraissent creux, sonnent faux 
    Et ne sont que vaines fanfares 
    Auxquelles font défaut les choses les plus rares. 
    Quelle est la source, quel est l’objet 
    De cette chantante fontaine? 
    Des bois? Des vagues? De hauts sommets? 
    Des formes de ciel ou de plaine? 
    L’amour de ton espèce? Le mépris de la peine? 
    Car dans ton pur ravissement 
    La langueur ne trouve point place; 
    Et l’ombre du désagrément 
    Jamais même ne te menace; 
    Tu aimes, mais de l’amour ignores ce qui lasse. 
    En éveil, ou lorsque tu dors, 
    N’est-ce pas qu’en toi s’illumine 
    Plus de vérité sur la mort 
    Que les mortels n’en imaginent, 
    Pour que coulent de toi notes si cristallines? 
    Nous voulons demain et hier, 
    Après eux soupirons sans cesse; 
    Dans nos rires les plus sincères, 
    Il est toujours quelque détresse; 
    Et nos chants sont plus beaux qui parlent de tristesse. 
    Pourtant si nous avions pouvoir 
    D’oublier peur, orgueil et haine, 
    Si nous étions nés pour avoir 
    De la vie ni larmes ni peine, 
    Comme ta joie dès lors nous paraîtrait lointaine. 
    Ton art, mieux que tous les ténors 
    Qui touchent l’âme profonde, 
    Ton art, mieux que tous les trésors 
    Dont tant de grands livres abondent, 
    Servirait le poète, ô oublieux du monde! 
    Apprends-moi un peu du plaisir 
    Connu d’un coeur toujours content, 
    Pareil harmonieux délire 
    Coulerait alors dans mon chant; 
    Le monde m’entendrait, comme moi je t’entends! 

    Percy Bysshe Shelley – Traduction : Jean-Luc Wronski – source : poesie.net

    Shelley (Percy-Bysshe) : To a Skylark (À une alouette)

  • Forough Farrokhzâd : Le Baiser

    Forough Farrokhzâd : Le Baiser

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Une de La Gazette d’Amavero n°5 du 26 mai 2025